PRÈLIUINAIRES DE LA RÉVOLUTION DB JUILLET 3S
former les chances de la lutte. Déjà beaucoup de causes lointaines le prédisposaient à embrasser la cause du parti populaire. « Une partie des gardes françaises étaient mariés ', ce qui leur donnait des relations habituelles et des intérêts communs avec la classe ouvrière et la petite bourgeoisie. A Paris, à Versailles, ils entendaient sans cesse parler de politique, et participaient, plus que les autres militaires, au mouvement des esprits. » C'était un motif de plus pour les ménager. Au lieu de cela, dès que l'occasion s'offrit d'exciter leur mécontentement, la cour ne manqua pas de la saisir. Pendant longtemps ils avaient eu pour colonel le maréchal de Biron, qu'ils chérissaient comme un père. A sa mort ils témoignèrent le désir unanime de le voir remplacé par le duc de Biron son neveu. Mais ce dernier était un des membres les plus actifs de la coterie d'Orléans. Ses liaisons le rendirent suspect. « Son peu de conduite, dit Ferrières *, ses excessives dépenses, le dérangement de ses affaires, furent le motif apparent ou réel qui lui donna l'exclusion. > La cour nomma le duc du Châtelet. Ce duc était déjà colonel du régiment du roi; il conserva ce régiment. La cour, dont la folle maxime était d'entasser les places et les dignités sur une même tête, écouta les ridicules propositions du duc, qui, sous prétexte d'économie, cachaient les grands avantages qui résultaient pour lui de cette réunion. Le duc du GhMelet, minutieux, dur, hautain, était moins propre qu'un autre à remplacer le duc de Biron. Peu aimé dans le régiment du roi, il fut bientôt détesté dans le régiment des gardes. Un dernier acte de sa part acheva d'exaspérer ses nouveaux soldats : il supprima le dépôt où l'on élevait gratuitement les enfants de troupe. Cette mesure, si contraire à l'esprit de l'épo-
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que. Ht éclater dans tout le régiment une irritatioa profonde, que !e8 agents du parti populaire s'empressèrent d'exploiter et dont ils ne tardèrent pas à recueillir les fruits.
Sur ces entrefaites, l'assemblée des communes venait de se proclamer Assemblée nationale. On touchait évidemment à des jours de crise, durant lesquels l'armée allait avoir à jouer un rôle important. Quelques-uns de ses chefs en conclurent qu'ils ne devaient négliger aucune précaution. < L'esprit de vertige, dit entre autres Besenval *, qui pouvait à chaque instant produire les plus grands désordres, nous détermina, M. du Châtelet et moi, à tenir continuellement les régiments des gardes françaises et suisses consignés dans leurs quartiers, pour être sûrs de les avoir au besoin. > Habitué aux lois d'une sévère discipline, le régiment suisse se soumit sans la moindre résistance : il n'en fut pas de même de l'autre. « Un matin, dit encore Besenval, au moment qu'on s'y attendait le moins, plusieurs compagnies de gardes françaises forcèrent la consigne; et, malgré les efforts des officiers et des sergents pour les retenir, elles allèrent remplir les cabarets de Vaugirard, où elles firent une dépense fort au delà de leurs facultés, qui fut certainement payée. ■ Ce qu'il y a de pis, c'est que le duc du Châtelet, surpris et effrayé par ce premier symptôme de désobéissance, n'osa pas déployer contre elle une sévérité nécessaire. Au lieu de ramener les esprits, sa faiblesse n'eut d'autre effet que de les encourager à de nouveaux désordres. Peu après, le 25 juin, un grand nombre de gardes françaises, violant une seconde fois la consigne, quittèrent leurs casernes, sous-officiers en tète, traversèrent les rues, rangés sur deux files, et se rendirent au Palais-Royal. > Là ils furent accueillis et