EUUy, llimoire»,l. I, p. 364 et suiv
D,g,t7„lb,.GOOgIC
quittai pour me rendre à l'Assemblée. C'est ce jour-li que, me parlant des agitations et des troubles qui avaient lieu dans Paris depuis quelque temps, il me dit que le meilleur moyen d'y remédier et le plus conforme à la liberté publique était d'établir une garde bourgeoise. M. Bonneville, électeur de Paria, en avait déjà fait la proposition à l'assemblée des électeurs tenue au Musée le 26 juin. {Procès verbaux des électeurs, 1. 1, p. 130, et t. III, p. 146.) J'ignore si M. Necker était instruit de ce vœu, ou s'il y pensa lui-même, en appliquant à la sûreté et à la police de Paris ce qui se pratique à Genève. » Ce qu'il y a de certain, c'est que depuis longtemps il connaissait les dispositions de l'armée, et qu'il avait pris soin de les signaler au roi, dans le but d'empêcher le rassemblement des troupes provoqué par le parti réactionnaire. Chaque jour il voyait ses prévisions se réaliser, et, ne sachant par quel moyen assurer le maintien de l'ordre, il était naturellement conduit à suivre l'exemple donné par Mirabeau, seul le moteur des troubles de Provence, exemple couronné d'un plein succès.
Malgré son indulgente faiblesse et l'assentiment plus ou moins explicite de Necker, Bailly ne pensa pas que « ce fût le cas d'accorder aux porteurs de la lettre la faculté d'entrer • dans l'enceinte de l'Assemblée nationale. Il se contenta de recevoir leur message et d'en donner lecture en leur nom. Au fond, l'immense majorité de l'Assemblée partageait les tendances de son président. Sous le coup des menaces de la cour, elle sentait la nécessité de ménager une population dont elle avait besoin pour sa propre défense. Mais elle comprenait aussi ce qu'elle devait au respect de la loi, de la discipline et des principes essentiels sur lesquels repose tout gouvernement régulier. Son embarras donna lieu à une longue et vive discussion qui dura plus de quatre
D,g,t7„lb,.GOOgIC
PRÉLIHIKAIRES DE LA HËVOLOTION DE JUILLET 329
heures '. Même au début, l'avis qui semblait prévaloir était que l'Assemblée n'avait pas à délibérer du tout sur des faits en dehors de sa compétence. « Mes cahiers, disait Fréteau, attribuent le pouvoir exécutif au roi et nous laissent l'exercice du pouvoir législatif. Nous devons nous renfermer dans nos mandats. Or, de quoi a'agit-il ici? D'un fait de police, d'une question de discipline militaire qui ne nous concerne pas. Est-ce à nous de nous attribuer la discipline militaire? Est-ce à nous de veiller sur la sûreté publique? Ces soins importants sont ceux du pouvoir exécutif: c'est au roi qu'ils appartiennent. » La plupart des orateurs qui prirent ensuite la parole soutinrent les mêmes principes. Parmi eux, Mounier et Clermont-Tonnerre se firent remarquer par l'énergie qu'ils déployèrent dans le même sens. Ensuite un député, dont les journaux du temps n'ont pas conservé le nom, fit observer que l'intervention de l'Assemblée pourrait avoir pour elle-même de sérieux inconvénients. < On cherche, dit-il, à nous compromettre, ou avec le peuple, ou avec le monarque. » La prudence nous commande de nous abstenir.
Après cette observation, personne n'insistait en faveur des prisonniers délivrés par l'émeute, lorsqu'un député de Paris, qui jouissait alors d'une juste considération, Desmeuniers, s'exprima en ces termes : < Je n'ignore pas, dit-il, quelles sont les bornes qui séparent le pouvoir législatif du pouvoir exécutif : je sais que le pouvoir législatif réside tout dans nos mains. Mais il est des circonstances où ces deux pouvoirs se rapprochent et se confondent, et c'est certainement dans des circonstances aussi orageuses qu'elles doivent agir de concert et d'intelligence pour ramener la paix et le calme. Ayant l'honneur d'être député de la ville de Paria, qu'il me
1. Voir le récit de la séance dana le Itonileur univerul. Cest li que noua &tODB eoipniiitâ les citations relatées ci-dessua. ,
D,g,t7„lb,.GOOgIC
330 LA CHUTE DE L'aNCIBN RÉCIMB
aoit permis d'y porter plus particulièrement mes regards. Je croirais qu'il convient d'envoyer des députés, non pas au roi, non pas aux ministres, non pas au colonel des gardes françaises, mais à la capitale, pour calmer, par leur présence et leurs exhortations, des troubles dont le feu peut s'étendre rapidement dans toutes les parties du royaume. » Quelles que fussent les intentions de Desmeuniers, la proposition souleva des protestations nombreuses, surtout dans les rangs de la noblesse. <ta invoqua le respect dû à la discipline militaire. On alla jusqu'à prétendre que l'Assemblée n'avait pas le droit d'envoyer une députation aux Parisiens sans avoir obtenu l'autorisatioD préalable du roi. C'est alors qu'intervint Mirabeau. Il était de ceux qui pensaient que l'Assemblée n'avait même pas à délibérer. L'idée qu'il se faisait des droits comme des devoirs du pouvoir exécutif ne lui permettait pas d'hésiter sur une question de ce genre. Un seul moyen de conciliation lui paraissait acceptable : il consistait à envoyer aux Parisiens l'adresse qu'il avait rédigée quelques jours auparavant pour détourner la France de se laisser entraîner -à des désordres qui ne pouvaient que compromettre la cause du parti populaire. Cette adresse, aussi remarquable par le fond que par la forme, il en avait commencé la lecture dans la séance du 27, lorsque l'entrée des ordres dissidents l'avait interrompu. Mais il y attachait tant d'importance, qu'il l'avait reproduite aussitôt dans son journal, comme une preuve authentique des- sentiments qui l'animaient et qu'il ne craignait pas de proclamer. Après lui avoir fût subir quelques changements nécessités par les circoastances, il la reprit de nouveau, et proposa de s'en servir comme de réponse à la lettre des clubs. Sa motion ne fut pas mieux accueillie que celle de Desmeuniers. On ne ût ni à l'une ni à l'autre l'honneur de les mettre en discussioo, parce que ni l'une ni l'autre
D,g,t7„lb,.GOOgIC