‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 80 sur 362 · Tome I, page · texte numérisé non relu

Tome I, page

laTrance, sans rumeur et sans convulsion, et, en employant néanmoins avec activité tous les moyens qui sont dans la dépendance d'une administration éclairée. » Voilà, d'après son propre aveu, le plan qu'il avait suivi jadis et qu'il regrettait de ne pouvoir plus suivre. En vérité, je conçois son embarras. Il ne faut jamais exiger des hommes plus que leur nature ne comporte. Necker était un grand financier et un administrateur éminent. Son intelligence se prêtait à ces deux tâches dont une seule, habilement conduite, suffit à illustrer un homme. Sur ce double terrain, les faiblesses de son caractère s'effaçaient pour ne laisser voir que des qualités précieuses, incontestables, le désintéressement, la pureté des intentions, l'austérité des habitudes. Mais Necker n'avait ni le coup d'œil sûr, ni l'expérience, ni les connaissances profondes, ni la hauteur de vues, ni l'énergie de résolution, qui font l'homme d'État au sens le plus élevé du mot. Tel il s'était montré dans le cours de son premier ministère, tel il était encore au commencement du second; et Bésenval avait pu dire de lui au sujet de son premier passage aux affaires * : « Il me paraît que c'est un excellent intendant de maison, qui porte ses regards sur tous les objets, qui tâche d'en réformer les abus, qui fait des retranchements avantageux, et des emprunts forcés â meilleur marché que ses prédécesseurs : mais je n'ai point encore vu de lui de ces spéculations ingénieuses, telles qu'on en a vu faire à M. Golbert. J'ai peur que les résultats ne sentent plus le banquier que l'homme d'État. »

Les occupations auxquelles Necker avait consacré ses loisirs, de 1781 à 1787, n'étaient pas non plus de celles qui pouvaient élever son esprit, fortifier son caractère, et le préparer peu à peu au grand rôle qui l'attendait. En

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