‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 85 sur 362 · Mémoires, t. T, p. 381 (2« édition · texte numérisé non relu

Mémoires, t. T, p. 381 (2« édition

fortune rapidement acquise, la considération qy'il avait su conquérir de prime saut dans les rangs de la haute société, l'avaient mis à Fabri des froissements, que tant d'autres avaient douloureusement ressentis. Sa jeunesse s'était écoulée dans les bureaux d'une maison de banque et son âge mûr dans les salons les plus brillants de Paris. Nulle part, il n'avait assisté aux misères de son époque, il n'en avait touché les plaies, il n'avait senti par expérience la nécessite d'apporter un prompt remède à des maux devenus intolérables.

Faut-il le dire? A supposer que Necker fût sincèrement rallié aux idées de liberté, il éprouvait sans aucun doute beaucoup moins de sympathie pour les idées d'égalité. Nous en aurons souvent la preuve en examinant sa conduite future : il ne serait pas non plus difficile d'en relever quelques indices dans sa conduite passée. On sait * qu'en négociant le mariage de sa fille avec le baron de Staël, une de ses grandes préoccupations avait été d'assurer à celle-ci un titre nobiliaire, et, comme celui de baronne lui semblait un peu maigre, il avait formellement exigé celui de comtesse. Lui-même ne négligeait aucune des distinctions que sa fortune et son crédit lui permettaient d'acquérir. En tête du contrat de mariage de sa fille, il a pris soin de faire inscrire, au rang des père et mère de la future : « Messire Jacques Necker, ancien directeur des finances, noble baron de Goppet, seigneur de Bière, BéroUe et autres lieux, membre du conseil des soixante de la république de Genève, et noble dame de Gurchodi de Nasse, son épouse ^ » Allez donc demander la réforme des abus féodaux à un homme qui, parti d'une condition mo-

4. Geffroy, Gustave III et la cour de France, t. I, p. 367-385.

2. Revue des Deux, Mondes, du 1er août 1880, p. 618. Article très remarquable publié sur Necker par son petit-fils, M. le vicomte Othenin d'Haussonville.

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deste, ne sait se contenter ni de la richesse, ni de IMllustration personnelle, et qui tient à s'affubler d'un tortil de baron, en attendant que sa fille se coiffe d'une couronne de comtesse. Ce sont là, dira-t-on, des détails mesquins, indignes de la gravité de l'histoire. Je ne le pense pas. Car ils servent à connaître, en même temps que les faiblesses d'un homme d'Etat, les mobiles secrets de sa conduite : ils expliquent pourquoi, durant son passage aux affaires, il a tenu plus souvent à capter la sympathie des privilégiés qu'à servir les intérêts du tiers état.

Un dernier trait achèvera de peindre le caractère de Necker. Dans les écrits qu'il a publiés depuis la Révolution française, il se présente comme un admirateur fervent des institutions anglaises, comme un zélé partisan de la monarchie constitutionnelle. Demandez-lui donc, ou ce qui revient à peu près au même, demandez à sa fdle, ce qu'il a fait, durant son passage au pouvoir, pour préparer le triomphe de ses opinions politiques. Quant à son premier ministère, c'est sa fdle qui vous répondra en ces termes * : « Peu de temps avant d'être nommé ministre, M. Necker fit un voyage en Angleterre. Il rapporta de ce pays une admiration profonde pour la plupart de ses institutions... Néanmoins, il n'avait pas alors l'idée de proposer le moindre changement à l'organisation politique de la France. Si les circonstances n'avaient pas forcé le roi lui-même à ce changement, M. Necker ne se serait jamais cru en droit de s'en mêler... Il ne pensait pas qu'une telle proposition pût partir d'un ministre nommé par le roi, sans que son souverain l'y eût autorisé positivement. D'ailleurs, il était dans la nature de son caractère et de son esprit d'attendre les circonstances, et de ne pas prendre sur

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