Sallier, Annales françaises, i
parlement de Paris. Quelques jours encore, il allait revenir en triomphateur, dans ce palais de justice, d'où il avait été chassé six mois auparavant. Partout éclatèrent les transports d'une joie plus bruyante que sérieuse. Elle s'était déjà manifestée lors de la chute de Brienne. « Depuis le renvoi du principal ministre, dit Sallier \ le peuple conduit par de jeunes praticiens, et excité par les agents d'Orléans, se livrait tous les jours à des témoignages d'allégresse, qui avaient promptement dégénéré en licence. Cette troupe désœuvrée, conduite à la sédition, se rassemblait à la chute du jour, à côté du palais, sur la place Dauphine ; elle forçait les habitants de ce quartier à illuminer leurs maisons, et cassait les vitres de ceux qui résistaient ou n'obéissaient pas assez vite. Des fusées, des pétards étaient tirés en signe de réjouissance... » Ce fut bien pis lorsqu'on apprit la disgrâce de Lamoignon, dont la fermeté inspirait encore quelque crainte. « Des désordres graves, et tels qu'on les a vus depuis se manifester dans les premiers temps de la Révolution, avaient suivi ces scènes tumultueuses. Des corps de garde avaient été pillés et brûlés, et il avait fallu combattre à force ouverte ces provocateurs, qui, encouragés par la modération dont on avait usé envers eux, avaient manifesté l'intention d'incendier les hôtels des ministres et du commandant du guet, et s'y étaient portés en foule avec des torches allumées. Pour parvenir à les disperser, il avait fallu faire feu sur ces révoltés : plusieurs d'entre eux avaient été blessés', quelques-uns même avaient été tués. »
Toutefois, et malgré le sang répandu, on peut dire que l'émeute ne prit jamais un caractère inquiétant pour la tranquillité immédiate. Nous avons, à cet égard, le témoignage d'un homme sincèrement ami de l'ordre
i. Eodem, p. 204.
et qui savait en comprendre les nécessités, Mallet du Pan *. « Cette guerre civile, comme l'appellent les gazetiers, n'a été qu'une mutinerie de gredins et d'enfants payés par quelques agents secrets pour faire ce tapage... Le peuple, la petite bourgeoisie n'a pas pris la moindre part à ces mouvements. » Mais, si la tranquillité immédiate ne semblait pas gravement compromise, on commençait à voir poindre, au milieu de ces désordres, des symptômes moins rassurants pour l'avenir, et Mallet du Pan s'empresse d'ajouter : « Le parlement a rendu un nouvel arrêt contre les attroupements et les pétards. Il était temps que cela finit, car Paris était sans police, le guet n'osait sévir, la ville infestée de mendiants ; des bandits demandaient de l'argent pendant la nuit aux passants. Il y a eu des vols et des assassinats. » C'était l'armée de la misère, chassée des provinces par la famine, qui commençait à refluer sur Paris, où elle devait bientôt former Tavant-garde de l'armée révolutionnaire»
En dépit de tant de contrariétés et d'obstacles, Necker s'était mis résolument à l'œuvre ^ Son premier soin, lorsqu'il reprit la direction des .finances, fut de vérifier dans quel état elles lui étaient rendues. Il ne trouva que 250,000 livres dans les caisses du trésor, et cependant les dépenses courantes, obligatoires, de la semaine exigeaient à elles seules plusieurs millions. D'ailleurs, il ne suffisait pas de subvenir aux dépenses courantes. Déjà, la disette imposait au gouvernement