‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 88 sur 362 · Annales françaises, p · texte numérisé non relu

Annales françaises, p

gnon. Tout est. pour nous sujet de surprise dans les habitudes de l'ancien régime. Croirait-on qu'en renvoyant Brienne, Louis XVI avait imaginé de garder son alter ego, Lamoignon, comme s'il s'était agi d'un simple changement de personnes et non d'un changement de système? Croirait-on que Lamoignon n'eut pas la sagesse de comprendre que la chute de Brienne entraînait nécessairement la sienne, et que Necker consentit à reprendre son portefeuille, en compagnie des ministres qui venaient de publier les édits de mai, y compris celui qui en avait eu la première idée et à qui l'opinion publique en imputait l'une des principales responsabilités. Il en résulta que, pendant plusieurs jours, ce fut encore l'ancien garde des sceaux qui resta le conseiller intime du roi et qui en profita pour diriger à sa guise les affaires qui le touchaient de plus près. Il essaya d'abord de nouer avec le parlement des négociations ayant pour but d'arriver à une entente amiable. Mais il ne tarda pas à reconnaître qu'il se heurtait contre des rancunes invincibles. « Je crois être sûr, » écrit à ce moment Lafayette \ « qu'aujourd'hui même, on a proposé au parlement de rentrer provisoirement avec le garde des sceaux : je ne sais pourquoi ils s'y refusent. Car, si les lois sont retirées, ils ne peuvent pas demander le sacrifice des personnes. Mais je ne conçois pas que le garde des sceaux veuille rester. Il y a, dans cette discussion, beaucoup de haine personnelle de part et d'autre. Je suis peu parlementaire, comme vous savez, et, quel que soit l'arrangement, il faut que la magistrature passe par le creuset des États généraux. » En attendant, Lamoignon, désespérant de traiter avec elle, imagina de la réduire à la soumission par l'emploi d'un de ces coups d'autorité, dont il avait tant de fois reconnu

1. Mémoires et correspondances, t. H, p. 237. Lettre sans autre date que « Paris, jeudi soir », et sans indication du destinataire.

l'impuissance. Cédant à ses prières, le roi eut la faiblesse de permettre l'annonce d'un nouveau lit de justice. Le 5 septembre, le premier président * reçut ordre de faire avertir les magistrats afin qu'ils se rendissent à Paris. Le 13, on leur remit à tous individuellement une lettre de cachet, qui les convoquait à Versailles pour le 15. Paris vit alors se renouveler les scènes d'autrefois. Le palais de justice étant toujours investi par la force armée, des réunions secrètes eurent lieu chez les présidents de chambre. Le parlement y formula d'avance des protestations énergiques, auxquelles il ne manqua pas d'ajouter les imputations injurieuses qu'il avait coutume d'adresser au garde des sceaux. Les vieilles luttes, un instant assoupies, semblaient sur le point de renaître, et menaçaient de jeter, au milieu d'une situation déjà si tendue, un nouvel élément de complications et de troubles.

Necker n'eut même pas besoin de se plaindre des difficultés imprévues que lui créait ainsi son collègue, et de représenter que la restauration du crédit deviendrait impossible, si l'on continuait à suivre les errements de ceux qui l'avaient si gravement compromis. Sans attendre ses observations, la cour « reconnut que le renvoi du garde des sceaux était aussi un sacrifice inévitable. Le comte d'Artois se chargea d'inviter Lamoignon à lui remettre sa démission; celui-ci osa la refuser. Il avait la survivance de la place de chancelier : c'était le premier des grands officiers de la couronne, et les lois de l'Etat n'en permettaient pas une destitution arbi- -traire. Les sceaux pouvaient bien lui être retirés par la seule volonté du roi; mais se fiant sur son crédit et sur la faiblesse du roi, il résolut de faire tête à l'orage, ou au moins de vendre chèrement sa retraite. Il exigea,

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