Journal de» ÉiaU généraux de Mirabeau, p. xm
2, HUt.pail., t. I, p. 369.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
objets qui seront soumis à votre examen, il résulterait de celte tentative, si elle était obstinée, une scission telle, que la marche des États généraux serait arrêtée ou longtemps suspendue, et l'on ne peut prévoir quelle serait la suite d'une semblable division. > Le roi luimême, « qui connaît toute l'étendue de la liberté qui doit vous être laissée, > n'entend pas souffrir qu'on en abuse. Provoqué par des prétentions excessives, il finirait par intervenir « comme souverain », et le tiers état, privé par sa faute d'un appui nécessaire, ne conserverait plus la moindre chance de succès. A celte perspective décourageante, qu'il se plaît à étaler, Necker oppose aussitôt les avantages du parti qu'il recommande à la prudence de l'assemblée. • Tout prendrait, au contraire, une forme - différente, tout se terminerait peut-être par une conciliation agréable aux partis opposés, si, les trois ordres commençant par se séparer, les deux premiers examinaient d'abord l'imporlante question de leurs privilèges pécuniaires, et si, confirmant des vœux déjà manifestés dans plusieurs provinces, ils se déterminaient d'un commun accord au noble abandon de ces avantages. » En somme, le système de Necker peut se résumer en deux mois : il faut commencer par subir la délibération par ordre, pour que les privilégiés se décident à abandonner leurs exemptions pécuniaires. Tant il est vrai que jusqu'alors ces renonciations, dont on fait tant de bruit, n'avaient rien de général, ni surtout d'obligatoire et d'irrévocable.
Cependant Necker n'entendait pas priver absolument te tiers état des droits que semblait lui assurer sa double représentation. En repoussant de brusques exigences, il lui laissait entrevoir dans l'avenir quelques compensations plus ou moins efficaces. D'après lui, la prétendue générosité des privilégiés n'allait pas tarder à devenir le signal de négociations nouvelles. « Suppo-
D,g,t7„lb,.GOOgIC
26 LA CHDTE DE L'aNCIEN RÉGIHB
sons, ajoulait-il ', que cette délibération soit prise par la noblesse et par le clergé, qu'elle le soit promptement et de la seule manière dont on peut l'attendre, par un noble sentiment, par un mouvement digne de l'élévation d'dme qui caractérise les principaux membres des deux premiers ordres de l'État; dès ce moment ils recevront, de la part des représentants des communes, cet hommage de reconnaissance et de sensibilité, auquel aucun Français ne fut jamais réfractaire. Ils seront invités à s'unir souvent aux représentants du peuple, pour faire en commun le bien de l'État; et sûrement ce ne sera pas d'une manière générale ni absolue qu'ils résisteront à cette avance. Cependant, une première union entre les ordres une fois formée, et les ombrages des uns dissipés, les plaintes et les jalousies des autres apaisées, c'est alors qu'avec calme, et par des commissaires nommés dans les trois ordres, on examinera les avantages et les inconvénients de toutes les formes de délibérations ; c'est alors qu'on désignera peut-être les questions qu'il importe au souverain et à l'État de soumettre â une discussion séparée, et les objets qu'il est convenable de rapporter à une délibération commune ; c'est alors enfin qu'on jugera plus sainement une question qui présente tant d'aspects différents. Vous verrez facilement que, pour maintenir un ordre établi, pour ralentir le goût des innovations, les délibérations confiées à deux ou trois ordres ont un grand avantage ; et que, dans les temps et pour les affaires où la célérité des résolutions et l'unité d'action et d'intérêt deviennent nécessaires, la consultation en commun mérite la préférence. Vous examinerez ces principes et bien d'autres avec une impartialité inconnue jusqu'à présent, du moment que l'abolition des privilèges pécuniaires aura