Œuvres, t. I, p
2. Nouvelles observations sur les États généraux. C'est par ces paroles que débute l'introduction.
drait avoir recueilli leurs confidences intimes, ou surpris leur secret dans le libre épanchement de leur correspondance. Voyez par exemple Mirabeau. A ne le juger que sur ses actes publics, à n'entendre que ses apostrophes foudroyantes, devinerait-on jamais les angoisses patriotiques qu'il cachait dans son cœur? Cependant ses amis, ceux-là même qui n'ont vécu qu'un instant dans son intimité, ne se sont pas mépris sur la nature et la justesse de ses prévisions. « Il était peut-être le seul dans l'assemblée, affirme MalouetS qui ait vu, dès le commencement, la Révolution sous son véritable jour, celui d'une subversion totale. » Sa lucidité prophétique éclate à chaque ligne, dans ses lettres, entre autres dans sa correspondance avec le comte de La Mark, dans ses mémoires à la cour, dans les instructions qu'il adresse au roi, à la reine, aux ministres. Dira-t-on encore que Mirabeau, par son génie, s'élève au-dessus de la commune faiblesse? Quand Malouet vante sa clairvoyance, il en parle comme d'une exception, peut-être unique. Eh bien! sur ce dernier point, Malouet se trompe certainement. Nous n'en voulons citer qu'une preuve.
Parmi les membres de l'Assemblée constituante , se cachait, dans les rangs du clergé libéral, un homme modeste et peu connu, que nous avons eu déjà l'occasion de voir à l'œuvre, durant la période électorale, M. de Lubersac, évêque de Chartres. Quelques jours avant l'ouverture des États généraux, il faisait part à Brissot de ses craintes et même de ses défaillances. « Je vous avoue, lui disait-il ^, que j'ai quelquefois le regret d'avoir sacrifié mes goûts personnels, les premiers devoirs de mon état, et mon repos, à l'espoir presque vain de contribuer à un ordre de choses meil-