‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 354 sur 362 · Mémoires de Brissot, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Brissot, t. I, p

leur, que j'ai cru possible quand j'en ai jugé de loin, mais qui me paraît hérissé de difficultés à mesure que j'en approche. La composition des États généraux ne me rassure pas : j'y vois un bien grand nombre d'hommes bien dangereux. Quelques-uns ont des talents, ils parleront très haut, parce qu'ils se sentiront appuyés. Les honnêtes gens diront leur avis doucement, froidement, timidement, parce qu'ils seront en minorité. Dans une pareille lutte, il est facile de prévoir que le triomphe ne demeurera pas du côté de la raison, de la bonne foi et de la vertu. Et cependant, si nos fers ne sont pas brisés, anéantis, ils seront surchargés, appesantis, rivés de manière à être éternels... » M. de Lubersac ne trahissait là qu'une partie de ses craintes. Pour connaître le fond de sa pensée, il faut interroger celle que nous avons appelée son Egérie. Dans une lettre qu'elle adressait à Brissot le 25 mars 1789, Mme de la Seynie parle plus franchement. « Je crains comme vous, dit-elle S que la moitié des députés ne soient bien ineptes ; mais la mauvaise foi est encore plus à craindre. L'ignorance peut être éclairée, et n'est pas si éloignée de la vérité que les préjugés. Des hommes qui ne sont quelque chose que par ces derniers, ne les abandonneront jamais au bien général : la force devient alors la dernière ressource, et cette ressource est un grand malheur. Sacrifier la génération présente au bonheur des générations à venir me paraît peut-être le comble de la vertu, mais j'avoue que je ne puis reposer mes idées sur cette pensée, sans me sentir refroidir sur le désir de la Révolution. » Évidemment cette dernière phrase renferme une allusion à des propos que la comtesse de la Seynie a entendu répéter dans son entourage, probablement par Brissot lui-même, peut-être par Pétion, en tous cas, par

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