‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 24 sur 126 · I. iUbaul>SaiDt>Élienne, Œueret, p. 29t · texte numérisé non relu

I. iUbaul>SaiDt>Élienne, Œueret, p. 29t

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somme à distribuer en pensions, dçnt la liste leur était atrictement imposée. Le Mercure à lui seul payait en 1789 une redevance de cent mille écua '. D'un autre côté, leurs attaches gouvernementales ne les dispensaient pas de l'examen de la censure. Elle se montrait envers eux aussi sévère que vigilante, et ne leur permettait de rien dire qu'elle n'eût expressément autorisé. Pour échapper à cette tutelle incessante, et pour ne pas compromettre le sort de l'entreprise, leurs rédacteurs préféraient s'abstenir de toute observation politique. Ne cherchez pas dans leurs écrits quelques renseignements instructifs sur l'époque antérieure à la Révolution française : vous n'y trouverez que des essais, des fantaisies littéraires, dont la futilité décourage le lecteur le moins exigeant.

A la suite de la réunion des États généraux, un tel régime devenait impossible. La France tenait à suivre jour par jour les travaux de ses représentants, et ne se souciait pas de laisser aux ministres le soin de lui apprendre ce qu'il leur plaisait de lui feire savoir. Un exemple, choisi au hasard, montre ce dont ils étaient capables en ce genre. Croirait-on qu'un de leurs deux journaux, le Mercure de France, ne contient pas un mot, un seul mot, sur la fameuse séance du Jeu de Paume*? Évidemment la gravité des circonstances nécessitait un autre mode de publicité, qui répondit mieux à la juste curiosité du public. C'est ce que comprit Mirabeau. Pendant la période électorale il avait interrompu la publication de son Analyse des papiers anglais. Quand il se vit nommé député, se sentant plus fort, il résolut

1, Voyei Mirabeau, Lellre à ses commeflanls, p. 90.

2. Les suteura de VHiitoire parlementaire, t. Il, préface, p. iv, eipliloeut que, pour les premiers mois de la sessioD, ils a'oal rieo trouvé k citraire ni du Journal de Parit ni du Mercure de France : « Ces feuilles, diaenl-ib, parlent le moins qu'elles peuvent de ce qui se passe : en les lixuil, on eroirail ^ue la Révolution est un rAx. »

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d'aborder une lâche plus hardie et plus féconde. Soua le litre de Journal des États généraux il entreprit de faire paraître, sans autorisation, une feuille à peu près quotidienne, consacrée au compte rendu des débats parlementaires et à l'examen des grandes questions qui agitaient le pays. < Les muses gracieuses, disait-il dans son prospectus, obtiennent depuis assez longtemps le culte de la nation; assez de journaux, assez de feuilles leur sont, assez leur resteront consacrées. Notre hommage est réservé à des muses pius sévères : Constitution, Patrie, Liberté, Vérité : voilà nos Dieux. » Tels sont les termes dans lesquels Mirabeau annonçait à la France le premier journal politique, vraiment digne de ce nom, qu'elle ait eu la joie de saluer *.

Car on ne saurait lui contester le mérite de cette initiative. Il a certainement ouvert la voie que tant d'autres ont suivie après lut. Le Journal des États ', publié sous un titre analogue au sien, par Le Hodey de Saultchevreuil, ne commença de paraître que le 1" juin 1789, lorsque déjà le gouvernement s'était relâché de sa sévérité primitive. Le Courrier de Versailles à Paris, par Gorsac, ne date que du 5 juin; \& Journal de Versailles, par Regnault de Saint -Jean-d'Angély, du 6; le Point du jour, par Barrère et autres, du 19. Le Journal politique et national, par l'abbé Sabatier de Castres, ne se montre que le 12 juillet. Le même jour vient la Révolution de Paris, par Prudhomme et Loustalot. Puis, le 27 août, le Journal des débats et décrets, recueil de pièces et de documents oiricîels; le 12 septembre, le

1. Je laisse en dehors les feuilles éphémËres, presque aussitôt mortes que néoa, dont noue avons sigaalé l'apparition dans qaetqiies provinces vers la fin de 17SS. Je ne parle pas non plus des feuilles votantes qui parurent i. la dèrobËe, susailût aprËs la réuoion des États.

2. Toutes les dates qui suivent sont extraites du livre de nesehieaa ou du catalogue da la BibliotbËque Nationale, et, au besoin, vèriaées sur les documents originaux.

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Bulletin de If Assemblée nationale, par Maret, celui qui devait être le duc de Bassaao ; enfin, le 24 novembre, la Gazette nationale ou le Moniteur universel, qu'on est tenté de croire le plus ancien des journaux parus depuis la Révolution, et qui ne fit ses débuts qu'assez tardivement '. En tête de cette avant-garde de la presse moderne, Mirabeau marche d'abord seul. Dès le 4 mai, ea sortant de la procession des États généraux, il achève et publie son premier numéro.

Il y entretient ses lecteurs de la présentation des députés faite au roi, quelques jours auparavant, des humiliations infligées à ceux du tiers état, de l'inconvenance des costumes prescrits par la cour, des misères de l'étiquette officielle; ensuite, de la cérémonie du 4, du sermon prononcé par M" de La Fare, des paroles regrettables mêlées à ce discours; des fautes déjà commises, prélude de fautes encore plus graves. Sans s'écarter des bornes d'une polémique convenable, la franchise de ses appréciations ne pouvait manquer de froisser des hommes accoutumés au régime du silence absolu. Gardez-vous dé le juger d'après leurs cris de colère. II n'a même pas besoin d'être défendu. La simple lecture de son œuvre, sans préjugé, sans parti pris, suffit à sa justification. Le lendemain 5 mai parut son dernier numéro. Cette fois, il commit un crime encore plus dangereux pour lui. En rendant compte de la séance d'ouverture, il osa toucher à l'arche sainte : il dirigea contre Necker quelques-unes des critiques auxquelles celui-ci s'était imprudemment exposé. Les ministres en ont vu bien d'autresdepuis. Mêmeicile blAme était tempéré par le témoignage d'une certaine sympathie. Aux yeux de Mirabeau,

I. Ce qui cause l'erreur généralemeni répandue, c'est que, plua lard. Ifs propriétaires de cette feuille, MM. Panckouke et Agasse, ea Oreot j^céder la collection par un premier volume, compila aprèa coup, et que l'Introduction de Thuau-Gran ville a rendu célèbre.

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Necker était un homme que la cause de ia Révolution avait encore intérêt à ménager, et dont elle pouvait encore attendre d'éminents services. Il se garde bien de l'accabler sans merci. A côté des reproches qu'il lui adresse, il a soin de placer des conseils, dont un esprit moins entiché de lui-même n'aurait pas dédaigné de tenir compte. « Espérons, dit-il en terminant, que le ministre des Finances comprendra enfin qu'il n'est plus temps de louvoyer; qu'on ne saurait résister au courant de l'opinion publique : qu'il faut en être aidé ou submergé;... que les cabales mourront à ses pieds s'il est fidèle aux principes, et le déjoueront bien rapidement s'il s'en écarte; que, fort d'une popularité inouïe, il n'a rien à redouter que la désertion de sa propre cause; et que si, dans la situation où le royaume est plongé, une patience infatigable est nécessaire, une fermeté inflexible ne l'est pas moins, »

Necker se montra peu touché des conseils et fort mécontent des critiques. Au surplus, sa vanité blessée n'eut qu'à laisser libre carrière à l'irrilation des gens de cour, maîtres des cérémonies et autres, qui venaient d'être justement flagellés. De cette double source sortit ~ un premier arrêt du conseil en date du 6 mai ', ayant pour but d'interdire la publication des journaux ou autres écrits périodiques imprimés sans autorisation, c'est-à-dire au mépris des règlements jusqu'alors en vigueur ; réglementa, disait-on, « dont Sa Majesté entend maintenir l'exécution jusqu'à ce que, d'après les observations qui lui seront présentées par les États généraux, elle ait fait connaître ses intentions sur les modifications dont ces règlements peuvent être susceptibles ». Assurément il était juste de rappeler que les lois veulent être obéies tant qu'elles ne sont pas abrogées. Seulement,

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