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assemblées provinciales lui étaient presque aussi snspectes que les assemblées des communautés* Habituée, depuis 1781, à compter sur les faveurs du gouvernement, elle préféra lui demander le rétablissement des anciens états, dans leur forme primitive, qui assurait aux ordres supérieurs une prépondérance sans contrepoids. A cette nouvelle, une vive agitation éclata dans le pays. Le barreau d'Aix, où se trouvaient des hommes, comme Portails, Pascalis, Siméon, Bouche et autres, déjà célèbres et appelés à le devenir encore davantage, donna le signal de la résistance. Portails écrivit le Mémoire, que nous venons de citer, dans lequel il dénonçait les vices d'institutions oubliées depuis 1639, et démontrait l'injustice qull y aurait à les ressusciter tout à coup. Nouvellement nommé assesseur, Pascalis alla plus loin encore. Il publia à Aix une brochure * pour soutenir que, tant que les privilégiés refuseraient de concourir aux charges publiques, ils ne pouvaient prétendre aucune part à Tadministration du pays, sous quelque forme qu'elle fût organisée. En réponse à la question imprudemment soulevée par eux, il en pose une autre bien plus grave et d'une portée bien plus étendue, celle de savoir si le temps n'était pas venu de proclamer le grand principe de l'égalité devant l'impôt. « Les administrations provinciales, qui viennent d'être instituées, disait-il, n'ont été établies que pour ramener toutes les classes de citoyens à une égale contribution. Cette égalité peut seule tarir la source des contestations qui, depuis quatre siècles, fatiguent les différents ordres : elle cimentera la paix et l'union de la famille. » De telles paroles n'avaient pas besoin d'être recommandées par le mérite de l'auteur et les hautes
i. Mémoire sur la contribution des trois ordres aux charges publiques et communes de la province, par Pascalis, assesseur. A Aix, chez Gibelin David et Emeric David, 1787, in4.
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fonctions dont il était revêtu. Elles répondaient au sentiment général et reçurent, dans toutes les classes du tiers état, un accueil enUiousiaste. Néanmoins la noblesse insista sur sa demande, et, par une singulière inconséquence, le gouvernement, qui venait de refuser aux Dauphinois le rétablissement de leurs anciens états, réclamés par tout le monde, finit par accorder celui des états de Provence, sollicité par un petit groupe d'habitants. Un édit de décembre 1787 les convoqua dans la ville d'Aix pour la fin du mois, tout en exprimant le vœu qu'ils indiquassent, dès leur première session, les justes changements qu'il importait de faire subir à l'organisation jadis usitée«
La séance d'ouverture eut lieu le 31 décembre 1787. Le clergé y était représenté par tous les dignitaires de te province, prélats, vicaires généraux, doyens des chapitres, abbés, etc.; la noblesse par 128 gentilshommes possédant-fiefs. Le tiers état comptait seulement 56 membres, dont 21 syndics de vigueries, et 35 consuls des villes principales. Encore faut-il rappeler que, de ces derniers, un grand nombre étaient nobles, et ne siégeaient sur les bancs du tiers état qu'en vertu d'une fiction, qui ne trompait personne. C'est dans de telles conditions d'infériorité numérique, que figuraient aux ^ats d*Âix ces communautés provençales, accoutumées depuis si longtemps à trôner presque seules aux assemblées générales de Lambesc. Pour elles toute discussion, toute lutte devenait insoutenable. Elles n'avaient plus qu'à slncliner devant la volonté souveraine des ordres supérieurs.
Deux questions surtout les intéressaient. Et d'abord, celle qu'avait posée le gouvernement lui-même. Quelle serait l'organisation future des états, quelles modifications devaient subir les formes anciennes? Sur ce point, la noblesse et le clergé eurent la sagesse de reconnaître
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rimpossibilité de maintenir un système si défectueux. Us se prononcèrent en faveur de la double représentation du tiers. Mais, sur la question soulevée par le Mémoire de Pascalis, leur attitude fut bien différente. La noblesse offrit, comme maximum des sacrifices qu'elle consentait à subir, de contribuer aux dépenses des chemins, et, en outre, de payer une somme de quatre mille francs pour subvenir à l'entretien des bâtards. Le clergé se montra encore moins généreux. Il réduisit ses offres à la moitié de celles que venait de faire la noblesse. Ni les uns, ni les autres ne comprirent que leur véritable intérêt était de faire la part du feu, et de prévenir par d'habiles concessions, les exigences auxquelles le cours des choses allait bientôt donner lieu K En vain, l'archevêque président, monseigneur de Boisgelin, prélat libéral, ancien condisciple de Turgot, essaya de ramener la majorité de l'assemblée à l'adoption de mesures plus sérieusement conciliatrices. Pour appuyer ses efforts, il comptait sur l'intervention de Pascalis, qu'il interpella de donner son avis. Pascalis refusa. Il était blessé par les factums injurieux que la noblesse venait de publier contre lui •. Ce n'était pas devant un tribunal décidé d'avance à le condamner, qu'il entendait élever la voix. Abandonnés à eux-mêmes, les humbles syndics des vigueries ne savaient quel parti prendre. Ils finirent par accepter, à tout événement, les offres des pri-
i. « La noblesse de Provence, de même qu'ailleurs, ne comprit pas ses véritables intérêts. On ne lui demandait pas, en 1787 et 1788, l'abandon de ses fiefs. Les écrivains les plus ardents du tiers état ne lui disputaient pas ses privilèges honorifiques. Les exemptions pécuniaires étaient le seul objet du débat. Si elle eût bien vu Pétat des choses, elle se fAt résolue à un sacrifice qui. consolidait son ordre, en lui enlevant un germe d'impopularité... » Pascalis, par Ch. de Ribbe, p. 68.
2. « Des défenses imprudentes parurent en son nom et pour elle. Pascalis y était apostrophé en ces termes : « Vos talents méritent bien des égards, mais votre parti n'en mérite point... » Eodem, p. 69.