But. pari., t. I, p
D,g,t7„lb,.GOOgIC
l'assbublëb nationale 103
que le fait que nous énoncerons, la vérité que nous publierons, ne soit toujours une et toujours immuable? Son veto peut-ît empêcher que nous ne soyons ce que aous sommes et ce que nous devons être? La sanction royale ne peut changer l'ordre des choses, altérer leur nature. Nous sommes les représentants de la nation ; le roi ne peut faire que nous ne le soyons pas : il peut nous forcer à ne point exercer les droits que nous donne ce titre, mais ce titre, il ne peut nous l'entever. » Ces paroles avaient même plus de portée que Camus ne prétendait leur en donner. Elles s'appliquaient à toutes les motions dont le but était de désarmer l'hostilité de la cour à l'aide d'un subterfuge quelconque, aussi bien celle de Sieyès ou de Mounier que celle de Mirabeau. D'après le système de Camus, il n'était pas digne des communes de régler leur décision sur les obstacles qu'elles redoutaient à raison ou à tort. Leur rôle était de se constituer, en la forme comme au fond , de la manière qu'elles jugeaient la plus convenable, et de s'en rapporter, pour le triomphe de leur cause, à l'évidence de leur droit. Si ce système gagnait des partisans, le débat ne devait pas tarder à entrer dans une nouvelle phase. Un incident, précurseur de ce changement à peu près inévitable, se produisit tout à coup, vers la fin de la première séance du 16. Déjà les auditeurs, fatigués, réclamaient bruyamment l'intervalle de repos que l'assemblée avait coutume de s'accorder au milieu de la journée. A ce moment ', un député du Berry, Legrand, avocat du roi au bailliage de Chàteauroux, réclama la
1. Ceci résulte eipreaséaieot du Prodi-verbal de» siancet de l'Ati. aat., in-4*, t. I, seconde partie, p. B2-S6. Le compta rendu de la séance du matiu se Eerinine par la mention suivante ; ■ It a été proposé une nouvelle motion sur ta Forme de la constitution de l'assemblée a. IinmédUtement «près commence le compte rendu de la séance du soir, eo C«s mots : ■< La discnasion a âlé reprise et terminée ■. Compare! avec VHitl. pari., i. 1, p. 162, et loas les autres documents conlemporains.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
i64 LA CHUTE DB l'ÂNCIEN RËGIHB
parole. Il était inconnu; on ne savait ce qu'il voulait dire et l'on refusa d'abord de l'entendre. A force d'insister, il parvint à obtenir quelques instaùts d'un silence relatif, et il en profila pour présenter une motioD, assez mal motivée, dont le dispositif concluait franchement à ce que les communes se constituassent sous le titre A'Assembiée nationale. A lui revient, sans aucun doute, l'honneur ou la responsabilité de cette initiative. C'est lui qui, le premier, prononça le grand mot. Mais les esprits étaient distraits ou n'étaient pas encore assez mûrs. La motion de Legrand fut entendue sans attention, sans intérêt, et l'assemblée se sépara, bien résolue, quand elle rentrerait en séance, à reprendre l'examen des trois motions primitives, comme si nul incident imprévu ne venait de se jeter à la traverse.
' Quelques auteurs ' prétendent qu'au contraire les clubs se prononcèrent aussitôt en faveur du nouveau projet; qu'ils n'épargnèrent, pour en assurer le succès, ni efforts, ni manœuvres, ni tentatives d'intimidation, et qu'ils flnirent par forcer la main à Sieyès, contraint par eux de changer brusquement d'avis. Ces auteurs ne réfléchissent pas qu'entre l'heure où se produisit la motion de Legrand et celle où Sieyès se décida à rectifier la sienne ', il s'écoula trop peu de temps pour pei^ mettre l'intervention efficace des clubs, surtout de ceux du Palais-Royal, éloignés de plusieurs lieues. D'ailleurs,
. en continuant le récit des faits, nous allons ta voir se dérouler de la manière la plus naturelle et la plus \Taisemblable, oii rien ne laisse sentir l'effet d'une pression extérieure, susceptible de jeter sur la conduite de l'assemblée un discrédit fâcheux.
tn-t.yoyeieaina.ulTeahroz, Hiit. du règne de LouU XVI, l. Il o. 159- 160. ' '^ .
2. La séance du matin fut levée k deux heures de l'aprèe-midi. Celle du soir fut reprise à cinq heures. Hiil. pari., eodtm.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
l'assbublëb nationale 165
■ Le soir, à la reprise de la séance, Mounier et Mirabeau parlèrent, chacun pour la troisième fois, sans se soucier de répondre à la motion de Legrand. Ils ne s'occupèrent que de défendre la leur, et maintinrent jusqu'au bout le débat sur le terrain dont il n'était pas sorti jusqu'alors. Mirabeau faillit même le passionner. Lui quî reprochait à Sieyës d'abuser de la métaphysique, il ne craignit pas d'appeler la rhétorique au service de sa thèse. < Je persévère, s'écria-t-il ', dans ma motion et dans la seule expression qu'on en ait attaquée; je veux dire la qualification de peuple français. Je l'adopte, je la défends, je la proclame, par la raison qui l'a fait combattre. Oui, c'est parce que le nom de peuple n'est pas assez respecté en France, parce qu'il est obscurci, couvert de la rouille du préjugé, parce qu'il nous présente une idée dont l'oi^ueil s'alarme et dont la vanité se révolte..., c'est pour cela môme, messieurs, que je voudrais, c'est pour cela même que nous devons nous imposer, non seulement de le relever, mais de l'ennoblir, de le rendre désormais respectable aux ministres et cher à- tous les cœurs.... Représentants du peuple, daignez me répondre! Irez-vous dire à vos commettants que vous avez repoussé ce nom de peuple? que, si vous n'avez pas rougi d'eux, vous avez pourtant cherché à éluder cette dénomination, qui ne vous parait pas assez brillante; qu'il vous faut un titre plus fastueux que celui qu'ils vous ont conféré? Ne voyez-vous pas que le nom de représentants du peuple vous est nécessaire parce qu'il vous attache le peuple, cette masse imposante sans laquelle vous ne seriez que des individus, de faibles roseaux, qu'on briserait un à un? Ne voyez-vous pas qu'il vous faut le nom du peuple, parce qu'il donne â connaître au peuple que nous