Mimoirei de BbîIIj, t. 1, p. 38 et sqq
2. Suivant Bailly, il n'j eut pas UDnnimité complète; Marmonlcl refuM lie s'asaocier au vole de ses colltgues, et perdit par I& les chances qu'il pouvait avoir d'âtre élu député.
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qu'il viole la liberté de la presse réclamée par la France entière ; en ce qu'enfin cet acte rappelle, au premier moment de la liberté nationale, une police et des règlements qui avaient été suspendus par la sagesse et la bonté du roi ; et, en conséquence, l'assemblée du tiers a unanimement résolu que le présent arrêté sera présenté aux chambres du clergé et de la noblesse, et qu'ils seront invités à se réunir au tiers, pour faire révoquer ledit acte du conseil, et pour procurer à l'assemblée nationale la liberté provisoire de la presse ', et notamment celle d'imprimer tous journaux et feuilles périodiques contenant jour par jour les actes et délibérations des États généraux, sans préjudice des peines qui pourront être infligées aux calomniateurs. > Ce qui rendait surtout cette protestation remarquable, c'était le ton, à la fois ferme et modéré, dans lequel elle était rédigée. C'était le titre d'assemblée nationale attribué aux États généraux, plus d'un mois avant la fameuse proposition de Sieyés. C'était enfin qu'elle qualifiait de simples actes les deux arrêts du conseil, qu'elle considérait comme des décisions prises en l'absence du roi, et ne contenant pas l'expression exacte de sa volonté. Malgré tant de hardiesse, la chambre de la noblesse s'empressa d'adhérer à la résolution du tiers état. Seulement, beaucoup de gentilshommes avaient été froissés par les tendances égalilaires de Mirabeau. Ils ne se contentèrent pas des réserves sommaires déjà formulées contre son journal. ■ Au surplus, dirent-ils avec une insistance plus marquée, l'ordre de la noblesse improuve les feuilles publiées de ce journal, comme tendantes à semer la division entre les ordres, quand l'union est le seul gage du salut public. » Seul le clergé refusa de s'associer à la
1. A partir de ces rooU, celle lin n'est pas reproduite par X'HUt. pari., t. 1, p. 3S3. Nous I& rétablissons ici d'après les Uémoirtt de Baillj.
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38 I.A CHUTE DE l'aNCIEN RÉGIME -
démarche commune, sous prétexte que ies arrêts du conseil étaient conformes aux principes alors en vigueur. A la vérité, répond Bailly dans ses Mémoires, ils étaient conformes à des principes déjà presque tombés en désuétude; mais ils étaient surtout contraires ( à la nécessité des circonstances et à l'utilité publique ».
Cependant, Mirabeau n'avait pas plus sollicité l'appui des électeurs parisiens qu'il ne réclama celui de ses collègues de l'assemblée. Sa cause lui paraissait trop juste, il était trop sur de la force de l'opinion, pour douter de son prochain triomphe. Néanmoins, afin de rester dans les limites do la stricte légalité, il cessa de faire paraître son journal, et le remplaça presque aussitôt par une publication du même genre, qu'il eut soin d'intituler : Lettres du comte de Mirabeau à ses commettants. La première parut le 10 mai. Il y porte au ministère le défi d'atteindre son œuvre sous celte forme nouvelle, celle d'un compte rendu par le mandataire à ses mandants. Il va plus loin : il ne craint pas de stigmatiser les « décrets antiques », qui viennent de le frapper, ces décrets qu'on essaye en vain d'abriter derrière l'autorité du roi; car « personne n'ignore aujourd'hui que les arrêts du conseil sont des faux éternels, où les ministres se permettent d'apposer le nom du roi ». Les parlements l'ont assez dit et répété depuis deux années. D'aussi < coupables manœuvres > ne sauraient continuer plus longtemps. * On doit voir que leur règne est fini. » En attendant qu'elles fassent place à une lit>erté complète et régulière, Mirabeau, fort de son droit, reprend le cours de son récit à l'endroit même où il a été forcé de l'interrompre, et continue, dit-il, € te Journal des États généraux, dont les deux premières séances sont fidèlement peintes, quoique avec trop peu de détails, dans les deux numéros qui viennent d'être sup-
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primés et que j'ai l'honneur de vous faire passer ' ». Désarçonné par cette vigoureuse résistance, le ministère n'en crut pas moins devoir tenter un dernier effort. Sans appliquer ici les arrêts du conseil, qu'il n'osait déjà plus invoquer, tant leur effet avait été désastreux, il envoya la police pratiquer arbitrairement chez le libraire de Mirabeau une saisie, qui fut encore plus sévèrement blâmée. Cette mesure ne produisit aucun résultat efficace. D'ailleurs, chaque jour, des faits nouveaux venaient démontrer qu'aucune des autorités" reconnues n'entendait s'associer à des rigueurs que tout le monde déplorait. ■ Un prélat que je ne nommerai point, dit Mirabeau dans la cinquième Lettre *, a cru devoir dénoncer à l'assemblée du clergé ma première Lettre à mes commettants. M. l'archevêque de Vienne lui a sagement répondu que, jusqu'à ce que les députés du clergé fussent réunis à l'assemblée générale, ils ne pouvaient exercer aucune juridiction sur les autres députés; et il n'a point été délibéré sur la dénonciation. Il en est à peu près arrivé de même à l'assemblée de la noblesse; et le Parlement de Paris a montré une sagesse plus grande encore, en déclarant qu'il n'y avait lieu à délibérer. • C'était là le dernier coup. Abandonné par la magistrature elle-même, le ministère se décida à battre en retraite. Il fit paraître, sous le nom de M. de Maissemy, directeur général de la librairie, une lettre en date du 19 mai, adressée aux rédacteurs du Journal de Paris et du Mercure de France, lettre conçue en ces termes ° : « La juste impatience du public, monsieur, ayant porté le roi à trouver bon que toutes les feuilles périodiques et tous les journaux autorisés rendissent compte de ce qui se passe aux États