Mimorial de Gouverneur Morrà, l. I, p. 2(2, !t
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(le père Gérard, député de Rennes), qui a refusé de prendre le costume prescrit aux membres du tiers état, et qui parait sous son habit de fermier. M. de Mirabeau ■ est accueilli par des sifflets timides '. Enfin le roi arrive et prend place, la reine à gauche, deux degrés plus bas que lui . Il prononce un discours bref et convenable, bien dit ou plutôt bien lu... Sa lecture est interrompue par des acclamations si vives et des preuves d'aCTection telles, que, malgré moi, je verse des larmes. La reine pleure ou semble pleurer; mais pas une voix ne s'élève pour elle. Si j'étais Français, j'aurais certainement élevé la mienne; mais je n'ai pas le droit d'exprimer un sentiment, et je sollicite en vain ceux qui sont près de moi de le faire. » Chose étrange et presque incroyable! même parmi les invités de la cour, dans ce monde restreint, trié sur le volet, la pauvre reine n'est pas plus fêtée que dans les rues de Versailles; elle porte le poids d'une impopularité menaçante.
Le discours du roi fut suivi d'une scène que les contemporains ont recueillie comme un des signes du temps. Il venait de le lire debout et tête nue. Quand il en eut achevé la lecture, il se rassit sur son trône et se couvrit. Aussitôt tous les gentilshommes s'empressèrent de l'imiter, conformément aux anciens usages. A cette vue, un certain nombre de membres du tiers état prirent la liberté de se couvrir à leur tour; d'autres protestèrent. Il en résulta quelques instants de rumeur, durant lesquels on entendait, dans le fond de la salle, retentir alternativement ces mots : Couvrez-vous, découvrez-vous. Pour mettre fin à ce scandale, Louis XVI
1. Mme de SlaSl se contente de dire (Coiuidér. sur la Rév. fr.) : « Lorsque Mirabeau parut, un murmure se Si entendre dans l'asHinblée. n en comprit le sens; mais, traversant liËrement la salle jusqu'à sa place, il eut l'air de se préparer A faire naître assez de troubles dons l'Élal, pour coarondre les rangs de l'estime aussi bien que tous les
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eut le bon esprit de se découvrir lui-même, et tout le monde suivit son exemple '. Mais, si court qu'ait été l'incident, la cour et la noblesse eurent le temps de reconnaître combien le tiers état de 1789 différait de celui de 1614.
Dès que le calme fut rétabli, le garde des sceaux prit la parole et prononça un long discours, dont la plupart (les assistants n'entendirent pas le moindre mot. Il contenait pourtant' des passages dignes d'une sérieuse attention. C'est M. de Barentin qui aborda le premier la question capitale, celle qui préoccupait le plus les esprits, parce qu'elle devait exercer sur toutes les autres une influence décisive. Après avoir rappelé comment « un cri général » s'était élevé en France pour réclamer la double représentation du tiers, il se hâtait d'ajouter * : « En déférant à cette demande, Sa Majesté, Messieurs, n'a point changé la forme des délibérations; et, quoique celle par tête, en ne produisant qu'un seul résultat, paraisse avoir l'avantage de mieux faire connaître le désir général, le roi a voulu que cette nouvelle forme ne puisse s'opérer que du consentement libre des États généraux, et avec l'approbation de Sa Majesté. > Ainsi plus de doute. Le gouvernement de Louis XVI renonce à trancher lui-même la question du mode de délibérer. Il subordonne sa propre décision à celle des trois ordres. Tout au plus se risque-t-il à laisser entrevoir son avis, à indiquer des distinctions possibles, à recommander une solution bâtarde et difficile à saisir. C'est encore M. de Barentin qui se charge d'apprendre aux États généraux que ce même gouvemementa résolu de rester complètement étranger à la vérification des pouvoirs. « L'intention du roi, dit-il un peu plus loin, est que vous vous assembliez dès demain, à l'effet de