‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 128 sur 331 · LES ÉLECTIONS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS DU CLERGÉ

ces mêmes hommes enfin, ennemis de leurs supérieurs par état. Tétaient aussi de la noblesse, comme appartenant au tiers par leur naissance. On avait donc plus que doublé le tiers, puisque, dès le premier jour, il se trouvait, aux États généraux, huit cents représentants nés parmi le peuple et à peine quatre cents députés appartenant au haut clergé et à la noblesse. » Mais, quoi qu'en dise Morellet, comment introduire, dans les élections de rÉglise, des inégalités et des exclusions, qu'on n*avait admises ni dans celles de la noblesse, ni dans celles du tiers? Gomment d'ailleurs soupçonner que de pauvres curés, à portion congrue, fussent capables de réunir plus de suffrages que ces prélats, ces abbés, ces hauts et puissants personnages, devant lesquels ils courbaient si humblement la tête?

Les principaux chefs de TÉglise de France, qui siégeaient dans rassemblée des Notables, ne soulevèrent pas la moindre objection contre le système appliqué par leurs collègues aux élections ecclésiastiques. A leur exemple, le conseil du roi adopta l'avis des Notables sans en prévoir l'issue. Cependant, et par un dernier reste de prudence, plus instinctive que réfléchie, il eut soin de prendre toutes les mesures compatibles avec Tesprit général du règlement, afin d'écarter du scrutin ces mêmes curés, qu'il venait d'y convier avec une franchise plus apparente que sérieuse. Sous prétexte d'assurer le service du culte, et de ne pas laisser les populations privées un seul jour de l'assistance d'un prêtre, il glissa dans le règlement du 24 janvier les dispositions suivantes : c Les curés de paroisses, bourgs et communautés des campagnes, éloignées de plus de deux lieues de la ville, où se tiendra l'assemblée de bailliage ou de sénéchaussée, à laquelle ils auront été assignés, ne pourront y comparaître que par des procureurs pris dans l'ordre ecclésiastique, à moins qu'ils n'aient, dans

leur cure, un vicaire ou desservant résidant, en état de remplir leurs fonctions, lequel vicaire ou desservant ne pourra quitter la paroisse pendant l'absence du curé. » Évidemment la plupart des curés de campagne n'avaient pas de vicaires, leur portion congrue leur permettant à grand'peine de subvenir à leurs propres besoins. Les voilà donc tous ou presque tous enchaînés à leur poste, quand il s'agira d'aller voter. Ils ont à la vérité la ressource de se faire représenter par un mandataire ecclésiastique. C'est là qu'on les attendait. On croyait qu'ils ne manqueraient pas d'adresser leurs pouvoirs à leurs supérieurs hiérarchiques, prélats, vicaires généraux, et autres. On ne craignit peut-être pas de les leur demander. Bien d'autres démarches furent tentées auprès d'eux pour diriger leurs suffrages, c Je déclare, dit Necker % que les ministres du roi, dans la mesure de leurs moyens, et autant qu'ils le purent avec sagesse, cherchèrent à diriger les suffrages des ecclésiastiques vers les hommes les plus distingués de leur ordre; et les seuls alors généralement connus occupaient les premiers rangs dans le clergé. » Gomment les curés firentils pour se dégager de tant d'entraves? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'ils s'arrangèrent de manière à disposer de la majorité, et qu'ils s'en servirent pour nommer les plus dignes d'entre eux, à la grande stupéfaction du haut clergé, qui les croyait incapables de tant de hardiesse.

D'après ce qui s'est passé là, ne nous montrons pas trop sévères pour les rédacteurs du règlement de janvier 1789. Eussent-ils eu plus d'expérience et plus de prévoyance, eussent-ils deviné des dangers redoutables, là où personne autour d'eux n'apercevait que des motifs de quiétude, ils n'auraient pas mieux réussi. Dans

i. Hisi. de la Hév, fr., t. I, p. 12».

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