Mémoires, p. Sa
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taisies bizarres et mobiles. » A la façon dont l'auteur traduit ici les griefs de l'Assemblée, on dirait vraiment qu'au fond du cœur il les partage, ou du moins qu'il en reconnaît la vraisemblance. Ce n'est pas seulement le peuple dont il conçoit l'émotion à de pareilles discours : il admet aussi celle des classes plus élevées, et notamment celle des hommes qui d'habitude témoignent le plus de répugnance à se jeter dans les hasards de la révolution. * Les capitalistes et les rentiers, ditil ', plus intéressés à la tenue des États et surtout à la consolidation de la dette publique, eflrayés à la vue d'une banqueroute inévitable, se réunirent à l'Assemblée comme à une unique et commune espérance. lia employèrent à la soutenir les puissants moyens que donnent beaucoup d'argent, un grand crédit et des relations étendues. » D'un autre côté, Ferrières ne manque pas de rappeler que l'action de l'Assemblée s'étendait bien au delà de l'enceinte ou de la banlieue de Paris. Il savait qu'une foule de membres élus en province conservaient avec leurs électeurs des rapports constants, et il ajoute à ce propos : ■ L'Assemblée ne négligea point les provinces. Des correspondances multipliées les instruisaient de ce qui se passait. Des agents adroits et sûrs se rendirent dans les villes, parcoururent les campagnes, échauffèrent les esprits, concertèrent les insurrections... Ces moyens, ménagés avec art, amenaient chaque jour une foule d'adresses et d'adhésions. Le concert unanime de toutes les parties de l'empire releva le courage des communes.... La France, animée d'un même esprit, devint un immense forum où les grandes questions du gouvernement se traitaient en présence de 25 millions de citoyens. > Au surplus, l'Assemblée n'avait presque rien à faire pour devenir le centre du
^. Mémoirei, p. 52.
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mouvement dont elle allait profiter. Déjà tous les yeux se tournaient vers elle. On suivait avec anxiété te cours de sea délibérations; on épiait ses moindres actes, et c'est évidemment à elle qu'au jour du péril le parti populaire se disposait à demander le mot d'ordre qui devait lui servir de règle.
Quelles que fussent la vigilance et l'activité de l'Assemblée à la veille d'une action décisive, son salut dépendait uniquement des seCours extérieurs qu'elle réclamait partout, et dont l'intervention pouvait seule assurer son succès. On connaît les ressources dont la cour disposait : les garnisons du Nord lui envoyaient sans cesse de nouveaux régiments; dans quelques jours son armée serait prête. Mais d'où venait celle de l'Assemblée? D'où tirait-elle les forces qu'elle s'apprêtait à mettre en ligne? Quelques auteurs ont parlé de factions ambitieuses ou subversives, organisées d'avance, ourdissant leurs complots dans l'ombre, semant la défiance, excitant la haine, et prodiguant l'argent pour recruter des séides dans les bas-fonds de la société. Ce serait à leur influence que l'on devrait attribuer le soulèvement irrésistible qui marqua les journées de juillet 1789. Suivant d'autres, au contraire, ces journées seraient le résultat de sentiments individuels, spontanés, d'un mouvement général provoqué dans tous les esprits par les préparatifs de la réaction et la crainte qu'inspirait leur réussite. Si la victoire a été si prompte et si facile, c'est que tout le monde y a coopéré. N'y cherchez pas le triomphe d'une ou de plusieurs factions isolées, mais celui de l'opinion et de l'intérêt publics.
De ces deux systèmes, le dernier est celui qui pré-
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sente la chute de l'ancien régime aous l'aspect le plus défavorable pour les hommes et pour les choses de ce régime. Vraiment il n'y a pas eu besoin de factions pour le jeter à terre! Il est tombé, simplement tombé sous le coup de l'anim ad version universelle! Telle est l'opinion de Itfalouet. Il y revient sans cesse dans ses Mémoires : il finit par la pousser jusqu'aux confina du paradoxe. Ainsi, jetant un coup d'œil sur l'ensemble de la Révolution, il ne craint pas de dire ' : < Il est beaucoup plus court et plus commode de mettre une faction, une conspiration en évidence, et de rapporter -là comme à un centre tous les attentats, tous les désastres. Je proteste contre cette opinion ; je n'ai point vu de faction dirigeante, pas même le club des Jacobins, qui vivait au jour le jour comme le parti de la cour. J'ai vu dans tous les partis un état de choses tellement désordonné en fausses combinaisons, en caractères faibles et violents, en prétentions et en oppositions insensées, qu'il devait en résulter tout ce qui est arrivé, même le crédit de Marat et de Robespierre. Ceux-là, du moins, me dlra-t-on, et leurs adhérents étaient des conjurés! Pas davantage : c'étaient des monstres, comme il s'en trouve du temps de Marius, de Sylla, des triumvirs; mais nos Marius et nos Catilina, je ne les connais pas. Quoi! point de chef, point de plan, dans le parti populaire ! Non, ce qu'on peut véritablement appeler un chef exécutant un plan combiné soit par lui, soit par «a factioQ,je ne connais pas une telle chose dans le cours de la Révolution, jusqu'au 18 brumaire. « Admettons, si l'on veut, qu'il y ait là quelque chose de trop absolu. Toujours est-.il qu'en juillet 1789 Malouet refuse de rejeter sur une faction la responsabilité du soulèvement. Pour lui, tout se résume en quelques mots. < Des