‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 10 sur 126 · Mme de Slael, Coruidér. sur la Rév. fr., t. I, p · texte numérisé non relu

Mme de Slael, Coruidér. sur la Rév. fr., t. I, p

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daient. Ne cherchons pas à soulever ici le mystère qui les couvre. Aussi bien, l'assemblée n'est pas encore complète. La députatton de Paris n'est pas nommée. Parmi les députés de province, quelques-uns des plus distingués, qui reviendront bientôt comme suppléants, manquent à ce premier appel '. Nous trouverons des occasions meilleures pour passer la revue générale des hommes de 1789 et pour les rappeler tous ensemble au souvenir de nos contemporains, trop facilement oublieux des services qu'ils nous ont rendus.

Dès que le cortège fut arrivé à l'église Saint-Louis, la messe du Salot-Esprit commença. Elle n'offrit rien de remarquable, si ce n'est le sermon, prononcé après l'évangile par M*' de La Fare, évéque de Nancy, représentant du clergé lorrain aux États généraux. C'était un prélat de cour, a homme d'un caractère doux, mais assez médiocre orateur ', » et qui ne dut qu'au choix peu éclairé du roi l'honneur d'une tâche audessus de ses mérites. Néanmoins il trouva le moyen dé conquérir les suffrages de ses auditeurs, en mêlant la politique à la religion et en flattant quelques-unes des idées à l'ordre du jour. Parmi les abus de l'ancien régime il savait que quelques-uns n'étaient plus soutenus par personne. II eut soin de s'en prendre à ceuxlà, et il ne se fit aucun scrupule de les dénoncer avec une àpreté sans mesure. Il peignit des couleurs les plus sombres la misère des paysans, la lourdeur excessive des impôts, la rigueur impitoyable des agents du fisc. Puis, se tournant vers Louis XVI, il termina une série de lieux communs par cette apostrophe retentissante : ■ Et c'est sous le nom d'un bon roi, d'un monarque Juste, que ces misérables exacteurs exercent

1. Dom Gerle, le comte de MonUosJer, Rœderer, etc. S. Correxpotidance entre Miraàfau et le comte de La Marck. Noie de ce dernier, latroduclion, t. I, p. 90.

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8 LA CHDTB DE L'ANCIEN HËGIHE

leurs barbaries! » Accentués avec force, ces mots provoquèrent de nombreux applaudissements, surtoutdans les rangs du tiers état. < On était dans une église, le saint-sacrement exposé, et le roi présent. Jusqu'alors on ne s'était permis d'applaudir ni au sermon, ni en présence du rot '. > Cette fois, aucune étiquette, aucune convenance n'empêchèrent le sentiment public d'éclater bruyamment.

Ce n'est pourtant pas que M. de La Fare eût rien d'un novateur ni d'un révolutionnaire. Son libéralisme, comme celui de tant d'autres prélats, s'arrêtait à la surface. Au fond il restait obstinément attaché aux prétentions de sa classe, et n'essayait même pas de dissimuler sur ce point des opinioQs rétrogrades. Plusieurs passages de son discours, empreints des anciens préjugés, durent faire regretter au tiers état les acclamations qu'il lui avait trop complaisarament prodiguées. A propos de l'égalité devant l'impôt, il se laissa aller à proférer des maximes qui durent sembler déplacées à beaucoup d'auditeurs, comme celle-ci ; <■ La renonciation avx exemptions pécuniaires est un sacrifice volontaire que personne n'a le droit <f exiger. « Il poussa si loin la maladresse, que les écrivains royalistes lui reprochent eux-mêmes d'avoir inutilement blessé les susceptibilités populaires par l'emploi de formules hors de saison. • Sire, dit-il entre autres, recevez les hommages du clergé, les respects de la noblesse et les très humbles supplications du tiers état '. » Pourquoi ne pas laisser à la morgue des courtisans ces distinctions irritantes et surannées? Le premier devoir d'un évoque s'adressant aux États généraux du haut de la chaire chrétienne était de leur prêcher l'union, la concorde, la fraternité, l'oubli des vieilles divisions, !e sacrifice

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OUVBRTORB DES ÉTATS OÊNËRAUX 9

des intérêts particuliers, tout ce qui pouvait rapprocher les cœurs eu les élevant, et tourner les esprits vers l'accomplissement de leurs devoirs patriotiques. Ce n'est pas ainsi malheureusement que l'orateur avait compris son rôle, et Mirabeau a pu dire de lui, sans se montrer trop sévère, que < jamais plus belle occasion n'avait élé plus complètement manquée ' ». Il me semble même qu'il y ait là pis qu'une occasion manquée. J'y vois l'une des premières fautes, et des plus regrettables, par lesquelles l'aristocratie française allait compromettre le peu qui lui restât de sympathies et de chances.

Il s'agissait maintenant de procéder à l'ouverture des États généraux. Rien que leur installation matérielle soulevait des difficultés, qui méritaient d'être étudiées avec soin, et résolues avec prévoyance. Ce n'est pas une mince affaire que de préparer un local approprié aux besoins d'une si nombreuse assemblée. « Ils sont près de douze cents, dit M. Taine », c'est-à-dire une foule et presque une cohue. > Vous pouvez même dire une cohue véritable ', impossible à discipliner, incapable d'ordre, de délibération calme et régulière, de discussion mesurée. Mais n'allez pas triompher contre eux de ce vice organique. Ils n'ont pas coopéré à la confection des règlements électoraux, et s'ils sont venus en telle

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