LBS ÉLECTIONS DU CLERGÉ
les grandes crises politiques, les gouvernements les plus habiles sont aussi impuissants à dénaturer la volonté nationale, que, dans les grandes inondatioAs, les meilleurs ingénieurs à arrêter le cours des fleuves. Voyez à quoi ont servi les dispositions spéciales appliquées aux élections parisiennes ^ Dans le système adopté par toute la France, aucune ville n'avait droit à une députation particulière, pas même les bonnes villes, qui jadis étaient exclusivement chargées de représenter le tiers état. On les avait toutes amalgamées dans une circonscription rurale, sur laquelle on comptait pour tempérer l'ardeur de leur vote. Paris seul fut admis au bénéfice d'une exception; et encore, à la double condition que les électeurs ne seraient convoqués qu'au dernier moment, trop tard pour que les députés pussent assistera l'ouverture des États, et, de plus, que les opérations électorales seraient soumises à des règles moins libérales que partout ailleurs. « La convocation, dit Michelet *, n'est ni uniforme ni simultanée. Paris, la tête de la France, qui devait marcher devant, éclairer et guider, très machiavéiiquement est convoqué le dernier, après tous et de façon à n'exercer aucune influence. On alla si loin dans la haine, la défiance contre la grande ville, qu'on eût dû le plus ménager, qu'au 13 avril, le ministère, violant pour elle seule le principe d'élection qu'il avait posé pour toute la France, décida qu'à Paris, il faudrait payer six livres de capitation^ pour être admis aux assemblées électorales du tiers. » Tant de précautions n'aboutirent qu'à faire passer Sieyès , qui n'avait pas trouvé de siège en province , Sieyès, qui était à ce moment le plus dangereux ennemi de l'ancien régime.
1. Rè^ment foit par le roi pour la convocation et la tenue des trois tats à Paris. Versailles, 13 arril 1189. Lois anciennes, t. XXVHI, p. 651 1. tout! XF e< loMif XF/, p. 459.
248 LA CHUTB DB L'ANCIBN RÉGIIIB
Pendant que le conseil du Roi s'occupait à préparer le nouveau code électoral, le. royaume était inondé par un déluge d*écrits de toute espèce. Vers la fin de 1788, la publication des brochures prit des proportions telles qu'elle est restée le fait caractéristique de cette époque. Elle constitue, pour ainsi dire, une -crise particulière au milieu de la crise générale. Nous verrons bientôt, dans les Cahiers, ce que voulait la France entière, celle des campagnes et celle des villes, les paysans aussi bien que les bourgeois. C'est ici le cas d'examiner d'abord ce que pensaient les classes lettrées et quelles idées elles s'efforçaient de propager autour d'elles.
Quelle que soit l'origine de ce mouvement, soit qu'on rattribue aux dispositions de l'arrêt du 8 juillet, dans lequel Brienne avait fait appel aux lumières de tous les hommes instruits, soit qu'il ne faille y voir que le produit naturel de Teffervescence, entretenue et développée par la gravité des circonstances, il n'en est pas moins vrai que le gouvernement en conçut dès l'abord une certaine inquiétude. II s'efforça d'en arrêter, ou du moins d'en entraver la marche. Mais sa police, plus ardente que sage, s'en prit à des publications qui ne méritaient nullement ses rigueurs, et, par ses maladresses, prêta le flanc à de justes critiques. D'ailleurs Necker avait réclamé trop haut les droits de la presse, dans rintérét de sa propre défense; il était trop soucieux de sa popularité pour se montrer bien sévère. A la première protestation un peu retentissante, il crut prudent de mettre une sourdine au zèle de ses subordonnés, et peu à peu les poursuites cessèrent, la liberté reparut, et avec elle la licence, sa compagne inséparable.