CAUSES DE CETTE RAPIDITÉ
respecter la clef de voûte, qui supportait rancien régime, s'acharnaient à l'ébranler. A peine si, dans les derniers jours, les décisions de rassemblée de Lambesc et celles de Vizille avaient commencé de leur dessiller les yeux. Jusque-là, ils se croyaient les maîtres absolus de la situation. On a souvent dit et répété après Mme de Staël * qu'aucune révolution ne peut réussir dans un grand pays, que si elle commence par les classes aristocratiques. Eh bien, cette fois en France, l'aristocratie avait pris résolument Tinitiative. Retenu par l'habitude d'une résignation silencieuse, le peuple n'avait eu qu'à la laisser agir. La bourgeoisie elle-même avait dissimulé ses aspirations et ses espérances, de manière à ne causer aucune inquiétude. Ajoutez la faiblesse du gouvernement, incapable de la moindre résistance, ne sachant au juste ce qu'il devait combattre ou encourager, et vous comprendrez pourquoi l'ensemble de l'œuvre, produit d'efforts que rien ne contrariait, a dû marcher avec une rapidité extraordinaire.
Si, du moins, les privilégiés, poussés par une ardeur subite à l'assaut du pouvoir absolu, s'étaient bornés à demander la convocation des États généraux, et s'ils étaient parvenus à l'obtenir par des moyens réguliers, ils n'auraient pas encouru une aussi lourde responsabilité. Mais, sous prétexte d'en finir plus vite avec ce qu'ils appelaient le despotisme ministériel, ils ont sapé l'autorité royale dans ce qu'elle avait de plus légitime et de plus nécessaire. Ils ont trahi le secret de sa faiblesse. Ils ont appris à la France que cette autorité si redoutable, et jusqu'alors si redoutée, n'était plus qu'un fantôme. Aucun scrupule ne les a retenus. Quand ils ont eu besoin de l'émeute, ils n'ont pas craint de l'appeler à leur aide, sans se'douter qu'un jour Témeute se tourne-