RAPIDITÉ DU MOUVEMENT
y rentrant, la surprise d'un spectacle inattendu. « On n'imaginera jamais », dit Brissot \ « qu'une nation puisse changer à son avantage avec tant de promptitude. Six mois s'étaient à peine écoulés, depuis l'instant où j'avais quitté la France pour aller en Amérique : à mon retour, je ne reconnus pas mes compatriotes, ils avaient franchi un intervalle immense... Ils avaient opposé les parlements aux ministres et les ministres étaient tombés. Ils avaient opposé leurs droits aux parlements et les parlements s'étaient tus. » Ce que Brissot constate avec satisfaction inspirait à d'autres de vives alarmes. Mme de Staël raconte qu'en août 1788, lorsqu'elle vint annoncer à son père qu'il allait redevenir ministre, il ne put retenir cette exclamation : « Ah ! que ne m'a-t-on donné ces quinze mois de l'archevêque de Sens ! A présent, il est trop tard! » Et le mot ne semble pas imaginé après coup, pour excuser l'insuccès de Necker, en représentant la mission tardive, dont il avait consenti à se charger, comme au-dessus des forces humaines. Telle était réellement l'opinion que le spectacle" des événements avait fait naître en lui et autour de lui. « Sire », écrivait sa fille à Gustave III, le 4 septembre 1788 % « en d'autres circonstances, j'aurais appris avec plaisir la nomination de mon père, mais on lui remet le vaisseau si près du naufrage, que toute mon admiration suffit à peine pour m'inspirer de la confiance. » De son côté, le nouvel ambassadeur de Suède, le baron de Staël ^ n'avait pas attendu jusque-là pour consigner dans ses dépêches les sombres inquiétudes dont il était tourmenté. « Il est impossible », écrit-il le 28 mai, « de prévoir l'issue de la subversion presque générale qui se prépare. » Un peu plus tard, après avoir suivi d'un œil