‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 32 sur 126 · Mémoires, t. 1, p. 335 (l" édUion · texte numérisé non relu

Mémoires, t. 1, p. 335 (l" édUion

3. On remarqua, dans ce sens, un discours de Boissy-d'Anglu, qui mit en étidence le Téritable motif d'accepUlion. • On peut penser ipie, sans diminuer de la fermelé qui doit diriger toutes nos démarches, il esl possible, sinon d'obtenir par la médiation que nos droits soient avoués par ceux qui affectent de les mâconnaltre, du moins de codstaler que les partis vigoureux et fermes, auxquels il faudra bien que nous nous arrêtions lût ou tard, ont été précédés par toutes lea démarches conciliatrices que peut inspirer l'aroour de la paix. >> Util, pari., 1. 1, p. 394.

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coup, le combat préliminaire et \a bataille décisive. On lui fit observer qu'il serait plus. prudent de procéder par engagements successifs et de conférer aux commissaires conciliateurs une mission plus restreinte. D'autres membres témoignaient le désird'étre tenus chaque jour au courant de ce qui se passerait. Touché de ces observations, Rabaut-Saint-Étienne s'empressa de déclarer, à l'ouverture de la séance du 19, qu'il croyait devoir apporter à sa motion les deux amendements ci-après : 1° de borner les conférences des commissaires à la question de la vérification des pouvoirs; 2* d'assujettir les commissaires à rendre un compte par écrit de ces conférences. Après cette double rectification, le succès n'était plus douteux. L'appel nominal eut lieu dans la séance du 18 et il aboutit à l'adoption pure et simple de la motion de Rabaut-Saint-Étienne, amendée par lui.

Restaient à nommer les seize commissaires concilia' teurs, nombre déterminé par celui de huit, auquel s'étaient arrêtés les deux autres ordres; cette opération eut lieu dans la séance du 19. Il est intéressant de connaître les noms de ceux que l'assemblée investit de sa conûance. Les voici, dans l'ordre de leur nomination : Rabaut-Saint-Étienne, Target, Le Chapelier, Meunier, Dupont {de Nemours), d'Ailly, Thouret, Legrand, Milacent, Salomon, Volney, Redon, Viguier, Garât atné, Bergasse et Barnave. Sur cette liste, Mirabeau ne figure pas plus que Malouet. Malouet excitait trop de défiances, - Mirabeau n'était pas entouré d'assez d'estime, et le temps de la justice n'était arrivé ni pour l'un ni pour l'autre. Une fois le vote acquis, on s'empressa d'en communiquer le résultat aux ordres dissidents, par l'intermédiaire d'une députation. Tarçet, qui la présidait, crut devoir parler au nom des députés des communes de France. Ce fut alors dans la chambre de la

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noblesse un sujet de vives récriminations. D'Éprémesnil, qui venait à peine de s'y faire recevoir, releva la qualification prise par Target < comme très inconstitutionnelle ». Plusieurs membres se joignirent à lui, et, sur leurs instances, le procès-verbal dut constater ce grave incident.

Un mouvement plus sérieux se manifesta dans le sein de la noblesse à propos de l'élection de ses commissaires (séance du 20 mai); on en peut juger par le nom des élus, qui furent : le marquis de Bouthillier, le duc de Luxembourg, le marquis de Laqueille, Lemulier de Bressey, le comte d'Entraigues, le baron de Pouilly, le duc de Mortemart et Cazalès. Franchement il eût été difficile de trouver dans toute la chambre une collection de gentilshommes animés d'intentions plus exclusives et moins conciliantes. Ferrières lui-même, le sage Ferrières, en fait la remarque. Ces choix, dit-il, < moins motivés sur la connaissance du talent que sur la certitude du caractère le plus despote et de l'attachement le plus marqué aux opinions aristocratiques, firent évanouir tout espoir de conciliation ' ». Mais ce n'est pas là le seul regret qu'arrache à Ferrières le triste spectacle dont il est témoin. Au début des réunions de la noblesse il avait approuvé les résolutions de la majorité, et blâmé sévèrement l'attitude de la minorité libérale. Il ne tarda pas de s'apercevoir que cette majorité, qu'il s'était trop hâté de suivre, cédait à des entraînements fâcheux, et il n'a pas craint d'en signaler l'origine et d'en dénoncer les principaux fauteurs. Il impute à la cour la responsabilité du mal qu'il déplore. * La maison des Polignac ', dit-il, était le foyer d'où partaient toutes les cabales, le centre où elles venaient aboutir. Le comte d'Artois s'y montrait aux députés; et tel noble r. I, p. H.

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que, dans une autre circonstance, on eût repoussé avec dédain, fêté, caressé, admis à la table du prince, s'en retournait nourri des mômes sentiments qui animaient sa petite cour... On voulait rompre les États; on voulait que la nation ne pût pas en attribuer la séparation aux gens qui la machinaient... D'Éprémesnil, Bouthillier, Laqueilte, se chargèrent de conduire la chambre de la noblesse. Ils l'engagèrent sans peine à commettre les sottises auxquelles on la destinait. >

Quoi qu'en dise Ferrières, la cour, il faut être juste pour elle, n'avait besoin d'aucune manœuvre pour entraîner la noblesse. Elle n'avait qu'à la laisser faire. Déjà cet ordre cédait aux inspirations de meneurs passionnés, incapables de modération et de prudence. Avant tout ils'agissait d'étouffer la voix des hommes raisonnables qui conservaient un peu de crédit. Sous prétexte que la minorité de la chambre se concertait dans une espèce de club, connu sous le nom de Sociélé de Viroftay ', on proposa l'établissement d'un club distinct comme le seul moyen de résister aux intrigues de l'autre, c Le club établi, continue Ferrières, il se forma tout à coup une majorité fanatique. > Acompter de ce moment, les membres de la minorité durent renoncer à la moindre tentative d'objection. Il suffisait que l'un d'eux hasardât un avis pour qu'il fût repoussé avec dédain. Malheureusement * ils n'étaient pas les seuls qui eussent à se plaindre : l'autorité se trouvait concentrée dans cinq ou six députés. D'Éprémesnil et Cazalès s'emparaient de lâ parole, traitaient avec une hauteur insultante ceux qui n'adoptaient pas leur opinion, proposaient les arrêtés les plus fous, les faisaient passer malgré toutes réclamations. Ce qui rendait cette tyrannie encore plus odieuse, c'est que Cazalès et d'Éprémesnil étaient à peine

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nobles la veille de la convocation des États généraux; sur quoi le marquis de Sillery disait plaisamment que toute la noblesse do France était menée par quarante ans de noblesse. Tel est l'esprit qui déjà la dominait au moment des conférences. Elle n'envoyait là ses commissaires qu'avec la ferme volonté de rendre toute conciliation impraticable.

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La majeure partie des historiens ne semblent pas attacher aux conférences autant d'intérêt qu'elles le .méritent. Il est vrai qu'elles n'ont pas réussi. Peut-être même, eu égard aux circonstances, étaient-eltes condamnées d'avance à un échec presque certain. Néanmoins elles ont servi à prouver que la nation n'avait rien à attendre ici des privilégiés, ni du gouvernement, ni du roi. Elles ont rendu vains les divers essais de conciliation auxquels s'acharnaient encore quelques chefs du parti modéré. Lasse enûa d'interminables discussions, l'opinion publique a fini par s'attacher au système des communes et par les pousser dans la voie qu'allait bientôt leur ouvrir la fameuse motion de l'abbé Sieyès. C'est à ce point de vue que les conférences ne sauraient être absolument négligées. A défaut d'un récit détaillé, nous croyons indispensable d'en fournir ici le résumé succinct '.

Elles s'ouvrirent le samedi 23 mai, à six heures du soir, dans une salle contiguë à celle des États généraux- L'archevêque d'Arles prit le premier la parole. Il exposa la douleur que causait à sou ordre l'inaction des États

1. Le procèg-vert)al des conrtrencea ee trouve intercalé dans le Proeéiverbal officiel det Miancts de FAttembife nationale, iD4*, p. 169 et nÙTUites ; c'eit de \h que aoni extraites loutea ROt citalions.

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généraux, et le désir qu'il avait de contribuer au rétablissement de rharmonie. Il flt observer que ce même ordre avait déjà donné la preuve de ses intentions conciliatrices, en suspendant la vérification de ses pouvoirs dès qu'il avait eu connaissance des réclamations formulées par le tiers. Puis il ajouta : < Si la longue suppression des États généraux et la nécessité de résister au régime fiscal ont forcé le clergé d'adopter des formes particnlières pour acquitter ses contributions, à présent, au contraire, où tout va prendre une nouvelle existence, le clei^é regardera comme un devoir de supporter tous les impôts et toutes les charges de l'État, dans la même proportion et de la même manière que tous les autres ordres. > De son côté, le duc de Luxembourg déclara > que le vœu de contribuer également à tontes les impositions était exprimé dans les cahiers de la noblesse, et que, si ce vœu n'était pas encore solennellement décidé, c'est que leurs mandats leur imposaient la loi de ne s'occuper d'abord que des travaux nécessaires pour fixer les bases de la constitution ; mais que, d'avance, il pouvait annoncer que ce vœu est aussi certain qu'irrévocable ». Il finit en témoignant le désir de voir une paix fraternelle régner entre les ordres.

Malgré l'importance de ces deux déclarations, elles laissaient toujours en suspens la question de l'égalité devant l'impôt et ne pouvaient équivaloir à des décisions positives. Les communes ' ne crurent pas devoir s'y appesantir, fût-ce pour en prendre acte. Target se contenta d'assurer, en leur nom, qu'elles étaient animées du même esprit de concorde que la noblesse et le clergé. Ensuite il rappela que l'objet de la conférence se réduisait à un seul point, la vérification des pouvoirs. Il posa en principe que les € pouvoirs des députés de toutes classes, ayant pour but l'établissement des droits et des intérêts de la nation, devaient être évidemment exami-

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nés, reconnus et jugés par les représentants de la nation eatière >. En conséquence il invita < Messieurs du clei^é et de la noblesse à présenter les objections qu'ils croyaient pouvoir opposer à une vérité si claire». L'archevêque d'Arles lui répondit que les commissaires du clergé n'avaient pas reçu le mandat d'exposer une opinion préconçue ; qu'ils venaient s'éclairer par la discussion, et qu'ils priaient Messieurs de la noblesse et du tiers de la soutenir seuls. Par suite de cette observation, le débat s'engagea entre les commissaires des deux autres ordres, devant les membres du clergé, spectateurs silencieux de la lutte.

L'argument principal et presque unique développé par les commissaires de la noblesse consistait à invoquer les précédents, ou ce qu'ils appelaient le dernier état des choses. Ils disaient qu'aux États généraux de 1614 la vérification des pouvoirs avait eu lieu séparément dans chaque ordre, et que les États antérieurs de 1588 et de 1576 avaient procédé d'une manière analogue. Ils voyaient dans ces faits répétés un usage constant, une véritable loi, à laquelle aucun motif nouveau ne permettait de déroger. Les commissaires des communes répliquèrent que si, aux États de 1614, les pouvoirs avaient été vérifiés séparément, ce n'était là qu'un examen provisoire, et qu'en cas de contestation sérieuse le soin de la décision était toujours renvoyé au conseil du roi. Ils demandèrent à Messieurs de la noblesse s'il leur conviendrait aujourd'hui de provoquer ou de subir une juridiction si contraire aux libertés publiques. Ceux-ci reconnurent sans difâculté qu'un tel système leur semblerait offrir de graves inconvénients. Sur quoi, les commissaires des communes firent remarquer que, du moment où l'ancien usage ne pouvait être maintenu dans l'une de ses parties essentielles, personne n'était plus autorisé i s'en prévaloir dans une

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autre partie. Ils repoussèreot aussi l'arguinent tiré des États de 1588 et de 1576, en disant qu'il ne serait jamais raisonnable < d'opposer à un siècle d'ordre, de lumières et de paix ce qui s'est pratiqué dans une époque de troubles, de factions et de préjugés », Suivant eux, la division des ordres n'avait commencé qu'en 1560, au début d'une période exceptionnelle de discordes civiles, et que, même alors, cette division fâcheuse avait provoqué, de la part du clergé, une protestation énergique, portant expressément que la séparation insolite des chambres De devait pas préjudicier < à l'unité et à l'intégrité des États ». En remontant à des époques moins troublées de notre histoire, les commissaires des communes invoquèrent l'exemple des États de 1483, dans lesquels toutes les opérations se tirent en commun; il n'y eut qu'une salle affectée aux assemblées proprement dites, et la session se termina par la rédaction d'un seul cahier, qui fut présenté au roi par un seul orateur.

Après avoir établi péremptoirement que l'autorité des faits était loin d'être aussi concluante que le prétendait la noblesse, les commissaires des communes soutinrent que, dans une matière aussi grave, il fallait, avant tout, consulter les préceptes de la raison. > Or la raison dit à tout le monde que les représentants d'une nation, chargés de concourir à l'oeuvre commune de la régénération publique, doivent se connaître les uns les antres, et juger leurs titres respectifs; que cette connaissance et ce jugement sont également nécessaires, soit que l'on opine par tête, soit que l'on délibère par ordre. » — « La raison dit que les députations faites par les trois ordres dans les bailliages (et il y en a plusieurs de cette espèce) doivent bien évidemment être jugées par l'assemblée générale des députés de l'Église, de la noblesse et des communes. D'ailleurs l'état des choses est entièrement différent de ce qu'il était

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en 1614. Alors chaque ordre se bornait à faire et à pré- Benter des doléances particulières, qui pouvaient ne pas exiger un travail commun, et pour lesquelles la connaissance des députés de chaque classe était indiOerente, au lieu qu'à présent la bonté du monarque, qui veut être le roi d'une nation libre, appelle tous les sujets à préparer, à proposer, à concerter avec lui de véritables lois; que tous les députés sont chargés par leurs cahiers de concilier les droits de la nation avec la puissance royale, si nécessaire à un grand peuple; qu'à des travaux si différents il est impossible d'appliquer l'observation des mêmes formes; que ces formes, supportables it y a cent soixante-quinze ans, seraient aujourd'hui destructives des droits nationaux. ■ Ce dernier argument faillit entraîner la discussion en dehors des limites qu'on lui avait d'abord assignées. Car il s'appliquait aussi bien à la délibération par ordre qu'à l'ancien mode de vérifier les pouvoirs. Derrière la question restreinte et provisoire apparaissait la question essentielle et fondamentale.

Sans renoncer au droit d'invoquer le passé comme règle du présent, un membre de la noblesse consentit à suivre ses adversaires sur ce nouveau terrain. Il exposa les inconvénients d'une assemblée unique et les avantages de la division en trois chambres. Entraînés par son exemple, les commissaires des communes cédèrent d'abord à la tentation de le réfuter et de soutenir que, ( si l'on peut croire la division des chambres utile pour conserver une constitution établie, il est évident qu'elle ne peut être que très nuisible » pour établir une constitution qui n'existe pas. Mais bientôt ils sentirent qu'en sortant des limites de leur mandat ils s'exposaient aux justes reproches de leurs mandants, et ils s'empressèrent d'y rentrer, en invoquant les temnea formels des instructions qu'ils avaient reçues. La discussion reprit

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alors son caractère primitif, les uns invoquant l'ancien usage, les autres opposant la raison et la justice. Un des membres du tiers finit par faire observer qu'en considérant l'ancien usage comme une loi inviolable on aboutirait à une singulière conséquence : c'est que toutes les élections de la noblesse devraient être annulées. En effet, dit-il, en 1614 les seuls nobles possédant flefs étaient électeurs et éligibles : eux seuls comparaissaient aux États, par eux-mêmes ou par leurs procureurs. Si donc il était sévèrement défendu de s'écarter en aucun point des usages, les nobles choisis parmi ceux qui n'ont pas de possessions féodales, et même tous les nobles, choisis par des électeurs qui ne sont point seigneurs de fiefs, c'est^-dire l'ordre entier de la noblesse, devraient être exclus de la ■ noblesse ».

Cette observation imprévue produisit beaucoup d'effet. Un des membres de la noblesse n'hésita pas à reconnaître qu'il en était frappé. Dans les rangs du clergé, malgré le silence absolu que tous les assistants avaient gardé jusqu'alors, un d'eux se permit de dire que, d'après ce qu'il venait d'entendre, il lui paraissait impossible de trancher la question d'après les faits historiques, et qu'évidemment il fallait se résoudre à ne consulter que le bon sens. La tâche des commissaires de la noblesse devenait de plus en plus difficile. Ils cherchèrent des échappatoires. Ils témoignèrent le désir de rendre compte à leur chambre de ce qui s'était dit et fait. Pour déférer â leur vœu, la séance fut levée, et la suite des conférences remise au lundi 25.

Cette fois, les commissaires des deux ordres en présence n'avaient d'autre ressource que de répéter les ai^uments déjà présentés par eux. Au fond ils comprenaient que la discussion était épuisée et que le moment était venu de conclure. Dans cette prévision, les membres de la noblesse eurent soin de déclarer

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hautement < qu'ils-avaient dessein âe maintenir l'arrêté pris dans leur chambre pour la vérification par ordre, et qu'ils pourraient se prêter seulement k un projet de conciliation, qui tendrait à donner connaissance des pouvoirs de leurs députés à Messieurs du clergé et du tiers état, mais sans déroger à la vérification par ordre ». Un des leurs alla même jusqu'à dire que leur honneur était engagé à l'exécution de l'arrêté fait par leur chambre, et que ce n'était pas sur ces objets qu'il était possible de composer. En vain les membres des communes les supplièrent ■ de bannir de la discussion tout sentiment d'amour-propre >, ajoutant que c'était < dans la rétractation d'une erreur, si elle leurétait échappée*, qu'ils devaient placer * le véritable honneur, si cher à la noblesse française >. La sagesse de cette réflexion se heurta contre le parti-pris de ceux auxquels elle s'adressait. Elle ne les empêcha pas de persister dans leur résolution, et de demander obstinément < qu'on ne s'occupât plus que des projets de conciliation, qui laisseraient néanmoins subsister les principes de l'arrêté de leur chambre ». Restait à savoir si, dans ces termes, une conciliation quelconque était réellement possible.

Un des membres de la noblesse proposa la solution suivante. L'examen des pouvoirs sur lesquels s'élèveraient quelques contestations serait soumis à des commissaires des trois ordres, qui en feraient rapport à leurs chambres respectives, et, en cas de désaccord entre elles, ils se réuniraient de nouveau, jusqu'à ce que le jugement fût partout identique. Ce système n'abou< tissait qu'à compliquer de lenteurs fâcheuses, et quelquefois sans issue, celui de la vérification par ^rdre. Il souleva, même au sein du clergé, de vives et nombreuses objections. Cependant les membre's des communes se taisaient. On leur reprocha leur silence; on se

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plaignit de ce qu'ils ne proposaient aucun moyen de conciliation et ne s'expliquaient pas sur les moyens proposés par d'autres. Ils se bornèrent à répondre que la seule mission dont ils fussent ctiargés consistait à réclamer la vérification commune, et à soutenir les raisons sur lesquelles s'appuyait cette juste demande. C'est alors qu'un des membres du clergé présenta, en son nom personnel, un pian qu'il lut et dont il laissa copie '. Ce plan était ainsi conçu : < Les pouvoirs de l'ordre de la noblesse seront portés dans les deux autres • chambres, pour que la vérification en soit confirmée. Il en sera usé de même à l'égard des pouvoirs des députés du clergé et du tiers état. S'il s'élève des difficultés sur les pouvoirs des députés de quelque ordre, il sera nommé des commissaires, dans cbacune des trois chambres, suivant la proportion établie; ils rapporteront leur avis dans leur chambre, et, s'il arrivait que les avis fussent différents, la question sera jugée par les trois ordres réunis, sans que cela puisse préjuger la question de l'opinion par ordre ou par tête, et sans tirer à conséquence pour l'avenir. >

Ces réserves paraissaient de nature à désarmer les plus récalcitrants. Néanmoins il est curieux de con- ■ stater l'accueil que reçut la proposition. « Quelques-uns de Messieurs de la noblesse, porte le procès-verbal, ont annoncé qu'ils doutaient que ce projet fût adopté dans leur chambre. Les autres membres du clerçé n'ont rien dit ni pour ni contre le projet. Messieurs des communes ont déclaré qu'ils ne pouvaient prendre de parti, et qu'ils rendraient compte à l'assemblée des communes tant de la conférence que du projet proposé par l'un des membres du clergé. •

1. fiailly, dans ses Mémoire], t. I, p. 77, croil se rappeler que cette proposition émaDait de l'abbè Coslir; d'aprËs ['Hitt. part., 1. 1, p- tlOi l'auteur sertUt Tbibaut, curé de Souppes.

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Après quoi la séance fut levée. Aucun nouveau jour ne fut indiqué pour la continuation des conférenceB. On se dit que, s'il y avait lieu de les reprendre, les chambres s'avertiraient mutuellement. En réalité, personne ne croyait à cette reprise, parce que personne ne s'en souciait.

Depuis que les comrauQes, déférant au vœu du clerçé, avaient nommé leurs commissaires pour assister aux conférences, elles ne s'étaient pas condamnées à l'inaction. Chaque jour les avait vues continuer leurs séances, comme si l'incident qui venait de se jeter à la traverse ne devait pas ralentir leur activité laborieuse. C'est toujours la même préoccupation qui les agite : le besoin d'une organisation régulière, la rédaction d'un procèsverbal, sa publication ofïïcielle. Sur ces divers points les motions abondent, se croisent, se hérissent d'amendements. Quelques-unes sont d'abord accueillies avec une apparence de faveur. Toutes elles finissent par le même insuccès; elles sont rejetées comme trop hâtives et comme portant atteinte au système d'inertie jusqu'alors adopté. En présence de cette obstination à ne formuler aucune règle, le doyen Leroux désespère de remplir sa mission et, s'excusant sur sa santé, demande qu'on le remplace. Que fait donc l'assemblée? Elle délègue ses pouvoirs aux adjoints en exercice, et ceux-ci désignent comme doyen l'un d'entre eux. Menu de Chomorceau, député du bailliage de Sens. A juger le nouveau-venu d'après les paroles qu'il prononce en montant au fauteuil, c'était un homme énergique, décidé à maintenir l'ordre et à bannir la confusion. Quand il voit échouer tous les règlements soumis à

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l'Ëxamen, il pread lui-même l'initiative. Appuyé sur l'avis des adjoints qui l'entourent, il propose > qu'à l'avenir quiconque voudra présenter une motion soit tenu préalablement de se faire inscrire, et que toute motion qui ne sera pas approuvée par dix membres soit par là même rejetée de droit >. Cette fois encore l'assemblée évite de se prononcer franchement. Elle n'ose ni accepter ni rejeter la demande de son doyen. Seulement cette demande paraît si juste, elle se fonde sur un intérêt si manifeste, qu'aussitôt quatre auteurs de motions se font inscrire, et que dés lora l'usage qu'ils viennent d'inaugurer ne cesse d'être généralement suivi. Il était impossible de pousser plus loin le système d'immobilité systématique, et, parmi ceux qui l'approuvent jusque dans ses exagérations, jusque dans ses enfantillages, Mirabeau reste le plus ardent et le plus tenace. Dans chaque numéro de ses Lettres â ses commettants il y revient, il y insiste, il le présente comme le palladium de la cause populaire.

D'où vient que tout à coup, dans la séance du 25, il change brusquement de méthode, et, sans craindre de s'exposer aux reproches d'une contradiction presque choquante, It vient réclamer l'étude immédiate d'un règlement de police analogue à ceux qu'il avait si souvent combattus? C'était le dernier jour des conférences : déjà l'on prévoyait leur issue, et l'on sentait qu'à la suite de cette tentative avortée it allait falloir recourir à des mesures efficaces. Des délibérations plus sérieuses exigeaient une oi^nisation moins élémentaire. Il devenait impossihle de prolonger davantage l'état provisoire et confus, dont tout le monde gémissait. De là, sans doute, la détermination subite de Mirabeau. De là, du moins, les motifs qu'il invoqua pour la justifier. Mais il est permis de croire qu'une circonstance cachée contribua fortement à le décider. Je

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veux parler de la trop courte entrevue qu'il eut, vers cette époque, avec Necker par l'intermédiaire de Malouet.

Suivant les historiens modernes, Louis Blanc, Micbelet et autres, cet épisode n'aurait eu lieu qu'un peu plus tard, dans la soirée du 10 juin. Un instant de réflexion aurait dû pourtant leur faire soupçonner l'inexactitude de cette date. A moins de supposer à Mirabeau une duplicité révoltante, il faut admettre qu'au moment où il tentait de se rapprocher des ministres, il hésitait encore sur la voie qu'il devait suivre '. Il espérait tirer d'eux quelque secours pour le succès de sa cause. Avant de se passer d'eux, avant de rompre sans retour, il tenait à leur faire une dernière ouverture de paix. Telles n'étaient plus évidemment les dispositions de son esprit dans la soirée du 10 juin. Il venait de pousser Sieyès à la tribune. En y montant après lui, il n'avait pas craint de brûler ses vaisseaux. C'est qu'il savait déjà qu'il ne pouvait compter sur les ministres, et il le savait, depuis son entrevue avec Necker, qui remontait & plusieurs jours. Où donc Louis Blanc et Michelet ont-ils pris cette date du 10 juin qui concorde si mal avec les vraisemblances? Ils l'ont empruntée à un historien, d'ordinaire fort exact, qui disait lui-même la tenir verbalement de Malouet ou plutôt l'avoir trouvée dans ses Mémoires inédits. Eh bien, depuis ce temps, les Mémoires de Malouet ont été publiés par sa famille. Nous pouvons aujourd'hui les étudier à notre tour, et nous assurer que, d'après leur texte authentique, les faits dont il s'agit se sont passés vers la fin du mois de mai '. Non seulement cette déclaration est positive,

1. Celle objeclion n'arrête poa Michelet, toujours prompt i, la déliaDce (Hùl. de la Biv. fr., t. I, p. 121). Il aurait mieux fait de se rappeler ce que Mirabeau disait de lui-même : Si catin que je )ois, je ne h suis pourtant pas aiilatil que cela.

2. Méntûirei (l" ôdilion), l. I, p. 311, et (2= Édition) t. 1, p. 276.

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mais elle est conilrmée par le passage d'uo écrit publié par Malouet lui-même en 1791, passage ainsi conçu : « Le discours de Necker pour l'ouverture des Étals

généraux fut vivement critiqué par Mirabeau

Cependant, quelques jours après, Mirabeau eut recours à M. Malouet pour obtenir les moyens de s'entendre avec M. de Montmorin et M. Necker, dont l'accueil l'irrita *. » De ces deux textes combinés, comparés avec les circonstances qui les corroborent, concluons sans crainte qu'en ce point Droz a commis une erreur, qu'il a trompé Mlcbelet et Louis Blanc, et qu'il y a lieu de reporter à la un de mai, aux environs du 25, les faits mal à propos rejetéa au 10 juin. Ces faits sont assez curieux pour mériter qu'on leur restitue l'exactitude de leur date, en même temps qu'on leur conserve celle de leurs moindres détails.

Malouet raconte d'abord que ', pendant les premières séances des États généraux, il avait « argumenté tant bien que mal > contre Mirabeau, qu'il n'estimait pas à raison de sa conduite passée et qu'il considérait comme ( un chef de conjurés >. Grande fut sa surprise quand « vers la ûu du mois de mai » il s'en vit recherché tout à coup. Deux amis communs, Dumont et Duroveray, vinrent lui demander d'accepter un rendez-vous avec Mirabeau. Malouet y consentit, et la rencontre eut lieu le soir même, chez un des deux intermédiaires. Ici nous croyons indispensable de reproduire textuellement le récit des Mémoires, en nous bornant à l'abréger. « Monsieur, me dit M. de Mirabeau, je viens à vous sur votre réputation; et vos opinions, qui se rapprochent plus des miennes que vous ne pensez, déterminent ma

1. CoUectùm daopinioru de MaUtutt, publiée en I79M792, note «Je la [wge 360 du BecoDil volume.

S- Pour tout ce récit voyez les deux éditions de ses Mémoires aux page* indiquées ci-deBins el aux pages suivantes.

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démarche. Vous êtes, je le sais, un des amis sages de la liberté, et moi aussi; vous êtes elTrayé des orages qui s'amoncellent, je ne le suis pas moins. Il y a parmi nous plus d'une tête ardente, plus d'uo homme dangereux. Dans les deux premiers ordres, dans l'aristocratie, tout ce qui a de l'esprit n'a pas le sens commun ; et, parmi les sols, j'en connais plusieurs capables de mettre le feu aux poudres. Il s'agit donc de savoir si la monarchie et le monarque survivront à la tempête qui se prépare, ou si les fautes faites et celles qu'on ne manquera pas encore de faire nous engloutiront tous. — Il s'arrêta là, comme pour me laisser le temps de dire quelque chose. L'impression que me flt cette déclaration est difficile à peindre... Je D'eus garde de le repousser et je lui dis : Monsieur, j'ai une telle opinion de vos lumières, que je ne balance pas à croire ce que vous me dites et que je suis très impatient d'entendre ce que vous allez y ajouter. — Cequej'ai à ajouter est fort simple, médit M. de Mirabeau; je sais que vous êtes l'ami de M. de Montmorin et de M. Necker, qui forment à peu près tout le conseil du roi. Je ne les aime ni l'un ni l'autre, et je ne suppose pas qu'ils aient du goût pour moi : mais peu importe que nous nous aimions si nous pouvons nous entendre. Je désire donc connaître leurs intentions, et je m'adresse à vous pour en obtenir une conférence. Us seraient bien coupables ou bien bornés, le roi luimême ne serait pas excusable, s'il prétendait réduire ces États généraux au même terme, aux mêmes résultats qu'ont eus tous les autres. Gela ne se passera pas ainsi. Ils doivent avoir un plan d'adhésion ou d'opposition à certains principes. Si ce plan est raisonnable, dans le système monarchique, je m'engage à le soutenir et à employer tous mes moyens, toute mon influence, pour empêcher l'invasion de la démocratie qui s'avance sur nous... Mais ce ne sont pas des paroles vagues, c'est un

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plan arrêté que je demande, et, s'il est bon, je m'y dévoue. Si, au contraire, on veut nous jouer, on me trouvera sur la brèciie. >

Le langage de Mirabeau était si franc, si ferme, que Malouet ne conçut pas le moindre doute sur la droiture de ses intentions. Il courut aussitôt à la recherche de Necker, qu'il finit par rencontrer chez M. de Mootmorin. Là il expose aux deux ministres l'entrevue qu'il vient d'avoir et le but de la démarche dont il s'est chargé. H. de Montmorin n'essaye pas de dissimuler sa répugnance; il répond qu'il a déjà été trompé par Mirabeau et qu'il ne saurait ajouter la moindre foi aux paroles d'un ■ tel homme ». De son c6té < M. Neckerne disait rien et regardait le plafond suivant son habitude ». Malouet insiste. Après une discussion fort vive, *■ et longtemps négative de la part des deux ministres >, Necker finit par céder. Malouet continue son récit en ces termes : « Allons, dit M. Necker, je le veux bien. Nous verrons son plan et ses conditions. — La conférence fut convenue jwur le lendemain à huit heures du matin. Je l'écrivis à Mirabeau et j'eus le tort grave de n'y pas assister... Au lieu de m'établlr l'intermédiaire de deux hommes qui se détestaient et qu'il importait de faire s'expliquer, j'attendis maladroitement le résultat de leur conférence, qui fut un éloignement plus prononcé que jamais entre l'un et l'autre. M. de Mirabeau me l'apprit à l'assemblée. Il passa tout rouge de cotére à côté de moi, et me dit, en enjambant un de nos bancs : Votre homme est un sot, il aura de mes nouvelles. C'est la seule parole que j'aie eue de lui jusqu'à l'époque de sa présidence. >

Malouet termine son récit en expliquant comment il a connu les détails de la scène dont Mirabeau ne lui avait laissé que deviner le résultat. ■ Dans mon humeur, dit-il, dans mon dégoût de ce triste début, j'allai moins

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souvent chez M. Necker, et je n'appris que le troisième jour le détail de la conférence avec M. de Mirabeau. Lorsqu'il entra chez le ministre, ils se saluèrent en silence et restèrent un instant à s'observer. « Monsieur, lui dit M. de Mirabeau, M. Malouet m'a assuré que vous aviez compris et approuvé les motifs de l'explication que je désire avoir avec vous. — Monsieur, répondit Necker, M. Malouet m'a riifque vous aviez des propositions à me faire; quelles sont-elles? > Mirabeau, blessé du ton interrogatif du ministre et du seas qu'il attachait au mot propositions, se lève en colère et lui dit ; < Ma proposition est de vous souhaiter le bonjour >, et il s'en alla. Je fus désolé de cette scène, dont je prévis les conséquences, en me les imputant, et je les annonçai, ainsi que mes regrets, à M. Necker. Il n'y mettait pas autant d'importance, il se croyait encore beaucoup de crédit sur les communes. > Ainsi s'évanouit la possibilité, un instant entrevue, de rattacher au gouvernement de Louis XVI un des principaux chefs du parti populaire, alors que les progrès de la Révolution, encore à ses débuts, permettaient d'en conjurer la violence, bientôt irrésistible. La meilleure preuve que Necker, malgré l'aveuglement de son amour-propre, eut conscience de la faute qu'il avait commise, c'est qu'il n'a jamais osé raconter ce qui s'était passé, ni même y faire la moindre allusion. Il eut le tort plus grave de persister obstinément dans ses répugnances, dont les causes n'étaient pas toutes avouables. Tant qu'il resta ministre, Montmorin eut beau regretter l'issue de cette première négociation, il dut renoncer à la reprendre; et quand, plus tard, l'occasion s'offrit à lui de prêter les mains à une nouvelle tentative, le temps avait marché, la Révolution avait accumulé sous ses pas des ruines irréparables. Il était trop tard !

Quels que soient les motifs secrets qui déterminèrent

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le brusque revirement de Mirabeau, il est certain que la mesure dont il prit l'initiative à la séance du 25 répondait parfaitement aux dispositions de l'assemblée. D'ailleurs il sut l'appuyer de considérations dignes d'en assurer le succès. « A Dieu ne plaise, dit-il entre autres, que je blesse aucun amour-propre, ni même que je m'afflige de nos débats un peu bruyants, qui, jusqu'à présent, ont mieux montré notre zèle et notre ferme volonté d'être libres, que ne l'eût fait la tranquillité la plus passive. Mais la liberté suppose la discipline *, et, puisque tous les moments peuvent nécessiter des démarches dont on ne saurait prévoir les suites, ni s'exagérer l'importance, il faut, pour l'acquit de tous nos devoirs, et même pour notre sûreté individuelle, prendre un mode de débattre et de voter qui donne incontestablement le résultat de l'opinion de tous. > En vain Meunier, qui avait conservé le souvenir de ses récents échecs, fit-il observer que la nouvelle proposition n'était pas admissible parce qu'elle avait été déjà faite et rejetée dans la séance du 9. « J'expose, aurait-il dit ', qu'il y a quinze jours, ayant proposé la même motion, elle fut rejetée, sur l'avis même de M. de Mirabeau. Les causes qui lui ont servi de prétexte pour faire rejeter ce règlement étaient qu'il fallait opposer une force d'inaction au refus des deux ordres de vérifier les pouvoirs en commun; ces motifs subsistent encore; je ne peux pas me rendre à l'opinion actuelle de M. le comte de Mirabeau. » Aussitôt un interrupteur de s'écrier ' : f J'observe que les rangs et les dignités ne doivent pas être répétés sans cesse dans une assemblée d'hommes

I. Hirabeau De ae contenta pas de prononcer hardimenl cette juste el belle maxime : il la reproduisil imprimée dans ion journal; voyez Letlra û sei commettants, p. 102.

S. Monileur univertel, 4' numéro.

3. Cet incident caractéristique ne pouvait pu trouver place dans le Btàt offidel. C'est encore le Moniteur, même numéro, qui nous le fournit, m. — 6

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égaux. > Sur quoi Mirabeau s'empressa de reprendre : • J'attache si peu d'importance à mon titre de comte, que je le donne à qui le voudra; mon plus beau titre, le seul dont je m'honore est celui de représentant d'une grande province et d'un grand nombre de mes concitoyens >. Dans cette phrase ultradémocratique, Mirabeau allait sans doute plus loin que sa pensée. Mais il avait senti la nécessité d'étouflfer en germe les défiances que son titre pouvait lui susciter dans le sein de l'assemblée nationale. Il revint ensuite à l'objection de Mounier, la réfuta en quelques mots et enleva le vote. Une majorité écrasante, 436 voix contre 11, presque l'unanimité, décida qu'il serait procédé sans retard à la nomination de commissaires chargés d'élaborer la rédaction d'un règlement de police.

Bien avant l'ouverture de la séance du 26. le public, toujours fort nombreux et fort assidu, avait envahi toutes les parties de la salle laissées à sa disposition. On savait que les commissaires conciliateurs devaient présenter leur rapport sur les conférences, et Ton attendait une délibération pleine d'intérêt. L'attente générale fut promptement déçue. A la suite de ce rapport, dans lequel les commissaires déclaraient leur mission terminée et invitaient l'assemblée à prendre un parti, ils s'empressèrent de demander le renvoi de la discussion au lendemain. Connaissant l'esprit qui animait la noblesse, ils se doutaient qu'elle ne laisserait pas écouler la journée sans prendre quelque résolution imprudente, dont les communes pourraient faire leur profit : c'est ce qui arriva. Les commissaires de la noblesse avaient rapporté dans le sein de leur ordre l'animosité qu'avaient développée en eux les ardeurs de la lutte. Un autre senlimenl les poussait encore à brusquer la solution. « Fatigués des avantages répétés que remportaient sur eux les commissaires du tiers

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OUVERttIRK DES ÉTATS GÉNÉRAUX 83

ctat, ils ne pouvaient, malgré les flagorneries deTamourpropre, se dissimuler leur infériorilé et, suivant la remarque de Ferrières', ils s'eflbrçaient de rompre des conférences désagréables et de faire prononcer une scission si marquée qu'elle ne laissât plus d'espoir de retour. > A leur instigation, la chambre de la noblesse prit l'arrêté suivant : < y est convenu que, pour cette tenue d'États, les pouvoirs seront vérifiés séparément, et que l'examen des avantages ou des inconvénients qui pourraient exister dans la forme actuelle serait remis à l'époque où les trois ordres s'occuperont des formes à observer pour l'organisation des prochains États généraux. » En somme, la noblesse se tirait d'embarras par une exception dilatoire. Nous verrons plus lard, disait-elle, s'il convient de changer l'ancien usage; en attendant, nous le maintenons quand même, et nous considérons toutes les propositions d'arrangement faites ou à faire comme nulles et non avenues.

Cet arrêté simplifiait notablement les difficultés du problème qui s'imposait aux méditations des communes. Il ne s'agissait plus de savoir si l'on demanderait la continuation des conférences, ou si l'on s'attacherait à quelque nouveau plan de conciliation. Au commencement de la séance du 27, un député du Dauphiné soutint qu'un seul parti restait à prendre : c'était de faire une démarche auprès du clergé pour l'engager à se réunir aux communes, sans autre forme de procès. Une foule de membres se levèrent pour assurer que, d'après les renseignements qu'ils avaient recueillis, chacun dans son bailliage, un nombre considérable d'ecclésiastiques n'attendaient qu'une invitation formelle pour se rendre dans la salle commune. Le succès paraissait assuré d'avance. Mirabeau n'eut donc pas besoin de grands efforts pour démon-

i. ilémoiret, édit. Lescure, p. 30.

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Irer les avantages de la proposition qui venait d'être faite. II se borna à demander que la démarche projetée fût entourée d'une grande solennité, et termina son discours en ces termes ' : « Je propose de faire à la motion cet amendement, qu'il sera décrété une députation vers le clergé, députation très solennelle et très nombreuse, qui, résumant tout ce que Messieurs de la noblesse ont allégué, tout ce que nos commissaires conciliateurs ont si bien dit, adjurera les ministres du Dieu de paix de se ranger du côté de la raison, de la justice et de la vérité, et de se réunir à nous dans la salle commune ». Il y avait là le germe d'une idée dont Target s'empara pour rédiger, en termes plus précis, le texte même de rinvitation à faire : < Messieurs les députés des communes invitent Messieurs du clergé, au nom du Dieu de paix et dans l'intérêt national, à se réunir avec eux dans la salle commune, pour aviser aux moyens d'opérer la concorde, si nécessaire en ce moment au salut de la chose publique «. Ce projet fut adopté par acclamation, à l'unanimité, les députés désignés à la hâte, et Target lui-même chargé d'aller à leur tête « appuyer de son éloquence * » la tentative dont on attendait un si heureux résultat.

■ Le clergé n'était pas "moins ému que les communes. La vue de cette grande députation °, la gravité solennelle des paroles de Tai^et, et surtout l'adjuration saisissante au nom du Dieu de paix et de l'intérêt national, produisirent sur tous les assistants une impression irrésistible. Plusieurs cui-és, se levant à la fois, proposèrent

3. • CflUe députatioD, composée de Tingt^quatre membreB, se mît en marcbe, suivie d'une foule da peuple, altendant en silence, dnDs I» cour des Menus, quel serait le résultat de cette éclatante démarche. • Ferrières, Mémoires, p. 31.

de se rendre sur-le-champ à la salle des États. Une foule d'autres se déclarèreat prêts à les suivre. Il fallut que lea prélats intervinssent pour modérer i'ardeur d'un mouvement qu'ils disaient irréfléchi. Soutenu par eux, le cardinal de La Rochefoucauld, président provisoire, se hâta de répondre : ■ La proposition de Messieurs des communes est de la plus haute importance, et par là même elle exige un sérieux examen et une raûro délibération : le cle^ va s'en occuper >. En vain les communes essayèrent de ressaisir l'occasion qui leur échappait. Elles firent savoir au clergé qu'elles resteraient en permanence jusqu'à ce qu'elles eussent reçu sa réponse. Une seconde fois elles le supplièrent de mettre un terme à ses hésitations, sinon dans la journée, au moins dans la soirée, si tard que ce pût être. Il leur fut répondu, sans autre explication, que ta délibération était prolongée au lendemain. Décidément le parti de la temporisation était parvenu à ses fins.

Il profita du répit qu'il venait d'obtenir pour invoquer l'appui du roi, de la cour, des ministres. EfTrayé de l'accès d'enthousiasme qu'il avait eu tant de peine à calmer, il voulait à tout prix se soustraire aux dangers d'un vote émis dans ces conditions menaçantes. En conséquence il suppliait le gouvernement d'intervenir, de prendre l'initiative et la direction de conférences nouvelles, au besoin de trancher les difficultés litigieuses par une décision souveraine. C'est ce qu'attendait Necker ', heureux enfin d'être pris pour arbitre d'un conflit sur lequel il comptait. De son côté, la cour n'avait rien à refuser aux sollicitations des prélats. Toute la nuit se passa en allées et venues, en pour-

1. • Les courliuna trioraptaaieat; la cabale dea Polignac c< i <Toire qu'il n'y aurait psa d'Ëtata généranx; on Iravaillait à la dëclaralioD qui devait les casser; Necker élail perdu. ï\ ehercba les moyens d'amener les esprits i une coacîliation... n Ferrières, lUémoirti, p. 33.

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parlers, en conciliabules. On finit par obtenir du roi une lettre ainsi conçue : < J'ai été informé que les diffîcullés qui s'étaient élevées relativement à la vérification des pouvoirs des membres de l'assemblée des États généraux, subsistaient encore, malgré les soins des commissaires choisis par les trois ordres pour chercher des moyens de conciliation sur cet objet. Je n'ai pu voir sans peine et sans inquiétude l'assemblée nationale que j'ai convoquée pour s'occuper avec moi de la régénération du royaume, livrée à une inaction qui, si elle se prolongeait, ferait évanouir les espérances que j'ai conçues pour le bonheur de mes peuples et la prospérité de l'État. Dans ces circonstances je désire que les commissaires conciliateurs déjà choisis par les trois ordres reprennent leurs conférences et, pour cette occasion, en présence de mon garde des sceaux et des commissaires que je réunirai à lui, afin d'être informé ponctuellement des ouvertures de conciliation qui seront faites, et de pouvoir contribuer directement à une harmonie si désirable et si instante'. » Cette lettre fut immédiatement transmise au clergé, qui s'empressa de déférer au vœu du roi et qui se prévalut de l'incident pour surseoir à toute délîbérationsur la dernière démarche du tiers état.

De la chambre du clergé le maître des cérémonies porta son message à celle de la noblesse, qu'il trouva occupée du soin de discuter une nouvelle élucubration de ses meneurs ordinaires. L'arrêté du 26 n'avait pas , suffi à calmer leur impatience, et la récente invitation adressée par les communes aux représentants de l'ÉgUse, en révélant le dessein de se passer de la noblesse, les avait piqués au jeu. En entrant à la réunion du 26, le marquis de Bouthillier proposa d'adopter la résolution

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