LA CRISE DES BROCHURES
existait en fait; on tâchait vainement de la gêner par des ordres sourds; les livres sortaient de partout, et plusieurs étaient écrits dans un langage populaire, qui les mettait à la portée des dernières classes de la société. Le gouvernement fut enfin obligé de laisser tout écrire et tout dire. Quelques princes du sang opposèrent à tant d'écrits un Mémoire, alors fameux, où étaient exposées toutes les prétentions de ce que, depuis, on a nommé X aristocratie y c'est-à-dire les privilèges d'un petit nombre d'hommes, vivant aux dépens de tous, ou les humiliant par leur autorité. Ce mémoire ne servit, comme toutes les autres imprudences des grands, qu'à accroître la résistance et la force du peuple. » Catte fois, toutes les digues étaient rompues; il n'y avait plus moyen de contenir l'inondation.
De son côté, le parlement, au milieu de ses perpétuelles fluctuations, avait un instant conçu la pensée d'opposer son autorité vieillie au débordement des écrits populaires; il ne tarda pas à s'en repentir. Il commença par condamner plusieurs ouvrages, auxquels l'opinion publique n'attachait pas grande importance, entre autres un Commentaire roturier sur le noble discours adressé par Monseigneur le prince de... à Monsieur y frère du nriy dans rassemblée des Notables. L'auteur, qui était sans doute un humble et obscur écrivain, fut même obUgéde se cacher pour échapper aux poursuites *. Le 17 décembre 1788, nous trouvons encore la mention d'un arrêté solennel, « rendu les chambres assemblées, les pairs y séant, qui condamne un imprimé, ayant pour ^ire: Délibération à prendre par le tiers état dans toutes les municipalités du royaume de France, à être lacéré et brûlé par l'exécuteur de la haute justice V » Ce fut là la