MoUeville, HisL de la Rév. /r., t. I, p
2. Mounier, Recherches sur les causes qui ont empêché les Français de devenir libres.
PRÉLIMINAIRES DE l'aSSEMBLÉE DE VIZILLE 17
question; et, dans la nuit du 14 au 15, à une heure du matin, elle arrêta de convoquer les trois ordres du Dauphiné, à Grenoble, pour le 21 juillet suivant.
Dès que le résultat de la séance fut connu dans la province, il y causa partout une émotion inexprimable. Ce qui frappait les esprits, ce n'était pas seulement Tannonce d'une assemblée représentative, appelée à se faire l'organe de réclamations séculaires. C'était aussi, c'était surtout le pacte d'alliance, de « concorde fraternelle^ », dont les bases venaient d'être posées au nom des trois ordres et qui semblait promettre satisfaction à tous les vœux. Chaque ville, chaque bourg, chaque village eut à son tour une réunion particulière, où l'on s'empressa d'adhérer aux décisions prises le 14 et de choisir des députés pour les grandes assises du 21. Le ministère essaya en vain d'arrêter le mouvement. Il eût fallu, pour y parvenir, une force qui lui faisait défaut. Ainsi, les deux premiers consuls de Grenoble reçurent l'ordre de « se rendre à la suite de la cour, » et défense fut signifiée aux deux autres d'admettre dans les assemblées du corps municipal quiconque n'en faisait pas régulièrement partie ^, Néanmoins, le 2 juillet, dès que le conseil général de la ville entre en séance, la salle de ses délibérations est envahie par un grand nombre de personnes appartenant à toutes les classes de la population, « membres du clergé, de la noblesse et autres notables citoyens » . Sans souci des prohibitions ministérielles, ils se mettent à délibérer avec le conseil, et tous ensemble, ils adoptent, ils consignent sur les registres une lettre au
1. Le mot se trouve dans une lettre de supplications adressée au roi le 3 juillet par les trois ordres de la ville de Grenoble. « Toutes les classes sont liées par une concorde fraternelle » {Archives parlementaires, t. I, p. 535).
2. Voir « Délibérations de la ville de Grenoble, du 30 jufn, l«r et 2 juillet 1788, et Lettre écrite au roi par les citoyens des trois ordres (le la même ville » {Bibl. nat., Lb»», n° 611).
roi, dans laquelle ils justifient tout ce qui s'est fait jusqu'alors. Puis ils- déclarent persister dans la volonté formelle de provoquer rassemblée générale des trois ordres de Dauphiné, conformément à la décision déjà prise le 14 juin. « Et chaque délibérant^ porte le procèsverbal, s'est chargé d'en faire parvenir les avis nécessaires. » Voilà comment les habitants de Grenoble accueillirent la mesure de rigueur qui venait de frapper leurs consuls. En dehors de cette ville, « les menaces, les intrigues des- subalternes^ les ordres arbitraires \ » peut-être encore, un reste de crainte ou d'apathie, empêchèrent quelques petites localités d'imiter l'exemple de leurs voisines,, d'adhérer aux résolutions communes, ou d'élire des députés. Ce ne fut là qu'une minorité infime y une exception qui ne saurait modifier le caractère de l'ensemble. On peut dire que la province entière se leva pour répondre à l'appel parti de sa capitale^
Cependant Brienne commençait à reconnaître qa*il avait trop présumé des forces du gouvernement, lorsqu'il avait essayé d'imposer à la France le régime absolu des édits de mai. Obligé de renoncer à un système impraticable, il venait d'adopter une politique nouvelle et complètement différente. Déjà, il avait fait rendre, par le conseil, le fameux arrêt du 5 juillet, qui annonrçait comme prochaine la convocation des États généraux, et ouvrait une espèce d'enquête publique sur les meilleurs moyens de former «. une assemblée vraiment nationale par sa composition et par ses effets. » C'était abandonner implicitement le leurre de la cour plénière et les vieilles théories de la volonté unique. Dès lors, il devenait impossible de refuser aux provinces les garanties d'une administration sérieusement représentative.
1. Procès-verbal de l'assemblée' de ViziUe^ Bibl. nat., Lb^», n» 614 Ai.