‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 119 sur 126 · Eodem, i. V, p · texte numérisé non relu

Eodem, i. V, p

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PRÉLIunUIRES DE LA RÉTOLUTION DB JUILLET 337

meot que celui de la réunion du corps échevioal. Il est évident toutefois que la ville de Paris n'est, sous aucun rapport, dans le moment présent, ce qu'elle était à l'époque qu'on rappelle; et l'on est en droit d'en condure que son antique constitution, très convenable sans doute au temps de sa formation, semble aujourd'hui n'être pas organisée pour la plus désirable représentation de la commune actuelle. Il parait donc indispensable de s'occuper des modifications et réformes dont elle peut être susceptible. > Ainsi, dès avant la réunion des États généraux, les officiers municipaux régulièrement chargés d'administrer la ville de Paris se croyaient tous parvenus au terme de leur carrière. Là, comme en tant d'autres villes, ils se sentaient condamnés à disparaître au premier jour, et, sans attendre qu'on les remplaçât, ils renonçaient à remplir des fonctions qu'ils regardaient comme perdues pour eux. Entre leurs mains, l'administration était tombée dans la stagnation et le désarroi. Leur chef était peutêtre encore plus découragé qu'eux. Il y avait seulement trois mois que M. de Flesselles occupait la place de prévôt des marchands. A peine avait-il eu le temps de s'y installer, que déjà il la voyait prête à lui échapper pour jamais. Aussi ne s'occupait-il que pour la forme, en sorte que la vieille machine ne marchait plus que par la force de l'habitude ou plutôt de la routine. On peut dire sans exagération qu'aux approches du mois de juillet 1789 Paris n'avait plus d'administration sérieuse.

C'est alors que surgit tout à coup un nouveau pouvoir, pouvoir irrégulier, contraire aux principes d'ordre et de hiérarchie, mais auquel les honnêtes gens, à défaut d'autres, s'empressèrent de se rattacher. On sait que les électeurs du premier degré, répartis dans les soixante districts de la capitale, avaient désigné trois cents électeurs du second degré, qu'ils avaient chargés de pro-

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céder à l'élection des membres de l'Assemblée nationale. Ce sont ces derniers, choisis en définitive dans l'élite de la population parisienne, que la force des circonstances conduisit à usurper une mission qui n'était pas faite pour eux, et que cependant personne ne leur disputa. Lorsqu'ils eurent terminé les élections législatives confiées à leurs soins, ils prirent un arrêté par lequel ils décidèrent {10 mai] qu'ils continueraient à se réunir, afin de conférer ensemble sur les affaires publiques de la ville, et de correspondre avec leurs députés. Mais la plupart d'entre eux étaient des esprits sages, habitués au respect de la loi. Ils firent demander par Bailly à H. de Villedeuil d'autoriser les réunions projetées; à quoi le ministre se contenta de faire observer que la mission des électeurs avait pris fin avec les élections, qu'ils n'avaient plus aucun motif légal de s'assembler, et que le gouvernement n'avait non plus aucune autorisation à leur consentir. ■ Je ne voyais rien à répondre à cela », dit Bailly lui-même », qui ne crut pas devoir insister davantage. De leur côté, les électeurs renoncèrent à leur projet, et il n'en fut plus question jusqu'aux événements du 23 juin.

Sous le coup de l'agitation que souleva la séance de ce jour, les électeurs revinrent à leur premier dessein; ils demandèrent qu'on leur accordât, pour se réunir, une des salles de l'Hôtel de Ville, où, suivant les expressions de Bailly, < doit se former et se tenir toute assemblée représentative de la ville de Paris ». Cette fois encore leur demande fut repoussée comme illégale, mais, les conjonctures étaient si graves, qu'ils ne se tinrent pas pour battus, et s'enhardirent à passer outre. Le lendemain 25, ils se rassemblèrent sans autorisation dans la salle du Musée, située rue Daupfaiae *. Parmi eux on

;t pasRè à l'assemblàe det électeurs

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comptait quelques électeurs de la noblesse, et méïae bientôt quelques électeurs du clergé. NéanmoiDs, ni les uns ni les autres ne vinrent jamais qu'en petit nombre. L'immense majorité des assistants appartenait au tiers état. C'était la représentation plus ou moins exacte de la bourgeoisie parisienne. Malgré la modération qui la distinguait en général, elle renfermait dans son sein quelques éléments révolutionnaires, dont la présence se manifesta par des motions imprudentes. Ainsi Thuriot de la Rosière proposa d'aller à l'Hôtel de Ville et d'en forcer les portes. Un membre plus sage s'empressa de montrer le danger de pareilles tentatives. < Ne sortez . pas, dit-il à l'assemblée, du calme qui vous convient. Je TOUS réponds sur ma tête que ce qu'on vous refusait hier, vous l'obtiendrez demain > ; cette assurance calma les plus ardents. De même, au cours de la discussion, un jeune homme nommé Bonnevîlle se laissa entraîner jusqu'à crier : Aux armes, aux armes ! ■ Les uns frémirent d'horreur, raconte un témoin oculaire *, les autres sourirent, et l'un de nous lui répondit : ■ Jeune homme ! c il n'est pas temps, remettons la motion à quinzaine! » Peu à peu l'exaltation s'apaisa, la raison parvint à prendre le dessus, et la séance aboutit à la rédaction pure et simple d'une adresse à l'Assemblée nationale, adresse conçue dans des tenues aussi fermes que modérés, et qu'une députation fut chargée de porter à Versailles, où nous avons vu que, malgré l'irrégularité de son origine, elle avait été accueillie avec une faveur marquée, comme le témoignage presque officiel des sentiments de la capitale.

Au surplus l'assurance qu'un des membres avait

de la Tille de Paria tenue le SS Juin llSa dana la aalle de l'Hôtel dit du Uasée, ou Oauphine •. Bibl. nat., Lb", d* 1861.

1. Duaaaulx, (Munret des lepl jour», coUecLion BerrUle et Barrière, p. !69.

340 LA CHDTB DE L'aNCIBN RÈGIUE

donnée à l'assemblée du 25 ne tarda pas de se réaliser. Dès le 27, le prévdt des marchands et les échevins, heureux de rejeter sur les nouveaux venus une partie da fardeau d'une administration dont ils se sentaient incapables, leur accordèrent spontanément ce qu'ils leur avaient refusé l'avant-veille, c'est-à-dire le droit de s'installer à l'Hôtel de Ville et d'y tenir séance. Nul doute qu'avant de prendre cette grave détermination, ils n'en eussent référé au gouvernement, qui, suivant son habitude, négligea de s'y opposer. Voilà' donc l'assemblée des électeurs tacitement consacrée. A défaut d'attributions définies, elle se présente désormais aux yeux de la population parisienne comme un pouvoir issu de son choix, admis par l'autorité supérieure, revêtu par conséquent d'un double caractère, et appelé par conséquent, dans une fouie de circonstances, à remplacer le corps municipal, institution vieillie qui ne demandait qu'à s'effacer. Ce coup de théâtre était plus regrettable en la forme qu'au fond. « Les élus de la bourgeoisie, dit M. Droz *, étaient sincèrement attachés au roi et à l'État; les plus influents étaient des hommes paisibles, ennemis des troubles par amour même de la liberté. • Si, dans les premiers jours, quelques éner^mèaes essayèrent de se montrer au milieu d'eux, leurs voix étaient immédiatement étouffées, et, se voyant sans crédit dans une réunion plus sage qu'eux, ils s'empressèrent de la quitter, pour chercher au Palais-Royal un lieu plus conveiiable à leur exaltation. « L'assemblée des électeurs et les clubs du Palais-Royal formèrent bientôt deux puissances, dont l'une représentait les opinions modérées, et l'autre les opinions violentes. Un gouvernement plus habile ou plus désireux de maintenir l'ordre n'aurait pas manqué d'utiliser cet heureux

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