‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 17 sur 331 · LUTTE NOUVELLE EN PROVENCE · texte numérisé non relu

LUTTE NOUVELLE EN PROVENCE

villes SOUS la réserve de demander davantage et d*en référer à la justice du roi.

Lorsque les états se séparèrent, les deux partis étaient déjà fort excités l'un contre l'autre, et chaque jour aigrissait leurs dispositions respectives. Le jour môme de la clôture, l*» février 1788*, les députés du tiers état, avant de regagner leurs foyers, tiûrent à Aix une réunion particulière, dans laquelle ils concertèrent entre eux les termes d^une lettre de doléances, destinée au roi Louis XVL Ils y énuméraient tous leurs sujets de plaintes, depuis que le ministère avait eu Tétrange idée de changer un régime cher à l'immense majorité de la population, et de le remplacer par de s états dont tout le monde reconnaissait le vice. Ils demandaient qu'au moins il fût permis aux communautés de Provence de se réunir une dernière fois, dans une assemblée générale, « où elles puissent se choisir des défenseurs et pourvoir à tout ce qui serait nécessaire au maintien de leurs droits. » A la suite de cette lettre, et les députés rentrés chez eux, de toutes parts les communautés s'agitent, s'assemblent, délibèrent. Plus hardies et plus exigeantes que leurs députés, elles repoussent avec dédain les offres des ordres supérieurs, offres insuffisantes, offres dérisoires, et réclament à grands cris le rétablissement pur et simple du système des assemblées générales. De son côté, la noblesse tient bon : elle se réunit à Aîx, les 7, 8 et 9 février, sans y être mieux autorisée que les communautés, et là, sous les yeux de l'autorité, qui la laisse faire, elle demande au gouvernement de frapper d'une censure rigoureuse le Mémoire de Pascalis.

Au milieu de ce conflit imprévu, le ministère ne savait à quoi se résoudre. Il est d'ailleurs probable que

1. Sur les événements qui suiyent, voyez Lavergne, Assemblées proriAciales, p. 410-472, et de Ribbe, PascaliSy p. 96 et suiv.

38 Là CHUTB DV L'AUCIKIf HftcmS.

ses embarras se compliquaient de perpétuelles diver* gences d'opinion. A ce moment, la Provence se trouratt comprise dans le département confié à Breteuil^ qui en profita pour blâmer sévèrement la conduite des communautés. Quelques jours après, Brienne, au contraire^ SX droit à la principale de leurs demandes, et leur permit d!e se réunir, comme d'hatitude, en assemblée générale. On a prétendu que c'était de sa part un acte de faiblesse et d'irréflexion. Il n'avait pas songé « qu'il revenait ainsi lui-même sur ce qu'il avait fiait en rétablissant les anciens états ^ » Je serais plutôt tenté de croire qu'il commençait à sentir la lourde faute qu'il avait cwnmise ou laissé commettre, en encourageant les prétentions de la noblesse et du clergé. Désespérant de l'appui des ordres supérieurs^ il cherchait un peu tard à gagner celui du tiers état. Toujours est-il que l'assemblée générale des communautés s'ouvrit à Lambesc, le 4 mai 1788, en la forme ordinaire^ avec la seule différence qu'elle n'était plus présidée par l'archevêque d*Aix. Là, sou» le coovert de l'autorité royale,^ et en présence de l'intendant Gallois de la Tout, les Provençsmx purrat renouveler, à leur aise^ les protestaticos qu'ils avaient déjà formulées contre le* privilégiés, et consacrer par un vote solennel tes théories égalittires préconisées dans le Ménaoîre de Pascalis.

Pendant qu'ils étaient en session, survient la pubiieation des édits de mai. Le partemrat d'Âix refuse son enregistrement, s'emporte en protestations violentes, et ne cède qu'aux menaces de la force publique, dirigée par le comte de Caraman, gouverneur de la province. Certes les magistrats ne jouissaient d'aucune popularité» On leur reprochait d'avoir,, en toute occasion, pris fait et caisse pour les seigneurs féodaux contre les paysans et

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