‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 8 sur 362 · Mémoires de Weber, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Weber, p

PRÉLIMINAIRES DE l'aSSEMBLÉE DE VIZILLE 15

afin de les consulter sur le point de savoir, s'il n'y aurait pas lieu de prendre Finitiative d'une assemblée plus complète et plus solennelle, comprenant les trois ordres du Dauphiné, et capable de trancher, au nom du pays, les difficultés pendantes.

La réunion se tint à l'hôtel de ville de Grenoble \ le 14 juin, sous la présidence du baron des Adrets, ancien syndic de la noblesse. A son ouverture, le major de la place vint lui signifier l'ordre de se dissoudre sur-lechamp. Il parlait au nom du roi, et le président, vieillard septuagénaire, habitué au respect de l'autorité souveraine, conseillait d'obéir. Les assistants ne partagèrent pas cet avis. Sans s'écarter des formes d'une déférence officielle, ils manifestèrent la ferme résolution de passer outre. Devant leur attitude, l'envoyé du roi n'avait qu'à se retirer, et la discussion commença. Elle occupa deux séances successives, une le matin, une autre le soir, en tout près de douze heures. Chacun sentait la gravité de la proposition soumise à l'examen. Il s'agissait de dire au roi de France, au dépositaire d'un pouvoir jusqu'alors absolu : « Vous ne voulez pas nous rendre nos anciens états, nous allons les reconstituer malgré vous. Vous ne voulez pas nous accorder l'administration qui nous convient, nous allons la prendre. » Insurrection pacifique, si l'on veut, et pourtant, véritable insurrection, dont le succès menaçait la royauté de conséquences encore plus sérieuses que la journée des tuiles.

Chose étrange! Les deux premiers ordres ne reculaient devant aucune extrémité. S'ils n'eussent eu à compter qu'entre eux, ils auraient pu se passer de délibération. En se rendant à l'hôtel de ville, ils appor-

1. La plupart des détails qui suivent, touchant la réunion du 14 juin, sont empruntés aux Mémoires de Weber, p. 148, et à VHist. de la Réi\ fr.y par Bertrand de Molleville, t. I, p. 357 et suiv.

taient des opinions arrêtées, un concert unanime. Seul le tiers état répugnait à prendre un parti. C'étaient ses hésitations et sa résistance qui prolongeaient le débat. Quelle en était au juste la cause? Scrupule de légalité, nous dit-on. « Quarante-cinq de ses membres, formant la majorité (de Tordre), s'élevèrent de tout leur pouvoir contre une mesure qui supposait l'absence de tout gouvernement K y> Il est permis de supposer que cette objection de forme cachait une arrière-pensée. La bourgeoisie sentait que les privilégiés ne pouvaient agir sans elle, et tenait à profiter de l'occasion pour faire acheter son concours. Gomme elle n'osait pas leur poser ses conditions, elle attendait leurs offres. Ce fut la noblesse qui se décida à rompre la glace. « Bien entendu, » s'écria un gentilhomme en parlant de la future assemblée, « que les députés du tiers état seront en nombre égal à ceux des deux autres ordres. » Ainsi posée brusquement, « la question ne parut susceptible d'aucun doute. Personne ne dit mot pour combattre cet avis, qui devint celui de tous les assistants \ » Ajoutez que, dans leur pensée à tous, la double représentation entraînait, comme complément nécessaire, le vote par tête. Des concessions si précieuses suffisaient à lever tous les scrupules. Heureux de les avoir obtenues, Mounier luimême, le sage Mounier, se prononça hautement en faveur du projet. Il jouissait déjà, par son mérite et par son caractère, d'une juste influence sur l'esprit de ses collègues. Tôt ou tard son exemple, ses conseils et ses efforts ne pouvaient manquer d'entraîner l'immense majorité du tiers état. D'ailleurs il fallait en finir. Malgré quelques dissidences persistantes, dont elle n'avait plus à s'effrayer, l'assemblée prit sur elle de trancher la

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