‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 127 sur 331 · LES ÉLECTIONS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS DU CLERGÉ

de misères à venger. C'était la petite bourgeoisie et le peuple des campagnes : Tune incessamment vexée dans les sentiments que Téducation développe au cœur de tous les hommes; Tautre, non moins indignement tourmenté dans la jouissance de cette « immensité de petites propriétés rurales, » auxquelles il tenait tant Pendant que la bourgeoisie poursuit Va/franchissement des personnes, le paysan réclame, avec plus de violence encore, XaffranrhUsement des terres. Mais comment leur refuser aux uns, comme aux autres, le droit de vote? Ceux-là ont l'aisance jointe à la capacité, ceux-ci possèdent une grande partie du sol. L'adoption d'un cens raisonnablement calculé ne saurait les exclure. Supposez une autre 1^'slation, moins large, et pourtant équitable, l'immense majorité des assemblées primaires serait restée la même, et cela seul eût suffi pour assurer le môme r*^ultat.

Il ne faudrait pas croire non plus que les hommes d^État de Tancien régime aient appliqué le suffrage universel aux élections du tiers état, sans lui faire subir un tempérament, un correctif. D'abord, il ne s'agit pas ici du suffrage universel direct, mais du suffrage universel à deux ou môme à trois degrés. Ainsi, dans les grandes villes, les habitants devaient se rassembler une première fois par corps, corporations ou communautés, afin de choisir des représentants, destinés à composer rassemblée primaire du tiers état de la ville. Cette assemblée était chargée de dresser le Cahier des plaintes et doléances, et d'élire les députés aux assemblées de bailliages. Cest seulement dans ces dernières que devait avoir lieu Télection définitive des députés aux États généraux.

II y avait donc, pour arriver là, trois degrés successifs à franchir. Partout ailleurs que dans les grandes villes, il n*y en a que deux, mais il y en a toujours deux, les assemblées primaires de paroisses et les assemblées de bailliages ou de sénéchaussées. Grâce à ces précautions, on a souvent remarqué que les élections du tiers état s*accomplirent avec plus de calme que celles de la noblesse, réunie en masse et tumultueusement au chef-lieu de la circonscription. D'autres précautions moins louables s'étaient encore glissées dans le règlement organique. Il stipulait notamment que les assemblées primaires seraient présidées par le juge du lieu, l'homme du seigneur. Si faible que fût son influence, n'y avait-il pas à craindre que plus d'un électeur n'osât pas se prononcer librement sous une telle surveillance? Ajoutez que les avis et les votes devaient être formulés à haute voix. Évidemment, on avait espéré, par là, exercer une véritable contrainte morale, contre laquelle on supposait que les paysans n'auraient pas la force de réagir. Vain calcul! Le temps n'était plus où le paysan tremtblait devant l'homme du seigneur, et le moment était proche où l'homme du seigneur allait trembler devant le paysan.

De même, en ce qui concerne les élections dans Tordre du clergé, le résultat déjoua tous les calculs. Une des choses que l'on reproche avec le plus de vivacité au conseil du roi Louis XVI, est d'avoir ouvert trop largement Taccès des États généraux aux simples curés de campagne. C'est le point sur lequel insiste le plus l'abbé Morellet. c II était pourtant bien aisé, dit-il S de voir qu'en laissant entrer dans la représentation plus de deux cents curés à portion congrue, la propriété usufruitière ecclésiastique n'était plus réprésentée..., et que

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