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après un an de ministère turbulent, et dans un moment de détresse, ce qu'un ministre, qui eût donné à son pays vingt années de prospérité et de gloire, n'eût pas osé demander; il eut la promesse que son fils serait fait duc et pair et nommé à une grande ambassade, et, outre sa pension de retraite, quatre cent mille francs lui furent accordés. C'était juste ce qu'il y avait à cette époque d'effectif dans le trésor royal. On ne pouvait cependant pas lui tout donner, mais il en exigea moitié, qui lui fut délivrée ^ »
Gomment Necker n'eut-il pas la force d'empêcher ces scandaleuses largesses, cette incroyable dilapidation d'un trésor déjà épuisé par tant de fautes? On a vu là la preuve que, désirant se débarrasser à tout prix d'un collègue qui le gênait, il n'avait rien voulu faire qui pût en retarder la retraite. Qui sait? Peut-être ne fut-il pas plus consulté sur les exigences de l'ancien garde des sceaux que sur son remplacement? Le successeur de Lamoignon, dit un témoin ordinairement bien informé, « fut nommé par le roi lui-même. Louis XVI se souvint que le garde des sceaux, Miromesnil, lui avait parlé plusieurs fois avec éloge des vertus de M. de Barentin, anciennement avocat général au parlement de Paris, et alors premier président de la cour des Aides. Les sceaux furent remis à ce magistrat ^ » . Si ce détail est exact, à quel singulier régime avons-nous donc affaire? Jamais circonstances plus graves n'ont exigé plus d'union, plus d'homogénéité dans les conseils du gou-
1, Annales françaises, p. 203. Sallier ajoute en note : « Il n'y avait même plus 400 000 francs au trésor royal, mais seulement 380 000 francs, parce que Loménie, avant de remettre sa démission, avait envoyé recevoir 20 000 francs, pour un mois non échu de son traitement. Il jouissait cependant d'ailleurs de plus de 600 000 livres de rente en bénéfices ecclésiastiques. » Décidément les mœurs de nos hommes d'État, si peu qu'on les estime, valent encore mieux que celles de leurs devanciers.