Molleville, Hist. de la Rév. fr., t. I, p. 357. 2. Eodem
iO LA CHUTE DE L'aNCIEN RÉGIME
séminés dans la ville, pendant que le corps principal des rebelles courait à l'hôtel du commandant * », afm de lui arracher Tordre de rouvrir les portes du palais et de réintégrer le parlement dans ses fonctions.
Chemin faisant, il se heurte à de nombreux détachements de grenadiers, tirés des deux régiments en garnison dans la ville, ceux d'Austrasie et de Royal-marine. Leur présence ne l'arrête pas, ni leurs armes qu'il sait pourtant chargées. Il s'avance toujours, comptant sur les dispositions sympathiques des uns et sur l'hésitation des autres. En effet, il ne tarde pas de reconnaître que soldats et officiers faiblissent et que la plupart ne demandent qu'à laisser faire. Un lieutenant-colonel, M. de Boissieux, défend de tirer sur la foule, afm de parlementer avec des gens qui continuent à lui jeter des pierres et qui le blessent. « Il n'en persista pas moins dans son pacifique héroïsme ^ » Plusieurs autres officiers donnent l'exemple d'une conduite encore plus regrettable. De leur côté, les soldats, mal commandés, mal soutenus, prêtent l'oreille au refrain accoutumé : Tirerez-voiis donc sur vos frères ^ ? Ils cèdent aux suggestions et aux caresses de femmes qui viennent les débaucher jusque dans leurs rangs. Au milieu du désarroi général, un détachement du Royal-marine faisait seul bonne contenance. Il avait à sa tête un bas officier, comme on disait alors, un simple sergent, homme énergique et fidèle à sa consigne. C'était Bernadette^ le futur roi de Suède. Ne pouvant se résigner à subir ce qu'il considérait comme une humiliation, il prit sur lui de commander le feu. Deux émeutiers tombent morts devant lui, d'autres blessés. Mais que pouvait-il faire à la tête de sa petite troupe, abandonné, désavoué par ses