Considérations^ t. I, p
lui la résolution qu'elles peuvent amener. » Cette conduite, de la part de Necker, s'explique encore de 1775 à 1781. Successivement nommé directeur général du trésor, puis directeur général des finances, il n'occupait en définitive qu'une position secondaire; et le jour où il voulut s'élever d'un degré, en réclamant l'entrée du conseil, Maurepas lui fit cruellement sentir qu'il ne l'avait choisi que comme un habile banquier, chargé d'attirer l'argent dans les caisses royales, et non comme un homme politique, appelé à s'immiscer dans les grandes affaires de la monarchie. Mais en 1788, ses habitudes de temporisation et de réserve sont beaucoup moins excusables. On l'avait créé ministre d'État en même temps que directeur général des finances. Si le roi n'y avait pas ajouté le titre de ministre principal, resté vacant depuis la démission de Brienne, l'opinion publique le lui avait conféré quand même. Malgré lui, Necker était forcé, par les circonstances, d'agir en chef du gouvernement et de ne rien négliger de ce qui pouvait sauver le pays. Sa position avait complètement Changé. Malheureusement, son caractère et sa conduite restèrent les mêmes qu'autrefois.
Au premier rang des questions que les événements lui faisaient un devoir d'examiner et de résoudre, se plaçait la question de savoir ce que la France, en se réformant, pouvait emprunter aux institutions de l'Angleterre. Eh bien, il déclare lui-même, et dans les termes les plus exprès, qu'il ne s'en est pas occupé du tout. « Je n'ai, dit-il, jamais été appelé à examiner de près ce que je pouvais faire, à l'époque de ma rentrée dans le ministère, de cette estime si particulière et si profonde pour le gouvernement d'Angleterre : car si, de bonne heure, mes réflexions et mes discours durent se ressentir de l'opinion dont j'étais pénétré, de bonne heure aussi, je vis l'éloignement du roi pour tout ce qui pouvait res-