Mémoires, t. II, p
1785, il publia son livre sur V Administration des finances de la France^ qui n'est guère qu'un long panégyrique de sa propre administration, joint à l'examen sévère de celle de ses successeurs. La polémique, qu'il soutint ensuite contre Galonné au sujet du Compte rendu, roulait uniquement sur d'arides questions de chiffres, envenimées par des rivalités de personnes. Peu après il se vit exilé en vertu d'un ordre arbitraire, trompé dans les espérances que Brienne ou ses amis lui avaient fait concevoir, évincé pour jamais, du moins il le croyait, des fonctions vers lesquelles il ne cessait de tourner ses regards. Abattu, découragé, il éloigna systématiquement sa pensée des affaires du jour, qui ne lui offraient que des sujets de chagrin personnel; et, comme il arrive souvent en pareil cas, il chercha des consolations dans l'atmosphère plus sereine de la religion ou de la philosophie. Au moment de sa rentrée au pouvoir, « M. Necker, » dit sa fille S « venait de publier son ouvrage sur V Importance des opinions religieuses. En toute occasion il a toujours attaqué les partis dans leur force; la fierté de son âme l'inspirait ainsi. C'était la première fois qu'un écrivain, assez éclairé pour être nommé philosophe, signalait les dangers de l'esprit irréligieux du xviii^ siècle; et cet ouvrage avait rempli l'âme de son auteur de pensées plus hautes, que toutes celles qui naissent des intérêts de la terre, même des plus relevés. » Mme de Staël a beau dire, c'était bien de la conduite d'intérêts terrestres que son père allait se charger. Peut-être en prévision de ce rôle essentiellement pratique, eût-il mieux fait d'étudier quelques-unes des constitutions de l'Europe et même, au besoin, celle des Etats-Unis, que de s'absorber dans des méditations spéculatives, absolument inutiles à son avenir.