‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 44 sur 362 · Lettre de Mirabeau au major de Mauvillon, p · texte numérisé non relu

Lettre de Mirabeau au major de Mauvillon, p

3. Lettre à M. Levrault de Strasbourg, Mémoires et correspondances de Mirabeau, t. V, p. 187.

que c'est peut-être celle qu'on songe le moins à leur reprocher?

Je conçois à la rigueur que quelque^ partisans de l'ancien régime s'obstinent à contester la nécessité évidente, sous le coup de laquelle Brienne a résolu de franchir le dernier pas. A l'aide de ce système, ils tâchent d'excuser la conduite des ordres supérieurs, auxquels on impute d'avoir, par leur aveugle hostilité, forcé la main du gouvernement. Mais je m'étonne de trouver, dans le beau livre de M. Quinet, des observations dans le genre de celle-ci : « Une chose montre à quel point Tinexpérience de la vie publique était arrivée : ce sont les conseillers de la royauté qui ont eux-mêmes amené la révolution.... 11 y avait des ferments, des passions, des idées qui s'agitaient confusément dans les esprits. A tout cela manquait un foyer. C'étaient des forces divisées. En les réunissant en une Assemblée nationale, la vieille monarchie montra qu'elle n'avait plus l'instinct de son salut. Elle faisait elle-même l'ouvrage de ses ennemis. » Comment un écrivain distingué, qui a fait de la révolution une étude spéciale, a-t-il pu dire que la convocation des États fut, de la part des ministres de Louis XVI, un acte d'inexpérience et d'aveuglement ? Sans prévoir tout ce qui allait arriver, ce que personne, même Mirabeau, ne prévoyait encore, ils ne se sont jamais illusionnés sur les graves et périlleuses conséquences de leur résolution. Ils ont éludé, tant qu'ils ont pu, une responsabilité dont ils sentaient le poids. Un jour vint où ils crurent impossible de s'y soustraire, parce qu'au milieu d'embarras inextricables, aucune solution ne s'offrait à leur esprit. Et volontiers je dirais à ceux qui les blâment : Que vouliez-vous qu'ils fissent? A leur place qu'auriezvous fait vous-même? Non seulement les ressources du trésor étaient épuisées, mais partout éclataient des révoltes que le gouvernement ne savait plus comment ré-

primer, en sorte que la convocation des États apparaissait aux meilleurs esprits, comme « un moyen de confiance )' et comme un « moyen d'ordre ^ » . N'eussent-ils eu que ce dernier motif, les ministres n'avaient pas besoin d'en chercher un autre pour justifier leur détermination. Quand le pouvoir absolu n'a plus la force de maintenir l'ordre autour de lui, il ne lui reste d'autre ressource que de se transformer le plus vite possible en pouvoir constitutionnel.

La preuve irrécusable, que Brienne loin de se trop presser, n'avait que trop attendu, résulte de cette banqueroute partielle, dont parle Lafayette et qu'il représente comme cousue avec l'arrêt du 8 août. C'est là qu'il faut voir à quelles extrémités l'avait réduit l'opposition combinée des parlements, de la noblesse et du clergé. En même temps qu'ils tarissaient les ressources pécuniaires, sur lesquelles le gouvernement comptait pour assurer la marche de ses divers services, ils augmentaient, dans des proportions importantes, le chiffre des dépenses qu'il avait prévues. Provoquée par leurs passions, entretenue par leur opiniâtreté, la guerre civile devenait presque aussi coûteuse qu'une guerre extérieure. Au moment même où nous sommes parvenus, ne fallait-il pas entretenir, sous les murs de Rennes, un camp rassemblé là pour avoir raison de l'aristocratie bretonne? Brienne, ne sachant comment faire face aux besoins du trésor, s'était vu contraint de recourir à des expédients, qui donnent une idée de son embarras. Déjà il avait détourné de la Caisse des invalides,

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