Eodem, n
vaient sous la cendre. Ils ne reculaient devant aucune plaisanterie comme devant aucune injure. Désireux d'attirer à tout prix les regards, ils parodièrent les formules ou les prières du culte. Dans ce genre, on remarque *, entre autres, le « Gloria in excelsis du peuple, auquel on a joint Tépltre et Tévangile du jour, avec la réflexion et la collecte, suivi des litanies du tiers état, par un curé du diocèse d'Auxerre. » Le môme auteur y ajouta peu après un « Prône à l'usage de tous les ordres, contenant le Magnificat du peuple, le Miserere de la noblesse, le Deprofundis du clergé, le Nunc dimittis du parlement, la passion, la mort, et la résurrection du peuple, imprimé à Jérusalem. » Enfin, c le petit prône aux roturiers, en attendant le grand sermon aux Français de tous les ordres, par V. M., l'un des prédicateurs du temple de la justice, à Auxerre. » Ce genre de littérature trouva de nombreux imitateurs. Bientôt ce fut à qui s'efforcerait de renchérir sur la violence de ses devanciers. Il en est qui finirent par prêcher, sans détours, le massacre de leurs adversaires. Un des libelles, les plus répandus alors, se terminait ainsi • : « Per evangelica dicta deleantur carnificesj magistratus et nobilttas. Amen. Que les paroles de cet évangile nous procurent l'anéantissement des magistrats et des nobles, nos bourreaux. Ainsi soit-il. »
€ Ces actes d'impiété et de brigandage », ajoute Sellier, t se vendaient publiquement. Des émissaires les distribuaient gratuitement au peuple. Les libraires les étalaient aux regards du public. On en faisait des lectures dans les cafés, sans la moindre contradiction, sans que l'on pût craindre d'être inquiété. » A la faveur de ce débordement, on vit reparaître un écrit, qui avait
i. Archives parlem., t. I, p. 582. Comparez Catalogue de la Bibl. nat. Lb»t, n«« 765, iOll, iiOO, HOl.
% Cité en note, Sallier, Annales françaises^ p. 304.
270 • LA CHUTE DE L'aNCIBN RÉGIME
été déjà imprimé l'année précédente, mais dont le parlement avait arrêté la distribution *. C'était un nouveau calendrier, signé de son auteur, Pierre-Sylvain Maréchal, et intitulé : Almanach des honnêtes gens pour Fan 1" de la raison. Personne à cette époque ne s'en soucia que comme une débauche d'imagination malade. Qui eût dit qu'un jour cette insanité deviendrait le calendrier officiel de la France en délire? Ainsi, le mouvement de 1788 laissait déjà percer le germe d'une phase bien plus inquiétante. Mais ces symptômes d'un mal encore lointain, disparaissaient sous l'ensemble de la crise, dans laquelle le nombre des publications modérées, instructives, dépassait de beaucoup celui des élucubrations révolutionnaires.
Nous avons réservé, pour en former une dernière catégorie, un petit groupe d'écrits, que le fond sérieux des idées empêche de confondre avec les productions révolutionnaires et que, d'un autre côté, l'âpreté de la forme distingue des œuvres véritablement modérées. Il s'agit des trois brochures qu'a publiées l'abbé Sieyès durant le cours de la crise, et dont la plus célèbre porte pour titre : Qu'est-ce que le tiers état? Celle-ci n'était pas la première en date : elle avait été précédée par un ^WiEssai sur les privilèges *, paru en novembre 1788, au moment où se réunissait la seconde assemblée des Notables. L'essai en lui-même n'a rien de remarquable. On y trouve çà et là quelques étincelles de l'esprit mordant