‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 43 sur 362 · Mémoires de Weber, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Weber, p

interdisait d'entreprendre une guerre quelconque, et comme aussi le roi n'était pas homme à prendre le commandement de ses troupes, autant dire simplement que rien au monde ne pouvait désormais empêcher la réunion des États généraux. Les chefs du parti libéral n'avaient plus qu'une crainte, c'est que, venant si tard, la résolution du gouvernement ne permît plus d'en attendre les avantages que, prise un peu plus tôt, elle n'aurait pas manqué de produire. « Il y a un an, écrit La Fayette S que les cours souveraines ont reconnu leur incompétence : je voulais alors qu'on indiquât les Etats généraux; je voulais qu'on y détruisît les abus parlementaires et que le roi parût, comme Gharlemagne, au milieu de la nation volontairement convoquée. Les ministres ont dit que j'étais républicain, et les gens soidisant sages que j'étais trop vif. On a commencé par sacrifier l'honneur français en Hollande; on a perdu le temps à tacher de gagner ou de violenter les parlements ; on a voulu ensuite faire une cour despotique pour se passer de tout le monde ; on a dit que l'opposition ne venait que des magistrats et de quelques mauvaises têtes. Enfin, il a fallu reconnaître que la résistance était nationale, que la cour plénière était impossible, que les États généraux étaient nécessaires. Mais il y a cette différence entre mon opinion traitée si légèrement et la conduite du gouvernement, que l'annonce des États généraux qui, il y a huit mois, aurait tourné les têtes, a paru forcée; que les parlements, dont on était en général mécontent, ont hérité de la considération de la cour, et qu'à force d'attendre pour les États généraux l'arrêt du

1. Mémoires, t. II, p. 233. -Cette lettre n'indique ni la personne à laquelle elle est adressée, ni la date à laquelle elle est écrite. Mais il résulte de son contenu que cette date doit être tixée entre le 16 août et le 25, probablement le 18. Car Lafayette raconte qu'il a reçu Tavantveille communication de TArrêt du 16.

conseil (du 8 août) est cousu à celui de la banqueroute partielle (du 16) *. »

Quant à Mirabeau, dans le premier moment, il est tout à la joie. Elle éclate sans réserve, dans la lettre qu'il écrit le 11 août à son ami, le major de Mauvillon ^ : « Vous saurez peut-être, avant de recevoir cette lettre, que nos États généraux sont convoqués pour le l^"" mai 1789. L'arrêt du conseil est publié d'hier. C'est un pas d'un siècle que la nation a fait en vingt-quatre heures. Ah! mon ami, vous verrez quelle nation ce sera, que celle-ci, le jour où elle sera constituée, le jour où le talent sera aussi une puissance. J'espère qu'à cette époque, vous entendrez parler favorablement de votre ami. » Quelques jours après, la réflexion lui est venue, il commence à craindre que le court intervalle, réservé entre la convocation des Etats et leur ouverture, ne laisse pas le temps de prendre les précautions suffisantes pour régler l'impatience des esprits. « Il est arrivé au gouvernement », écrit-il le 16 août % « ce que je lui ai tant prédit : si vous ne les voulez pas à pied, ils viendront à cheval. En essayant de les reculer, ils en ont hâté l'époque jusqu'à la précipitation, on s'en apercevra. Que feront-ils? certainement beaucoup de sottises. Mais qu'importe... Les premiers États généraux seront tumultueux, ils iront trop loin peut-être. Les seconds assureront leur marche. Les troisièmes assureront la constitution. » Dans la pensée de Mirabeau, ceci ne veut pas dire que les ministres auraient dû retarder encore l'époque de l'ouverture, mais seulement qu'ils se sont décidés trop tard à publier la convocation. Là est, d'après lui, comme «l'après La Fayette, leur véritable faute. D'où vient

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