PRÉLIMINAIRES DE LA RÉVOLUTION DE JUILLET
ne répondaient aux idées qui commençaient à prévaloir.
En effet, un nouveau courant d'opinion s'était peu à peu formé dans les rangs de l'Assemblée. II n'y était plus question de sagesse, de prudence, de respect absolu des principes : c'était à qui chercherait le moyen d'intervenir dans les troubles de Paris sans éveiller les susceptibilités du pouvoir exécutif, sans empiéter sur ses droils, mais en même temps sans montrer trop d'indifférence à l'égard des coupables ou trop de froideur à propos de la pétition des clubs. Dans ce but, six motions nouvelles furent présentées successivement, et chacune fut prise en considération, chacune fut mise aux voix. Si nulle ne parvint à réunir la majorité, il n'en était pas moins visible que l'esprit qui les inspirait toutes était conforme au sentiment général de l'Assemblée. Target, Fauteur de l'une d'elles, n'eut qu'à refondre son projet primitif avec celui du marquis de Boufflers, et des deux réunis il composa la rédaction définitive, que l'Assemblée finit par adopter et qui est ainsi conçue : « Il sera répondu par M. le Président aux personnes venues de Paris qu'elles doivent rapporter dans cette ville le vœu de la paix et de l'union, seules capables de seconder les intentions de l'Assemblée nationale et les travaux auxquels elle se consacre pour la félicité publique; — l'Assemblée nationale gémit des troubles qui agitent en ce moment la ville de Paris, et ses membres, en invoquant la clémence du roi pour les personnes qui pourraient être coupables, donneront toujours l'exemple du plus profond respect pour l'autorité royale, de laquelle dépend la sécurité publique. Elle conjure donc les habitants de la capitale de rentrer sur-le-champ dans l'ordre et de se pénétrer des sentiments de paix qui peuvent seuls assurer les biens infinis que la France est prés de recueillir de la réunion volontaire de tous les représen-
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tants de la nation. Il sera fait au roi une députation pour l'instruire du parti pris par l'Assemblée nationale, et pour le supplier de vouloir bien employer, pour le rétablissement de l'ordre, les moyens infaillibles de la clémence et de la bonté qui sont naturelles à son cœur, et de la confiance que son bon peuple méritera toujours. > Dans ces termes, la résolution proposée par Target ne souleva aucune objection sérieuse, et Mirabeau lui-même, en rendant compte de la séance dans les Lettres à ses commettants *, reconnut que l'Assemblée avait < pris un sage milieu dans la diversité des avis >.
A peine la députation ainsi votée fut-elle annoncée au roi, qu'il s'empressa de la recevoir. Il ne s'agissait plus d'une de ces députations du tiers état auxquelles on contestait jusqu'au droit de s'intituler députation des communes, et que l'on punissait de leur outrecuidance en les bernant sans scrupule. Cette fois les ordres supérieurs étaient représentés : chacun avait fourni son contingent normal. En tête marchait i'archevôque de Paris. Il y avait de quoi désarmer la rigueur du maître des cérémonies ou celle du garde des sceaux. Louis XVI accueillit ces députés avec une bienveillance marquée. < Votre arrêté, leur dit-il, est sage; je suis bien content de connaître les dispositions de l'Assemblée, et, toutes les fois que la nation se coniîera à moi, j'espère que tout ira bien. Je ferai connaître mes intentions ultérieures. > Cette réponse elle-même ne se fit pas non plus attendre. Dès le lendemain soir, le roi adressait à l'archevêque de Paris la lettre suivante : « Je me suis fait rendre un compte exact, mon cousin, de ce qui s'est passé dans la soirée du 30 juin. La violence employée pour délivrer les prisonniers de l'Abbaye est infiniment regrettable....
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Je céderai cependant, dans cette occasion, lorsque l'ordre sera rétabli, aux sentiments de la bonté; et j'espère n'avoir pas de reproche à me faire de ma clémence lorsqu'elle est invoquée pour la première fois par l'Assemblée des représentants de la nation; mais je ne doute pas que cette Assemblée n'attache une égale importance au succès de toutes les mesures que je prends pour ramener l'ordre dans la capitale. L'esprit de licence et d'insubordination est distinct de tout bien; et s'il prenait de l'accroissement, non seulement le bonheur de tous les citoyens serait troublé et leur confiance se^ rait altérée, mais on finirait peut-être par méconnaître le prix des généreux travaux auxquels les représentants de la nation vont se consacrer. Donnez communication de ma lettre aux États généraux, et ne doutez pas de toute mon estime pour vous. >
Cette lettre causa dans Paris autant d'embarras que de joie. Que fatlait~il entendre par ces mots : lorsque Fordre sera rétabli 1 Ne sachant quelle interprétation leur donner, les clubistes du Palais-Royal imaginèrent de consulter l'assemblée des électeurs, et ceux-ci eurent le bon esprit de répondre que le meilleur moyen de rétablir l'ordre, le plus simple et le plus court, était de décider les gardes françaises à rentrer dans la prison, dont ils n'auraient jamais dû sortir. Personne ne contesta la sagesse de ce conseil. Il fut suivi sans le moindre retard, et de son c6té le roi, fidèle à sa promesse, a'empressa d'accorder son pardon aux coupables. Cependant la discipline ne permettait guère qu'ils fussent réintégrés dans leur corps sur le même pied qu'auparavant. On pensa faire assez pour elle en leur donnant leur congé définitif. Quant à leur colonel, il se fit justice à lui-même en donnant sa démission, qui ne fut pas acceptée. II n'en persista pas moins & se considérer comme démissionnaire, et le r^iment, privé de cttef>
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resta pour ainsi dire livré à lui-même '. A la veille des événements qui se préparaient, on imaginerait difficilement quelque chose de plus fâcheux.
Les gardes françaises n'étaient pas les seuls à donner l'exemple de l'indiscipline et de la révolte. La contagion s'était étendue jusqu'aux gardes du corps, dont une compagnie venait de se faire casser à Versailles, en refusant d'y faire un service de maréchaussée qu'elle considérait comme indigne d'elle. Là aussi l'esprit de l'époque faisait chaque jour de nouveaux progrès et menaçait la cour de quelque nouvelle défection. Le mal était notoire; il frappait les étrangers eux-mêmes. * Les gardes du corps, écrit Gouverneur Morris dans sa lettre du 1" juillet ', sont aussi chauds partisans du tiers état que qui que ce soit, tout étrange que cela puisse paraître. Aussi l'épée a glissé des mains du monarque sans qu'il s'en soit le moins du monde aperçu. ■ S'il ne peut même plus compter sur l'obéissance de ses gardes du corps, quelle confiance peut-il avoir dans le reste de l'armée? Du reste, il vient d'avoir l'occasion de juger ce qu'il en peut attendre. Il a vu ces hussards et ces dragons, appelés à rétablir l'ordre dans Paris et refusant d'agir contre les gardes françaises insurgés, pas plus que contre la foule qui les emmène en triomphe. La plupart des régiments que la cour eut l'imprudence de faire passer par la capitale s'y débandèrent aussitôt et coururent au Palais -Royal fraterniser avec le peuple. Au milieu de ces scènes scandaleuses, « quelques soldats avaient été jusqu'à déclarer que, si on leur donnait l'ordre de tirer sur leurs concitoyens, ils n'obéiraient pas ' ». Bientôt l'autorité militaire fut obligée d'établir d^ sentinelles autour du camp qu'elle venait d'installer