‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 92 sur 362 · NECKER ET LES FINANCES · texte numérisé non relu

NECKER ET LES FINANCES

des sacrifices extraordinaires. Pour calmer les populations rurales, pour éviter que le désespoir ne les poussât à la révolte, il fallait multiplier sans cesse les secours en nature et les secours en argent. Gomment subvenir à ce double fardeau? Les effets royaux étaient dépréciés, le crédit était nul. Necker, en arrivant, prêta deux millions sur sa propre fortune. Enhardis par son exemple, et surtout rassurés par son habileté, ainsi que par sa loyauté financière, quelques capitalistes se risquèrent à faire des avances. Les notaires de Paris versèrent 6 millions au trésor. En une seule matinée les fonds publics remontèrent de 30 0/0. « Un tel effet, » dit sans exagération Mme de Staël \ « produit sur le crédit public par la confiance en un homme, n'a point d'exemple dans l'histoire ».

On s'attendait à le voir rapporter immédiatement l'édit du 16 août, celui qui avait causé tant de colères et d'inquiétudes, en autorisant à payer une partie des dettes de l'État avec des billets sans échéance fixe. On ne réfléchissait pas qu'avant de prendre une mesure si grave, il fallait se livrer à un examen plus attentif, sonder l'avenir et s'assurer qu'à toute époque les ressources du trésor permettraient d'effectuer les payements en numéraire. Necker n'était pas homme à hasarder un engagement solennel sans être bien sûr de le tenir. Il ne se décida qu'après une vérification minutieuse et qui exigea de lui une étude approfondie. Peut-être aussi n'était-il pas fâché d'attendre la disgrâce du garde des sceaux, et ne voulait-il rien aborder de sérieux, avant d'avoir obtenu la satisfaction qu'il jugeait nécessaire à la réussite de ses projets. Toujours est-il que l'arrêt du conseil si impatiemment attendu ne parut que le 14 septembre, précisément le jour où Lamoignon quitta

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