‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 39 sur 362 · Voyez le recueil de ses lettres, p · texte numérisé non relu

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CHANGEMENT DE POLITIQUE 6o

ces conclusions suspectes. Est-il possible d'admettre que l'entreprise, attribuée à Brienne, si jamais elle avait pris le caractère « général et systématique », qu'on lui suppose, ait laissé si peu de traces après elle? Fouillez les collections les plus complètes. Vous aurez grand' peine à y découvrir un échantillon, un seul, des journaux qu'elle a produits. Il s'appelle : Le Hérault de la nation sous les auspices de la patrie. C'est, avec un titre prétentieux, une œuvre médiocre, dont nul des contemporains n'a daigné faire la moindre mention. Pour signaler son existence à l'attention des chercheurs; il a fallu que Barbier, dans son Dictionnaire des anonymes^ et Deschiens, dans sa Bibliographie des journaux, consentissent à reproduire une note, que l'auteur leur avait remise pour être publiée par eux, et dans laquelle il parle de lui en ces termes : « Je suis l'auteur, le seul rédacteur du Hérault de la nation. Précurseur de tous les journaux, il sera utile à l'historien de la révolution française, qui cherchera les premiers mouvements dans le duché de Bretagne, les ordres et leurs intérêts divers, qui, depuis 1787, n'ont point changé. Les ministres du roi , le cardinal de Brienne et M. de Lamoignon protégèrent cet ouvrage périodique imprimé à Paris et son auteur. Point d'ordres privilégiés, plus de parlements : la nation et le roi. Telle fut la théorie du Hérault de la nation. (Signé) Mangourit. P.-S. Ce journal eut 63 numéros. Trois brochures de ma composition le précédèrent en 1787, sous la même protection : le Pour et le Contre, au sujet des grands bailliages, le Tribun du peuple, qu'il ne faut pas confondre avec la feuille périodique de ce nom, et les Gracques, brûlés par le parlement de Bretagne. Ces trois pamphlets furent imprimés à Nantes, chez Malassis, envoyés à Versailles en ballots,, et passés de Versailles à Paris, par moi, dans le carrosse de M. le garde des Sceaux (Lamoignon), et dans

celui de M. Bertrand de Molleville, dernier intendant de Bretagne, depuis ministre de la maison de Louis XVI. » De cette note, il résulte uniquement, qu'un écrivain obscur, du nom de Mangourit, a publié trois pamphlets contre les parlementaires en général et ceux de Bretagne en particulier; que le gouvernement, réduit à faire flèche de tous bois, en a facilité la distribution; que le même auteur a aussi, vers la même époque, publié un journal, qu'il donne comme le précurseur de tous ceux qui suivirent ; que cet écrit périodique a été protégé ou simplement toléré par le ministère ; et qu'enfin on y trouve les principes d'égalité déjà soutenus avec autant d'insistance que ceux de liberté. Là se réduisent les preuves de ce vaste soulèvement qu'on prétend avoir été organisé, contre les ordres supérieurs, par les soins de Brienne et Lamoignon. J'y vois tout au plus l'indice des velléités, qui traversèrent le cerveau de ces ministres et qu'ils n'eurent ni le temps, ni la force de convertir en plan politique, susceptible de produire des résultats sérieux.

Au demeurant, le caractère de Brienne était tellement mobile, tellement faible, qu'il le rendait incapable de donner une suite efficace à une combinaison quelconque. On l'a représenté comme n'étant « ni assez éclairé pour être philosophe, ni assez ferme pour être despote*. » Le fait est qu'il flottait sans cesse entre les systèmes les plus opposés. Dans un instant de dépit, il avait songé à changer de politique, plutôt pour satisfaire sa vengeance qu'en vue des avantages qu'un pareil plan pouvait assurer à la monarchie. Il n'y arrêta son esprit que juste assez pour y trouver matière à de vaines démonstrations contre les ordres supérieurs, dont elles augmentèrent le mécontement, sans les ramener par la crainte à

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