‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 14 sur 126 · Méntoiret, t. I, p. 293 (1" édition) et 261 {2* édiUon · texte numérisé non relu

Méntoiret, t. I, p. 293 (1" édition) et 261 {2* édiUon

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16 LA CHUTE DE L'aNCIEN RfiCIUE

m'en faire hoQoeur, ni pour eu charger sa mémoire, mais pour montrer encore une fois combien il était loio d'être de connivence avec les promoteurs des troubles. » Après des af^rmations si positives, il n'est vraiment plus permis de suspecter en ce point la bonne foi de Necker. S'il a commis ou laissé commettre la faute que déplore M. de Ferrières, ce n'est assurément pas l'effet d'une politique perfide, à laquelle il était loin de songer. Lui aussi, comme la plupart de ses collègues, il a péché par inadvertance, ou, comme les courtisans, il ne s'est pas cru obligé à tant de soins pour satisfaire les commodités du tiers état.

Sans insister davantage sur des détails matériels, dont nous ne voulons pas exagérer l'importance, arrivons à la séance d'ouverture. Elle eut lieu le 5 mai. Là encore il semble que la cour ait pris à tâche d'exciter le mécontentement des hommes dont elle avait le plus d'inlérêt à ménager la susceptibilité. « Les députés, dit Mirabeau dans son journal ', étaient avertis de se rendre à huit heures à la salle. Ils ont attendu très longtemps avant que l'appel commençât, dans un corridor étroit et obscur de cette salle éphémère : et, véritablement, ils offraient plutôt le spectacle d'une bourse de marchands que celui du vestibule de l'Assemblée nationale. L'appel a commencé suivant l'ordre des bailliages de 1614. Il est difficile de mettre à contribution la patience des députés avec une indiscrétion plus fatigante, et l'on croirait volontiers qu'il a fallu du talent pour trouver une forme si bizarre, si compliquée,

1 . Journal des Étals i/én&au^, n* 2, p. 19 de la réimpression de 179' ■

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si fastidieuse. > Observez en outre que les députés dont parle Miral>eau, ceux au nom desquels il se plaint, sont uniquement les députés des communes. Pendant que le maître des cérémonies les introduisait si longuement et si lentement « par une porte de derrière >, ils savaient que ceux de la noblesse et du clergé entraient sans difïïcuUé, ■ par la grande porte ' >. Aux ennuis de l'attente se joignait pour eux le dépit d'une humiliation ridicule.

D'un autre côté, les spectateurs munis de cartes d'invitation venaient s'entasser sur les gradins et dans les tribunes. Convoqués à la même heure que les députés, ils avaient montré la même exactitude et furent condamnés à subir les mêmes retards. Parmi eux se trouvait un Américain, ce Gouverneur Morris, dont le Mémorial est si souvent invoqué comme un des documents les plus impartiaux que nous aient laissés les témoins de celte grande époque. Nous pouvons lui emprunter sans crainte quelques renseignements sur les préliminaires et les débuts de la séance. • Je vais, dit-il ', à Versailles et, peu après huit heures, j'entre dans la salle. J'attends dans une position assez incommode jusqu'à midi. Les différents membres entrent et prennent place un bailliage après l'auti'e. Lorsque M. Necker parait, il est applaudi vivement et à plusieurs reprises, ainsi que le duc d'Orléans et un évéque, qui a vécu longtemps dans son diocèse et qui y a prêché les devoirs que la religion impose. On applaudit aussi un autre évêque, qui a débité hier un sermon que je n'ai pas entendu; mais quelques personnes autour de moi me disent que cette faveur n'est pas méritée. On accorde des applaudissements longs et prolongés à un vieillard

1. Rabaul-SaJDl-ËtieDne, Frieù de l'hist. de la Riv., dans la collection de MS CEuvrei, t. I, p. 291.

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