POPULARITÉ DE NECKER
Il éprouvait, dans sa grande bonté, une sorte d'embarras, parce qu'il m'avait exilé l'année précédente. Je ne lui parlai que de mon dévouement et de mon respect : et, dès ce moment aussi, je me replaçai près du prince ainsi que je l'avais été dans un autre temps. » Dès ce moment aussi le roi, la reine, et leur entourage intime, tout en continuant de détester Necker, cessèrent de le craindre. Le roi n'avait jamais dissimulé la répugnance profonde, inexplicable, qu'on lui avait inspirée contre la personne de ce ministre. « Il avait », dit-on \ « l'esprit frappé de l'ambition insatiable de ce parvenu. » La scène, à laquelle il venait d'assister, eût dû pourtant lui dessiller les yeux. Le parvenu ne demandait qu'à faire oublier, par son respectueux empressement, le vice de son origine; et, loin d'abuser de la force, que lui donnaient les événements, l'ambitieux n'en profitait même pas pour s'assurer, dès le premier jour, la part d'autorité nécessaire à l'accomplissement de la tâche. Mais une fois que la défiance et la jalousie avaient pénétré dans le cerveau de Louis XVI, elles n'en sortaient plus; et Necker resta toujours suspect, pour ne pas dire antipathique, au souverain qui le subissait. Jadis la reine lui avait témoigné plus de bienveillance. Dans les derniers temps ses dispositions avaient bien changé. A ses yeux, Necker était le chef d'une coterie, qui avait fait échouer les plans de Brienne devant l'assemblée des Notables, qui avait trempé dans toutes les résistances, et qui, par ses intrigues, était parvenue à renverser le ministre favori. Elle aussi ne dissimulait pas les sentiments dont elle était animée. Mme de Staël ne tarda pas à en faire l'épreuve. « J'allai, dit-elle % chez la reine, selon l'usage, le jour de la Saint-Louis; la nièce de l'archevêque de Sens, disgracié le matin, faisait sa cour en même temps