PRËUHINAIRBS DE LA RÉVOLUTION DB JUILLET
vers l'ABsemblée. Il noua la montre placée entre deux périls, et ne sachant pas distinguer auquel des deux il lui importait le plus de; pourvoir. € La majorité de l'Assemblée, dit-il *, composée de gens faibles mais honnêtes, flottait entre l'inquiétude d'une entière subversion et celle de retomber sous le joug de Tancienne aristocratie, dont on exagérait la puissance et dont on lui faisait redouter les complots. > Dans un autre passage, revenant sur le même sujet, Malouet ajoute : « Les députés provinciaux s'exagéraient la puissance et l'habileté de la cour; l'aristocratie expirante leur paraissait le géant aux cent bras ; ils redoutaient ce qu'ils devaient protéger, l'autorité royale; ils acceptaient comme moyens défensifs des idées subversives; ils voyaient partout des embûches, des périls, et, pour éviter un péril imaginaire, ils allaient au-devant du plus grand danger '. • Malouet oublie qu'aux premiers jours de juillet 1789 l'Assemblée n'avait pas à se défendre d'un mal imaginaire, mais d'un mal imminent, le plus terrible de ceux qui la menaçaient alors, y compris la démagogie, qui ne faisait encore que de poindre. Il s'agissait pour elle d'une question de vie ou de mort, d'être ou de n'être pas. Dans cette lutte pour l'existence elle voyait en face d'elle toutes les puissances de l'ancien régime, le roi, la cour, les prélats, les grands seigneurs, les parlementaires, et, avec eux, l'armée, sinon les régiments français, déjà imbus des idées nouvelles, du moins les régiments étrangers, toujours prêts à l'obéissance passive. A tant d'ennemis redoutables que pouvait opposer l'Assemblée nationale? Par elle-même, rien, absolument rien. Quand elle se décida à soutenir la lutte, elle ne disposait pas de dix soldats. Elle n'avait donc qu'une ressource, une seule, et je déûe qu'on
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lui en indique une autre : c'était de s'appuyer sur le peuple, de faire appel aux masses, de recruter des partisans jusque dans les rangs de cette armée qu'on appelait pour l'écraser. Sans doute de tels moyens de défense sont en même temps des moyens subversifs, révolutionnaires. Sur ce point les collègues de Malouet ne s'illusionnaient pas plus que lui. Malheureusement ils ne voyaient rien de mieux à faire, ils n'apercevaient aucune autre voie de salut, et d'ailleurs leur conscience se rassurait en pensant qu'après tout les véritables coupables étaient les imprudents et les fous qui réduisaient la France à se servir d'armes aussi dangereuses, pour échapper au joug qu'ils essayaient de lui infliger.
Dès que l'Assemblée fut décidée à la résistance, elle ne perdit pas un instant pour commencer ses préparatifs de défense. N'en cherchez pas la trace dans ses procès- verbaux, dans ses actes ofâciels, dans ses délibérations publiques. De même que la cour, elle était réduite à s'entourer de mystère. Ce n'est que dans le récit des contemporains qu'il est permis de surprendre quelques renseignements sur les mesures auxquelles elle eut recours, t L'Assemblée, dit Ferrières ', chercha dans le peuple un appui contre la cour. Des émissaires secrets, répandus dans tous les quartiers de Paris, dénoncèrent les projets du ministère. La France, disaient -ils, allait devenir de nouveau la proie des courtisans, des nobles et des prêtres. Ce joug, réimposé par la force, serait plus lourd, plus accablant que jamais. Le monarque, dégagé de ses promesses, rentrant, par la dissolution des États, dans la plénitude de ses pouvoirs, ne connaîtrait d'autres bornes à ses volontés que les bornes incommensurables de ses fan-