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t04 LA CHOTB DE L'aNCIBN RËOIHE
passa comme si de rien n'était. Suivant l'habitude, elle commença par des discussions insipides sur ta signature du procès-verbal et la qualification de communes appliquée au tiers état. Elle se continua par des débats plus sérieux, mais devenus presque aussi inutiles, sur la question de savoir comment devait s'effectuer la vérification des pouvoirs, d'après les seuls principes du droit constitutionnel. D'abord les commissaires de la noblesse avaient annoncé qu'ils s'abstiendraient d'intervenir, a Nous sommes persuadés, avait dit l'un d'eux avec dédain, que nous allons entendre de très beaux discours : mais comme ils n'auront sûrement pour base que des principes que nous connaissons déjà et que nous ne pouvons approuver, nous nous dispenserons d'y répondre. ■ Néanmoins ils se laissèrent entraîner peu à peu à la tentation d'interrompre, quelquefois même avec brutalité *. lis finirent par prendre la parole. Cette fois, la lutte ne leur fut pas favorable. Ils furent évidemment battus par les commissaires du tiers état, qui, débarrassés des faits historiques, laissant de côté les anciens usages, surent démontrer avec un véritable talent l'incontestable supériorité de leur cause. Aussi personne ne réclama quand le garde des sceaux déclara que tout lui semblait terminé et leva la séance. Il y eut pourtant une cinquième et dernière conférence, le 9 juin, mais uniquement pour la signature du procès-verbal. Toujours fidèles à leur système, les commissaires de la noblesse refusèrent de le signer, sans en contester l'exactitude. Ils ajoutèrent que c'était
1. Un d'eux alla jusqu'à citer ■ le cahier de Hadoa dans lequel il est dit qu'il est plus commode el plus expéditit de balayer les quealjons avec des fonnes oratoires qu'avec des rails et des principes ». L'orateur des communes observa qu'il ne devait pas s'attendre à une interruption aussi dure. A quoi le même commissaire de la noblesse ré. pondit qu'il n'avait pas eu l'intentioD que son interruption fût dure, mais qu'elle lui avait paru si convenable au sujet, qu'il n'avait pu s'en dispenser. Citait encore aggraver rinconvenance.
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OUVERTURE DBS ÉTATS GÉNÉRAUX lOS
« à cause du mot communes employé par le tiers état », et que telle était la seule protestation qu'il leur convint de faire, quant à présent, contre cette innovation de mots, d'usages et de principes. Après quoi, tous les commissaires du clergé, tous ceux du tiers état et le secrétaire désigné par le garde des sceaux apposèrent leurs signatures. Ainsi finirent les conférences, et pour le coup personne ne parla de les reprendre, même Necker, mieux éclairé sur le bon vouloir de ses amis de la noblesse.
Pendant que leurs commissaires s'escrimaient à la chancellerie, les communes, dans l'attente du résultat, s'efforçaient d'utiliser leurs séances aussi bien que le comportait l'incertitude de la situation. Le 1" juin, elles procédèrent au renouvellement de leur bureau provisoire. Mirabeau fut choisi poiir faire partie des nouveaux adjoints. Le doyen. Menu de Ghomorceau, céda la place à un député de Ghaumont en Vexin, d'Ailty, conseiller d'État. C'était un homme d'une santé délicate et qui relevait d'une grave maladie. Malgré son mérite reconnu, la faiblesse de sa voix ne lui permettait guère de remplir des fonctions aussi pénibles. Il s'empressa de les résigner dès qu'il en trouva le prétexte. A la suite de sa démission, l'assemblée chargea le bureau du soin de le remplacer, et les adjoints portèrent leurs suffrages sur Bailly, récemment arrivé aux États généraux, avec la députation parisienne. Celui-là est trop connu pour que nous ayons besoin de le présenter au lecteur. Il accepta cette mission comme un honneur et comme un devoir; et dès le premier jour il consacra à la bien remplir tout ce
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qu'il avait d'intelIigeDce et de force. Parmi les diffîcultes qu'il rencontra sur sa route, il en est qui sont de tous les temps et de tous les lieux. Il en est d'autres qui tenaient à des circonstaaces particulières, que personne ne soupçonnerait aujourd'hui. Quelques-unes de ces dernières, sans avoir une grande importance historique, n'en sont pas moins dignes d'intérêt, parce qu'elles caractérisent l'époque à laquelle elles se rattacheat. On en jugera par un exemple.
Nous avons vu que, le 29 mal, l'assemblée, sur la proposition de Mirabeau, n'avait consenti à voter la reprise des conférences qu'à la condition de faire auprès du roi une démarche solennelle, et de lui lire une adresse attestant le respect et la reconnaissance de la nation. Immédiatement Louis XVI avait été prévenu par l'intermédiaire du garde des sceaux, et prié de fixer en môme temps l'heure où il lui conviendrait de recevoir les députés du tiers état, ainsi que le nombre et la forme dans lesquels ils devraient se présenter à lui. En réponse à cette démande, qui méritait d'être accueillie avec empressement, le garde des sceaux transmet au doyen, dans le cours de la séance du 30, une lettre portant que « Sa Majesté, étant sur le point de sortir, ne peut recevoir la députation de Messieurs du tiers étal; que le roi fixera le jour et l'heure auxquels elle devra se présenter, ainsi que le nombre des députés qui la coiDpo3eront,etque l'assemblée en sera instruite aussitôt'»- Ce singulier message produisit sur tous les esprits une impression facile à comprendre. Un grand nombre de membres soutinrent que la réception par le roi des députés et de l'adresse devait précéder la reprise des conférences. D'autres objectèrent que l'amendement proposé par Mirabeau portait le mot avec et non psa
i. Bidt officiel, eUnce du 30 mai.
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OUVERTDRI DES ËTATS GÉNÉRAUX 107
le mot après. Eb déâDitive, la raison l'emporta sur le mécontentemeot; on décida que les commissaires des commuDes se rendraient le soir même aux réunions de la chancellerie, mais qu'ils ne les laisseraient clore que quand le roi se serait décidé à recevoir la députation. Deux jours s'écoulent ensuite sans que Louis XVI daigne sortir de son mutisme. A la séance du 2 juin le doyen annonce que, s'étant rendu à la chancellerie pour réclamer une plus prompte solution, • il lui a été répondu que la santé du Dauphin ne permettait pas d'insister >. Le lendemain, au moment où Bailly venait de prendre possession du fauteuil, un membre demande si le jour de la visite royale est enfin fixé ; à quoi le doyen est obligé de répondre qu'une nouvelle lettre du garde des sceaux annonce que cela est impossible i parce que la vie de M. le Dauphin est dans le plus grand danger «. Alors un député d'Alsace ' fait remarquer « que' les deux ordres privilégiés avaient été reçus sans difficultés et sans délais; et qu'au contraire on avait affecté d'éloigner de jour en jour les représentants de la nation ». Plusieurs membres appuient cette observation, et quelquesuns même insinuent que l'entourage du roi s'efforce d'empêcher l'assemblée de faire parvenir à ce prince « le langage de la vérité ». Un député de i'Anjou, Milscent, va plus loin. Il dénonce en termes exprès l'inconvénient de recourir à des intermédiaires pour approcher de la personne du roi, et, sur sa proposition, l'assemblée à l'unanimilé prend un arrêté, ainsi conçu : « Les députés des communes, ne pouvant reconnaître d'intermédiaire entre le roi et son peuple, chargent leur doyen de s'adresser directement à Sa Majesté, pour la supplierd'indiquer aux représentants des communes le moment où elle voudra bien recevoir leur députation et leur adresse ».
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Pour son début, Bailly se trouvait plongé dans un réel embarras. L'assemblée venait de lui enjoindre de ne plus recourir à l'intermédiaire suspect, et jusque-là inutile, du garde des sceaux. L'hostilité du maître des cérémonies, une autre puissance de l'époque, était encore plus certaine, et ses dédains, tant de fois aiïectés, ne permettaient pas de s'adresser à lui. Bailly conçut le projet d'aller trouver Necker. « Cependant », dit-il dans ses Mémoires, « je ne voulus rien prendre sur moi seul ; et, après avoir levé la séance, je réunis un certain nombre des membres du bureau pour leur proposer moD idée; elle fut approuvée et notamment par Mirabeau, qui n'était pas l'ami de M. Necker. » Fort de cette approbation, Bailly se rendit aussitôt chez le directeur général : il lui exposa l'objet de sa démarche, l'embarras dans lequel il se trouvait, et il le pria d'intervenir, > comme l'âme de la nation, et particulièrement du peuple, qui lui devait la double représentation du tiers état ». Necker hésita quelques instants, d'abord pour ne pas empiéter sur les fonctions du ministre de la justice, ensuite à cause de l'heure, qui était celle du diner du roi. < Pourtant, > ajoute Bailly, ■ pressé par mes insistances, il se détermina à monter au château et me pria de le suivre, pour qu'il put me communiquer la réponse. Nous mimes une sorte de mystère, dans un pays où tout se remarque et où tout offre matière à conséquence. Je le suivis, mais sans l'accompagner ': je l'attendis, non dans l'ceil-de-bœuf, mais dans les pièces suivantes. Revenu, il me dit que le roi consentait à recevoir le doyen du tiers état en audience particulière, mais à condition que je prendrais la voie ordinaire, qui
i. Bailly, qui ne ralsait qu'exécuter le» ordres de l'aesembUe, n'awil aucun motif aerieux pour cacher sa dÉmarcbe. Ce ne peut être que Necker qui ne voulait paa être vu i la cour en compagnie du dojeo du Uers ital. U éUit bien capable de celte ftiiblesse.
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était encore celle du garde des sceaux. » La réponse est Traiment caractéristique. Depuis quelques jours les députés de la France sollicitent l'honneur d'être reçus par le roi, sans pouvoir l'obtenir. Las d'attendre, ils chargent leur doyen de tenter une démarche personnelle et directe. Louis XVI, prévenu par Necker, sait que Bailly est dans une pièce voisine; il n'a qu'un mot à dire pour lui donner une preuve de bienveillance et pour mettre fin à un Incident regrettable. Eh bien, ce mot, il ne le prononce pas; il se retranche, lui le roi, derrière les prescriptions d'un cérémonial suranné.
Voilà donc Bailly réduit à l'alternative de renoncer à obtenir une audience quelconque, ou de manquer aux ordres de l'assemblée. En sortant du château, il rencontre Chapelier, il le consulte, et, sur son avis, il se décide à subir encore l'intermédiaire obligé du garde des sceaux. Pour comble d'ennuis, M. de Barentin n'était pas alors à la chancellerie. Force fut donc de l'attendre, de s'en aller, de revenir, d'épier son retour. Du moins, quand il rentra, il se confondit en excuses et, très obligeamment, il propwsa à Bailly de le présenter aussitôt. Mais, en arrivant'au château, tous deux apprirent que le roi venait de partir pour Meudon voir leDauphin,dont la maladie s'aggravait à chaque instant. C'est seulement dans la soirée, après une foule de pas, de démarches et d'incidents, que Bailly Unit par recevoir de M. de Barentin communication d'un billet du roi, ainsi conçu : ■ Il m'est impossible, dans la situation objeme trouve, de voir Bailly ce soir, ni demain matin, ni de fixer un jour pour recevoir la députation du tiers. Signé : Louis. P.-S. Montrez mon biilet à M. Bailly pour sa décharge. « Cette fois le pauvre Louis XVI n'était que trop excusable : car le Dauphin mourut dans la nuit.
On voudrait croire que ce triste épisode des infortunes royales fut la cause unique qui retardait depuis
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plusieurs jours la réception sollicitée par les communes. II y en avait malheureusement une autre, et que Bailiy ne tarda pas à découvrir. Dans le cours de nouvelles démarches qu'il fit, pour en finir, auprès du garde des sceaux, il apprit de sa bouche même que ce qui avait tout arrêté jusque-là, c'était ia difficulté de régler le cérémonial. Laissons maintenant Bailiy raconter, avec sa sincérité d'honnête homme, ce que ie garde des sceaux entendait par les expressions dont il venait de se servir '. « Ce n'est pas, dit-il, que l'on veuille I insister sur un vieil usage qui blesse le tiers état et « que le roi n'a pas l'intention d'exiger. Cependant, « ajouta-t-il, cet usage a subsisté depuis un temps imraé- « moriol, et si le roi le voulait?.. > Je l'interrompis en disant : < Et si vingt-cinq millions d'hommes ne le veu-
< lent pas, quels seront les moyens de les contraindre? « Le roi est bon et juste : il a dans son cœur le sentiment
< de la dignité que les communes réclament. Je ne ré- « ponds pas à ses sentiments, je réponds aux principes Cl qu'on lui suggère. »... J'ajoutai que j'avais toujours passé pour sage et pour éloigné de toutes les prétentions déplacées, mais que j'étais blessé des distinctions humiliantes; que seul je protesterais contre cet avilissement du tiers état, et que je quitterais une place qui m'y exposerait... — Il me répondit : < Mais moi, dans les céré- ■ monies, je ne parle au roi qu'à genoux >. Je lui répondis : < C'est une des obligations de votre charge, et vous « la prenez à cette condition ». Il continua en m'exposant la véritable difficulté, et m'avoua qu'on ne pouvait pas exiger que le tiers état parlât à genoux... Mais les deux autres ordres voulaient une différence quelconque, et cette différence, infiniment difficile à trouver, faisait tout l'embarras. J'abrégeai sur-le-champ la re-