‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 76 sur 362 · Considérations sur la Rév., t, I, p · texte numérisé non relu

Considérations sur la Rév., t, I, p

que moi ; la reine manifesta clairement, par sa manière de nous accueillir toutes les deux, qu'elle préférait de beaucoup le ministre renvoyé à son successeur. Les courtisans ne firent pas de même; car jamais tant de personnes ne s'offrirent pour me reconduire jusqu'à ma voiture. Toutefois la disposition de la reine fut alors un des grands obstacles que M. Necker rencontra dans sa carrière politique. Elle Tavait protégé pendant son premier ministère; mais quoi qu'il fît pour lui plaire dans le second, elle le considéra toujours comme nommé par l'opinion publique; et les princes, dans les gouvernements arbitraires, s'accoutument malheureusement à regarder l'opinion comme leur ennemie. » Quant aux courtisans, quoi qu'en dise Mme de Staël, ils étaient certainement incapables d'appuyer un ministre qui n'avait pas la faveur des maîtres; et puis, Necker représentait, pour eux, l'ordre, l'économie, le contrôle sévère apporté dans les dépenses, choses qui n'étaient pas faites pour les séduire. En somme, il se vit accueilli par l'hostilité presque universelle de la cour, à une époque où la cour avait encore le pouvoir, sinon de tout faire, au moins de tout entraver.

Ce qu'il perdait d'un côté, il eût pu facilement le regagner d'un autre, pour peu qu'il eût eu la volonté de parler en maître. La popularité dont il jouissait était immense, écrasante, inouïe. A peine si quelques hommes clairvoyants se permettaient d'émettre des doutes sur la portée de ses mérites et les résultats qu'on en pouvait attendre dans des conjectures si périlleuses. En général, sa rentrée aux affaires fut saluée comme celle d'un véritable sauveur, et ses adversaires les plus acharnés furent réduits à reconnaître toute l'étendue de son triomphe. « Il eût suffi », dit Sallier', « d'être le suc-

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