PRÉLIMINAIRES DB LA RÉVOLUTION DE JUILLET
clergé- Pour l'armée, et surtout parmi les principaux officiers, il n'y avait pas d'iiésitation. — Passant un jour sur la terrasse du château, au moment où on avait commencé à rassembler le corps d'armée, le comte d'Espinchal m'aperçoit et m'appelle; il était au milieu d'un groupe nombreux d'officiers. Ces officiers, parmi lesquels je reconnus très bien M. le comte d'Autichamp, s'entretenaient du plaisir qu'ils auraient bientôt à jeter toute-cette prétentaille d'États généraux par la fenêtre, lis ajoutaient : < Ils nous en ont bien fait, mais cette fois ( nous avons aiguisé nos couteaux ». Enûn Kivarol partage évidemment l'opinion du marquis de Ferrières et du comte de Montlosier. Gomme eux il déplore l'aveuglement de la cour, et, dans le chagrin que sa conduite lui cause, il s'écrie ' : « Tout le régime actuel peut se réduire à quinze ans de faiblesse et à un jour de force mal employée ».
Une dernière preuve ne saurait laisser aucun doute sur les motifs qui déterminent te rassemblement des troupes. S'il n'eût eu pour objet que de pourvoir à la tranquillité publique, ceux qui en prirent l'initiative n'auraient certainement pas songé à en détourner l'attention de Necker, qui tenait autant qu'eux, sinon bien davantage, à maintenir Tordre dans la rue. II n'en fut pas ainsi. « Bientôt, dit Necker lui-même ', un nouveau genre d'alarmes se répandit : on apprit que la cour faisait approcher des troupes de Versailles et que divers régiments étaient en route. Plusieurs ministres, et j'étais du nombre, n'eurent connaissance de ces ordres qu'au moment où il devint impossible de les dissimuler à perw sonne. Le chef du département de la Guerre m'en parla comme d'une précaution motivée par les mouvements séditieux qui avaient éclaté récenmient à Paris et à
t. U, p. 13 et auiv.
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306 LA CHUTE DE l'aMCIEN RÉGIUB
Versailles. L'explication était naturelle, mais la déûaoce s'accrut lorsqu'on fut instruit que M. le maréchal de Broglie était mandé à la cour, et lorsqu'on l'y vit arriver. Je n'ai jamais connu d'une manière certaine le but où l'on voulait aller; il y eut des secrets et des arrièresecrets, et je crois que le roi lui-même n'était pas de tous. On se proposait peut-être, selon les circonstances, d'entraîner le monarque à des mesures dont on n'avait pas osé lui parler. Le temps seul peut éclaircir ce mystère. »
De tous les documents combinés se détache une conclusion, que M. Droz ' résume en ces termes : « Toutes ces forces militaires, si l'on en croyait ceux qui les avaient réunies, étaient uniquement destinées à rétablir le calme et à garantir des troubles l'Assemblée nationale elle-même. Il y aurait beaucoup d'ignorance ou de mauvaise foi à soutenir que telle était la vérité. * Évidemment la vérité historique est que le rassemblement des troupes n'avait d'autre objet que d'assurer l'exécution du coup d'État à l'aide duquel le parti de l'ancien régime se préparait à ressaisir le pouvoir absolu.
Les inquiétudes de l'Assemblée nationale n'étaient donc que trop justifiées. C'était bien contre elle qu'étaient dirigées les entreprises de la cour, et, si elle ne voulait pas les subir, elle devait se tenir prête à les combattre. Entre ces deux partis, devait-elle hésiter? Son devoir n'était pas douteux : il lui commandait ta résistance, et elle ne faillit pas à son devoir. Bien d'autres motifs contribuèrent à l'affermir dans cette résolution. Il y eo