‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 25 sur 331 · Droz, Histoire de Louis XVI, t. U, p · texte numérisé non relu

Droz, Histoire de Louis XVI, t. U, p

4. Voyez les Lettres de Lafayette et de Mirabeau, citées dans la suite de ce cîiapitre.

qu'ils se trouvaient encore réunis en assemblée générale, et, par conséquent, à môme de revenir sur les résolutions qu'ils venaient de prendre. Etait-ce donc un crime quede leur dire : « Vous voulez refuser au gouvernement le secours pécuniaire, dont il ne saurait se passer; vous aussi, comme les parlements, comme la noblesse, vous réclamez la convocation immédiate des Etats généraux, dans lesquels vous vous flattez d'accaparer une influence prépondérante : eh bien ! vous vous trompez sur ce point, vous oubliez que le tiers état a des droits à faire valoir, qu'il ne manquera pas de les invoquer, et que désormais, le roi, poussé à bout par votre conduite, n'entend plus sacrifier l'immense majorité de ses sujets à vos injustes prétentions? » La menace était assez sérieuse pour donner à réfléchir au clergé de France. A qui la faute, si, après l'avoir provoquée par ses remontrances, il négligea d'en tenir compte? Il resta en session jusqu'au 27 juillet. Il eut le temps de modifier la rigueur de ses décisions primitives, et il se sépara, sans avoir rien voté qu'un secours dérisoire *, emportant, avec la dernière espérance de Brienne, le dernier scrupule qui l'avait jusqu'alors retenu. En face d'un aveuglement si étrange, on serait tenté de croire que le clergé, comme en général les privilégiés de toute classe, n'attachaient pas plus d'importance aux menaces du ministère qu'à ses promesses. Ils comptaient l'avoir renversé avant les premiers mois de 1789, c'està-dire avant l'époque où les résultats de la nouvelle enquête devaient être soumis à l'approbation du roi. Alors ils se croyaient sûrs de ressaisir sur l'esprit de Louis XVI l'influence qu'ils avaient momentanément perdue, et d'obtenir de sa faiblesse un règlement conforme à leurs intérêts.

!. Voir Lois anciennes, t XXVIH, p. 622.

Quelle qu'ait été la cause des illusions qui dictèrent la conduite des privilégiés, il ne faut pas, comme eux, exagérer la portée ni les conséquences de Tarrét du 5 juillet. Ils lui reprochent d'avoir semé en France les premières semences de discorde *. « Jusqu'alors, disentils, l'union avait régné entre tous les ordres de citoyens, tous faisaient cause commune contre le ministère : on résolut de leur supposer des intérêts différents, d'exciter le tiers état à la méfiance, à la jalousie, à l'ambition; de lui rappeler son nombre, sa force; de lui faire envisager ses droits politiques, comme devant être proportionnés à ceux de la nature. » Où voit-on qu'à cette époque l'union régnât entre les divers ordres de citoyens? Depuis 1781, le tiers état vaincu, écrasé, s'était effacé devant les ordres supérieurs. Cela ne signifie pas qu'il fût disposé à faire cause commune avec eux et le fait est que, nulle part, excepté en Dauphiné, il n'avait pris une part active à leur croisade contre le ministère. Gomment ose-t-on dire que le gouvernement se soit plu à supposer un conflit d'intérêts, qui n'existait pas? L'antagonisme était flagrant. Déjà, il venait d'éclater en Provence. Partout, le feu couvait sous la cendre. Personne non plus n'avait besoin d'apprendre au tiers état les droits que lui conféraient son nombre, sa force, et aussi son travail, et son intelligence. Il les connaissait de longue date. N'avait-il pas entendu les discours de Galonné et de Brienne à l'assemblée des Notables? N'avait-il pas lu l'Avertissement de Gerbier? D'ailleurs la nouvelle organisation des Assemblées provinciales lui montrait le but à poursuivre. Il n'avait qu'à réclamer l'extension du môme système aux Etats généraux, et, quoi qu'on en dise, il était assez éclairé pour s'élever jusque-là. Donc, nul doute que l'arrêt du 5 juillet n'ait

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