‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 37 sur 362 · Mémoires de Bouille, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Bouille, t. I, p

ministres de Louis XVI n'ont pas craint de faire appel à la presse, aux journaux et aux brochures, afin de répandre partout, entre les divers ordres de l'Etat, des dissensions funestes. On a signalé « cette œuvre systématique et générale d'un journalisme révolutionnaire, agissant en province sous la direction de Brienne *, » comme ayant commencé « vers la fm de mai J788 », immédiatement après les premières révoltes, que venaient de provoquer les édits de mai. Mais quand même le récit de Bouille mériterait une confiance absolue, encore serait-il indispensable de vérifier à quelle époque il se rapporte. Les dates, qu'il ne donne pas, sont heureument faciles à restituer. Par exemple le séjour de Volney en Bretagne coïncide évidemment avec la publication qu'il y fit en collaboration de Monsodive. Or le premier numéro de leur journal, iniitulé \di Se?itmelle du peuple, parut à Rennes le 10 novembre 1788 ^ Depuis longtemps Brienne et Lamoignon avaient cédé la place à Necker. L'approche des élections aux Etats généraux surexcitait tous les esprits. C'était à qui s'efforcerait de se mettre en évidence, et d'attirer l'attention des élecleurs par quelque œuvre retentissante. Volney fit comme tant d'autres. Il développa les idées, qu'il crut le plus propres au succès de sa candidature, sans davantage consulter les convenances de Necker, que six mois auparavant il n'a consulté celles de Lamoignon et de Brienne.

En ce qui concerne Mirabeau, sa vie est assez connue pour ne laisser aucun doute sur le détail de ses faits et gestes. Impossible d'y découvrir le moindre indice d'un séjour, ou même d'un simple voyage, par lui fait en

1. Cassa^nac, llist. des causes de la Rév. fr., t. I, p. 30i-305.

2. La Sentinelle du peuple n'eut que cinq numéros. Elle parut du 10 novembre au 25 décembre 1788. Voir Deschiens, Bibliographie des Journaux, p. 549.

Provence, durant le cours de l'année 1788. Il ne s'y rendit que plus tard, à la veille des élections, afin d'y poser lui aussi sa candidature. Jusque-là, ce n'était point en semant la division parmi les ordres qu'il entendait la préparer. L'hostilité maladroite des gentilshommes provençaux ne lui avait pas encore arraché sa fameuse imprécation contre « l'aristocratie de la noblesse ». Nous avons même vu qu'après la publication des édits, il avait refusé à M. de Montmorin, de se prononcer contre les parlements, bien qu'il condamnât leurs prétentions exorbitantes ; il ne voulait, disait-il, les attaquer qu'au sein des États généraux, devant les représentants de la nation. A cette époque de 1788, il consacrait toute son activité à la poursuite d'un seul but, la transformation de la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle. D'après lui, tout le reste devait venir par surcroît. N'ayant pu l'avoir pour défenseur, les ministres craignaient toujours de le pousser à des attaques directes. Ils ménageaient ses théories, afin de le tenir éloigné de la politique journalière. Brienne allajusqu'à lui donner la permission exceptionnelle « de publier un journal sans être astreint à la censure » . Le titre sous lequel ce journal parut. Analyse des papiers anglais S indique suffisamment l'esprit dans lequel il était rédigé. Il s'agissait de proposer l'Angleterre en exemple à la France. Bientôt, l'œuvre prit des proportions un peu plus larges. Grâce à une nouvelle permission du ministère, Brissot put y insérer ses discours et son recueil d'ouvrages sur la traite des noirs ^. Il explique, dans ses mémoires, comment et pourquoi il a été heureux de devenir, en cette circonstance, le collaborateur de Mirabeau. « Chercher, dit-il, à propager la lecture de la feuille de Mirabeau, c'était rendre service

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