‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 12 sur 126 · Monilevr umveriel, i" numéro, mardi 3 mai · texte numérisé non relu

Monilevr umveriel, i" numéro, mardi 3 mai

2, Deuxième Ulire, p. 35 de la collection publiée en 1191, et déjà ci 14e plus haut.

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13 LA CHUTE DE L'aMCIEN RÉGIHE

les uns derrière les autres, personne n'est vu ni ne voit : et de là un premier effet moral que, n'étant point contenu par des regards observateurs, on ne veille ni sur son maintien ni sur ses discours... cause renaissante de désordre ; au lieu que, dans la forme amphilhéâ traie et circulaire, la seule qui puisse convenir à toute assemblée parlante et voyante, nul raouvemeot, nul son ne se passent impunément. Si le désordre s'exécute en un lieu, tous les regards qui le distinguent, par cela même le répriment; et, par un effet physique et moral, l'ordre s'établit de lui-même. Commencez donc, avant toute chose, à disposer votre local de manière à remplir son objet. > Il n'était pas nécessaire d'avoir l'expérience des assemblées anglaises pour apprécier la justesse de ces réflexions. Son évidence frappait tous les yeux. Cependant le gouvernement n'en tint aucun compte, ou, du moins, il n'essaya pas d'apporter la moindre amélioration dans l'aménagement de la salle des Menus. Les choses demeurèrent en l'état jusqu'à la fin du mois de juin 1789, époque où Bailly, devenu président de l'Assemblée nationale, prit sur lui de faire exécuter quelques travaux indispensables. C'est grâce à son initiative et à ses soins, que ce premier théâtre de nos luttes parlementaires fut ramené, tant bien que mal, à des conditions plus rationnelles. Jusque-là ne nous étonnons point des désordres inévitables qui troublèrent les débuts de l'assemblée. Deux causes, dont elle n'est certainement pas responsable, lui servent d'excuse, sinon de justification absolue : le nombre excessif de ses membres, et la disposition vicieuse des lieux où elle se trouvait réduite à siéger.

La cour commit une autre faute presque aussi regrettable. Elle tenait à s'entourer d'un public de choix le jour de l'ouverture. Pour le recevoir et le placer, elle ne se contenta pas des tribunes ménagées à l'étage

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supérieur des bas côtés : elle fit dresser dans ces bas côtés mêmes une longue série de gradins ' qui descendaient jusqu'au ras du sot, sur lequel ils s'appuyaient, en sorte qu'aucun obstacle sérieux ne séparait les spectateurs qui y étaient admis et les membres des États généraux assis dans la nef centrale. Durant le cours des séances subséquentes, quiconque voulait passer des gradins dans l'enceinte réservée n'avait qu'une enjambée à faire. Une foule d'intrus se glissaient ainsi parmi les députés, que rien ne protégeait contre cette perpétuelle invasion. Malouet s'en plaint à plusieurs reprises dans ses Mémoires. Bien d'autres écrivains répètent ses plaintes et les confirment. Aucun, que je sache, ne songe à signaler la véritable origine du mal. Il remonte pourtant aux dispositions primitives de la cour, et c'est bien à elle qu'il est juste de l'imputer. La preuve, c'est que, le jour où Bailly résolut de remanier le local des séances, il pai-vint sans peine à faire disparaître ce grave inconvénient. Il n'eut pour cela qu'à reporter les gradins des bas côtés dans l'intérieur de la nef, en les adossant aux colonnes séparatives, et qu'à y asseoir les députés, à la place du public, auquel il ne laissa plus que les tribunes de l'étage supérieur '. Alors seulement on peut dire que l'assemblée commença d'être chez elle.

Dans toutes ces questions d'aménagement, l'incurie de la cour semble volontaire, systématique. Après tout, puisqu'elle était décidée â maintenir coûte que coûte la délibération par ordre, à quoi bon tant d'efTorts pour aménager la grande salle en vue d'une assemblée unique, qui ne devait jamais exister? Si l'on eût trouvé

1. • Dans lea bus cAlés on a disposé pour \es spectateurs des gradins et, à nae eerlaine hauteur des mure, des travées ornées de balustrades. » Arch. jHtrtem., t. I, p. 592.

2. Voyez celte disposition nouvelle dans les grsTures du tempe, ïQlre autres dans celle que publient les Btvolulions de Paru, 1. 1, p. (9.

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14 LA CHDTE DE l'aNCIEN RÉGIUE

daas les mêmes bâtiments, oa dans le voisinage immédiat, trois autres salles plus pelites et plus modestes, une pour chaque ordre, tout aurait été pour le mieu.x; on les aurait mises toutes les trois à leur disposition, et la grande n'aurait servi qu'à la cérémonie d'ouverture ou à quelque séance d'apparat. Mais il n'y en avait que deux, l'une qu'on s'empressa d'attribuer au clergé, la seconde à la noblesse. Cependant il fallait loger quelque part les 578 députés du tiers état. A défaut d'un autre asile, on leur abandonna la grande salle, telle qu'elle était, sauf à eux de s'y installer comme ils pourraient. Cet abandon n'était d'abord qu'une nouvelle preuve du peu de cas qu'on faisait d'eux. On ne tarda pas à s'apercevoir qu'en les traitant avec ce dédain on était allé directement au rebours du but qu'on s'était proposé. Malgré ses inconvénients, la grande salle n'en restait pas moins, aux yeux du public, la seule, la vraie salle des États généraux, et l'ordre qu'on y laissait s'installer en maître semblait, par ce seul fait, appelé à contraindre les deux autres de venir se réunir à lui.

La faute une fois reconnue, ce fut à qui se plaindrait des conséquences et dénoncerait les prétendus coupables. « Cette salle », dit M. de Ferrières dans ses Mémoires ', « destinée à l'Assemblée générale des trois ordres lorsqu'une circonstance marquante exigerait leur réunion, ne devait appartenir ni servir à aucun d'eux séparément. Le ministre Necker, en y installant, par une politique perfide, Messieurs du tiers, semblait les constituer essentiellement États généraux, et ne faire de la noblesse et du clergé que deux branches du môme tronc qui ne pouvaient avoir de vie qu'autant qu'elles s'y rallieraient et qu'elles y demeureraient constam-

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