Mimoiret, l. I, p. lOi
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OUVKRTtlRE DES ÉTATS GËNËRADX 111
cherche, en protestant au ministre que, quelque légère que fût la dilTérence, les communes ne la souffriraient pas. Après cette réponse affirmative je me retirai, et bientôt on ne parla plus ni du cérémonial ni de ses nuances. Mais on voit la futilité des prétentions des deux ordres; on voit quelle vanité personnelle les occupait dans le moment où il s'agissait du sort de la France, et par quelles hauteurs déplacées ils semaient l'aigreur et provoquaient l'animadversion des communes. La cour montra plus de bon sens qu'eux. Dès qu'elle fut décidée à ne pas tenir compte de leurs exigences, la question ne souffrit aucune difficulté; et, le 6 juin, le garde des sceaux fit savoir aux communes que le roi était prêt à les recevoir, sans leur irapwseraucune condition indigne d'elles. Le même jour, la salle des États généraux fut le théâtre d'un incident qui provoqua jadis trop de réflexions et de commentaires pour qu'il soit permis à l'histoire de le passer complètement sous silence. Une députationdu clergé, conduite par l'évéquede Nîmes, vint communiquer aux communes une délibération ■ dont le but secret, dit Mirabeau, a été d'abord saisi par toute l'assemblée ». Celte délibération était ainsi conçue : < Les membres du clergé assemblé, profondément touchés de la misère des peuples et de la cherté d^s grains qui affligent les différentes provinces, croient ne pouvoir mieux se conformer aux vues paternelles de Sa Majesté, mieux remplir leurs devoirs les plus chers, que de s'empresser de nommer une commission... pour prendre en considération un objet si essentiel, et d'inviter les deux autres ordres à s'occuper également du même objet, pour vérifier les différentes causes de la cherté du pain, et aviser aux remèdes les plus prompts qu'on y pourrait apporter. » En entendant la lecture de ce texte, chacun sa demanda comment il se faisait que le clergé, sans attendre la vérification des pouvoirs, ni
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même la ûn des conférences préltminairea, invitât tout à coup les deux autres ordres à s'occuper des malheurs publics, et leur en donnât l'exemple en nommant une commission spéciale. On ne vit qu'une explication plausible de cette démarche imprévue. Sans doute le clet^ espérait que le tiers état n'oserait pas refuser son concours à une œuvre si méritoire, et que, entraîné parle désir de plaireaux masses, il se laisserait aller à nommer aussi une commission et sortirait de son rôle d'inertie, ferait acte de chambre séparée, et fournirait des armes contre lui. Bailly, devinant un piège, répondit avec beaucoup d'à-propos à l'évëque de Nîmes. 11 lui dit en substance que ie meilleur moyen de remédier aux malheurs publics était de presser l'instant d'une réunion générale, sans laquelle ils ne pouvaient qu'augmenter. Tant que la députation resta dans la salle, les communes surent se contenir et dissimuler leur impression. Dès qu'elle fut sortie, c'est le Récit officiel qui a pria la peine de le constater, « un murmure général s'est fait entendre, et, quelques instants après, le plus profond silence lui a succédé •. Toutefois la discussion ne fut Di longue ni orageuse. L'avis qui prévalut presque aussitôt fut que la seule réponse à faire au clergé était de le sommer d'avoir à venir, dans la salle commune, s'entendre avec les deux autres ordres sur l'objet de ses préoccupations.
D'après un auteur contemporain, dont le récit contient trop d'erreurs pour mériter une entière confiance, ce serait dans cette occasion que, pour la première fois, Robespierre aurait attiré l'attention publique sur sa triste personne. Je ne sais où Dumont a puisé les déclamations qu'il lui prête '. Le Récit officiel n'en a pas con-
1. Soucenirt dt Dumont, c[lé dans la biographie Didol, arl. Robeipierre. Dumont prétend que la députation du clergé était présidée par l'atcbevéque d'Aix, qai, suivant lai, Ot un discours pathétique sur les
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serve la moindre trace. Il est vrai pourtant que le Mont' leur ' place dans ta bouche d'un député qu'il ne nomme pas des paroles analogues à celles que Dumont attribue à Robespierre. < Il faut, aurait dit celui-ci, rappeler le clergé aux principes primitifs de l'Église; les anciens canons portent que l'on pourra vendre les vases sacrés pour soulager les pauvres. Mais il n'est pas besoin d'en venir à une si triste ressource. Il faut engager les ecclésiastiques, les évéques, à renoncer à ce luxe qui offense la modestie chrétienne, à renoncer aux carmsses, aux chevaux, à vendre enfm, s'il le faut, un quart des biens ecclésiastiques. > Sans doute, d'aussi vives attaques répondaient au sentiment d'une partie de l'assemblée et n'étaient pas faites pour déplaire à l'autre. Eat-ce à dire, pour cela, qu'elles aient fourni au talent de l'orateur l'occasion d'un brillant succès? Dumont est le seul qui en parle. ■ A ce discours, dit-il, qui entrait si bien dans les passions du moment, il se ût non pas un applaudissement, ce qui aurait été une bravade, mais un murmure confus beaucoup plus flatteur. On demandait partout quel était l'orateur; il n'était pas connu, et ce ne fut qu'après quelques moments de recherche qu'on fit circuler dans la salle et dans les galeries un nom qui, trois ans après, faisait trembler la France : Robespierre. » Quoi qu'il en soit, l'assemblée ne se laissa pas détoui^ ner de sa voie par la digression qu'elle venait d'entendre. Elle adopta, à l'unanimité, un projet de réponse, plus calme et plus topique, proposé par Bailly et ainsi conçu : « Pénétrés des mêmes idées que vous, touchés jusqu'aux larmes des malheurs publics, nous vous prions, nous TOUS conjurons de vous réunir à nous, à l'instant même,
malbeura du peuple : première erreur. Il «joute que Hobespierre dit immédiatement k l'orateur de la dépuiation, et lui lan^ si trophes en tace : ce qui D'est ni vrai ni Traieemblable. I- Sixième numéro.
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dans la salle cominune, pour aviser aux moyens de remédier à ces malheurs. > En rapportant cet arrêté, Mirabeau fait observer ' que les membres du clergé ne tenaient guère à leur proposition; car « depuis ils s'en sont tellement occupés, ils l'ont tellement prise en considération, que les communes n'en ont plus entendu parler ». Quand ils ont vu que leur tactique n'avait trompé personne, ils renoncèrent à pousser plus loin une tentative dont ils ne pouvaient rien attendre.
Au milieu de ces incidents, le tiers état ne perdait pas de vue un objet plus sérieux et plus digne de son attention, à savoir le règlement de police, décidé en principe sur la motion de Mirabeau. Un des premiers soins de Bailly, en prenant possession du titre de doyen, avait été d'introduire dans les délibérations jusque-là confuses et tumultueuses < un espoir d'ordre qui n'y était pas connu >. Habitué à voir l'assemblée des électeurs de Paris se plier aux règles d'une discipline sévère, il s'était efTorcé de prendre cette assemblée pour type et d'imposer son exemple comme un modèle à suivre. Mais, en l'absence d'un texte obligatoire, il était réduit à n'invoquer que son autorité personnelle, souvent insuffisante, quelquefois entièrement méconnue. Tout le monde reconnaissait qu'une organisation si défectueuse ne convenait plus à la gravité de la situation. Les conférences allaient finir. Au lieu d'attendre, il allait falloir &e résoudre à des mesures énergiques. Dans cette même journée du 6 ', déjà remplie de tant d'affaires, agitée
i. Lettret à le» commettants, p. 18*.
S. n y eut ce jour-li deux séances. — Dnat celle du matin, choix àe ladéputallon t ftire au roi, retour et rapport de cette députalion. Lecture du projet de règlement provisoire. Première députation du clergé. annonçant qa'il accepte le plan de Necker, L'asiemblèe décide qu'elle commuDiquera aux deux autres ordres la résolation qu'elle a prise, ii veille, >u BQjet .de ce m&ine plan. Seconde députation du cler((é, relaliTe aux malheurs publics. Discussion. Pendant cette discussion, dépuUtioQ de la noblesse, qui vient communiquer la fameuse déUbération
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OUVERTDRB DES ÉTATS CÉNÉEUUX IIB
par tant de débats, uq des adjoints donna lecture, au nom de ses collègues, du projet de règlement qu'ils avaient été chargés de dresser. La matière était difïïcile, hérissée d'une foule de détails épineux. Cependant la discussion fut courte. Comme le dit très judicieusement Malouet, les inconvénients de ne pas avoir de règlement du tout étaient si grands, que la sagesse ordonnait d'adopter sans examen celui que proposaient les adjoints, sauf à le rectifier plus tard. Cet avis devint promptement celui de l'immense majorité. Parmi les innovations contenues audit projet figurait, entre autres, la division de l'assemblée en vingt bureaux, s'occupant chacun d'une matière spéciale, et concourant tous à préparer l'ensemble des travaux. Dès le lendemain?, cette division, légèrement modifiée, recevait son application immédiate. On ne s'était pas contenté d'adopter le système du règlement, on l'avait déjà exécuté. Mirabeau, dans ses Lettres à ses commettants ', s'est chargé d'expliquer à la France les motifs d'une précipitation insolite. ■ Quelque imparfait, dit-il, que soit ce règlement provisoire, quelque vicieuse que soit la division de l'assemblée en bureaux, malgré toutes les modifications qu'on a cru devoir y apporter, il n'était guère possible de faire mieux dans un moment où l'on ne peut avoir qu'une bien faible connaissance de la tactique des assemblées politiques, et l'on sent l'urgente nécessité d'une police quelconque. C'est pour faciliter nos progrès à cet égard que j'ai fait imprimer les Règlements observés en Angleterre dans la chambre des communes '.
impjrée par H. de BouthUlier. — Dans la séance du MÎr, contiDualioa de la dJBCustioD et adoption de la réponse à faire au clergé «ur les malheurs publics. Examen el adoption on principe du projet de règleroeni. Voilà ce que certains auteurs appellent perdre le temps & ne rien faire.
î. Comment concilier ces faiti positifs, incontestables, avec les re-
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116 LA CHUTE DE L'aMCIBN RËGIHB
J'espère que cet ouvrage, qui paraîtra dans ce momeat, ne sera pas sans utilité lorsque, après nous être constitués, il s'agira de nous donner un « règlement défl- ■ nitif. » En d'autres termes, les communes, sortant de leur prudente inertie, vont être obligées de se donner une constitution. Avant de s'engager sur ce terrain, où tant de luttes les attendent, elles ont besoin d'adopter une discipline de combat, et la rapidité des événements ne leur permet pas de choisir.
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