‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 114 sur 126 · PRÉLIUINAIRES DE LA RÉVOLUTION DE JUILLET 32S · texte numérisé non relu

PRÉLIUINAIRES DE LA RÉVOLUTION DE JUILLET 32S

fêtés par le public; ils crièrent avec lui : Vive le Tiers, vive la Nation t et, après avoir ainsi fraternisé, ils retournèrent dans leurs casernes '. » Eh bien, le croiraiton? l'autorité continua de fermer les yeux sur ces scènes scandaleuses, qui, grâce à l'impunité qu'elle leur accordait, se renouvelèrent chaque jour.

Pour la faire sortir de son flegme inouï, il fallut qu'un dernier incident vint, en quelque sorte, la forcer de sévir malgré elle. On découvrit tout à coup qu'une société secrète s'était établie dernièrement au milieu des gardes françaises, société dont les membres s'engageaient, entre autres, à ne pas exécuter les ordres de leurs supérieurs quand ils leur sembleraient dirigés contre l'Assemblée nationale. Le soir venu, il y avait des réunions dans quelque recoin des casernes. On y rédigeait même des circulaires à l'usage des gardes qui n'étaient pas encore afllliés, et ce fut un de ces écrits qui, tombant par hasard aux mains d'un officier, révéla l'existence de la société dont il émanait. « Qui avait établi cette organisation? On l'ignore. Peut-être était-ce un patriote ancien oHlcier des gardes françaises, et qui fut noté alors comme distribuant des brochures aux soldats '. » Cette fois, la chose parut excéder les limites de la tolérance à laquelle ou s'était résigné jusqu'alors. Quelques-uns des coupables, les premiers dont le nom fût signalé, subirent aussitôt l'application de peines dont aucun ne pouvait contester la justice. Mais les gardes françaises s'étaient accoutumés à l'impunité, et, si mérité que fût le châtiment, ils conçurent l'espoir de s'y soustraire.

C'était le 30 juin. Une grande agitation régnait dans Paris, où la nouvelle venait de se répandre que les ordres privilégiés protestaient contre la réunion à la-

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quelle le roi avait essayé de les contraindre. « On s'occupait au [Palais-Royal de cette nouvelle ', que la méfiance exagérait, lorsqu'un commissionnaire entra, sur les six heures et demie, au café de Foy. Il jeta une lettre au milieu de la foule qui le remplissait. On ramassa à la hâte cette lettre; on la lut. Elle était écrite au nom de onze soldats des gardes françaises que leurs officiers avaient fait mettre dans la prison de l'Abbaye, au faubourg Saint-Germain, comme membres de la société secrète dont nous avons parlé. • Excitée par cet incident imprévu, la fermentation redouble, la foule grossit et s'amasse, une partie se précipite vers la prison, et, après quelques efforts, enfonce l'entrée. ■ A huit heures * les prisonniers étaient libres. Gomme ils sortaient, une compagnie de dragons arriva bride abattue et l'épée en main : elle était immédiatement suivie d'une compagnie de hussards, tenant aussi le sabre nu. > C'étaient deux détachements empruntés aux troupes que la cour avait fait venir des garnisons du Nord et qui traversaient Paris avant de se rendre à leur poste définitif. On put bientôt juger des dispositions qu'elles apportaient avec elles. « Le peuple saisit les rênes des chevaux, les cavaliers mirent le sabre dans le fourreau; les dragons itèrent même leur casque en signe de paix : on leur apporta du vin et ils burent cordialement au roi et à la nation. > Quant aux personnes dont la délivrance ne rencontrait plus d'obstacles, on les emmena en triomphe, et l'on finit par les installer à l'hdtel de Genève, aux frais de la foule ou de ses meneurs. Le scandale était complet, si complet que la moindre réflexion en fît comprendre la gravité aux Mprits les moins raisonnables. Les clubs eux-mêmes sentirent que l'affaire ne pouvait en rester là. Ils a'em-

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pressèrent d'envoyer une députation de jeunes gens porter une pétition à l'Assemblée nationale, afin de la supplier d'intervenir, d'implorer elle-même la ciémencè du roi, et, par ce moyen, d'arrêter, s'il était possible, les justes représailles de l'autorité militaire.

L'accueil que ce message reçut à Versailles est caractéristique. Les premières mains dans lesquelles it tomba n'étaient que trop disposées à la bienveillance : c'étaient celles du bon et faible Bailly. ■ Au moment, dit-il ', où je sortais pour me rendre à la salle et y expédier quelques affaires avant l'ouverture de Ja séance, je trouvai à ma- porte cinq ou six personnes venant de Paris, qui me remirent une lettre que voici. ■ Suit le texte de la pétition rédigée dans les clubs du Palais- Royal. Bailly reconnaît lui-même qu'en la forme le document ne se recommandait guère à sa protection. « Je n'avais, dit-il, pour garants que des noms et des personnes inconnus, envoyés par des personnes sans qualité. » Cependant il s'agissait là de faits graves. L'intérêt de Paris était en jeu et indirectement celui de l'Assemblée. Bailly n'attendit pas l'ouverture de la fléance pour se renseigner. < Je m'en allai, continue-t-îl, chez M. Necker pour savoir s'il était instruit de la nouvelle, et quels détails il en avait reçus. I! m'en assura la vérité. Il en avait de l'inquiétude, et il me représenta le danger d'autoriser le peuple à se permettre de pareils actes.... Mais je lui observai aussi le danger de la sévérité. On ne pouvait pas se proposer de reprendre ces hommes retirés de la prison et actuellement sous la sauvegarde du peuple. Il fallait donc, coupables ou non, leur donner la liberté, mais d'une manière qui ne compromit pas l'autorité. Nous convînmes qu'il fallait tâcher que l'autorité les recommandât à la bonté du roi. Je le

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