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l'assbhbléb nationale 111
garder le plus profond silence, jusqu'à ce que le tumulte fût parfaitement apaisé * > . Cet exemple produisit sur la minorité un effet salutaire, et bientôt il devint possible de commencer l'appel nominal sans redouter de nouveaux désordres. Mais < il était minuit ». A ce moment M. Biozat, député d'Auvergne, et du côté de la majorité, s'est écrié : « Nous allons nous constituer, messieurs; une si grande action doit être faite en plein jour, en présence de la nation. Ne soyons pas généreux â demi, ne délibérons que demain. Aucun reproche, et surtout celui de précipitation, ne doit être fait à une aussi auguste assemblée *. > Cet avis rallia aussitôt tous les suffrages, et la séance fut enfin levée.
A propos de ces faits, Malouet, dans ses Mémoires *, a bâti une légende qu'il importe de ne pas laisser passer sans contrôle. Il prétend que dans la séance du 16 le groupe de députés à la tête desquels il était placé, et qui comme lui, dit-il, se montrait ouvertement hostile à la motion de Sieyès, constituait une majorité compacte, • au nombre de plus de trois cents >, tandis que le lendemain, grâce à la pression du dehors, aux intrigues des clubs, aux menaces de la démagogie, une centaine de voix à peine osèrent persévérer dans leur première opposition. Notons d'abord que si, la veille, Malouet était Eùr de la majorité, il a commis une singulière faute en demandant la remise au lendemain. Au lieu de recueillir les fruits d'une victoire qu'il dit certaine, par quelle aberralion s'est-il exposé à la convertir en échec éclatant? C'est qu'en réalité son récit tardif repose sur des erreurs qui ne résistent pas à l'examen. La première consiste à réunir, dans un même sentiment d'hostilité
1. Le Pùinl du Jour, volune d'introduction. Paris, 1730, p. 106-407. 1. Point du Jour, eodem.
3. Il l'ft même reproduite A deux reprises diCTérentes : première édition, 1. 1, p. 318 et 35S ; tttonde édition, 1. 1, p. 283, et t. It, p. 9.
172 LA CHUTE DE L'aNCIBN RÉGIME
contre la motion de Sieyès, tous les députés qui prirenl part à la scène tumultueuse du 16 au soir'.Bailly explique fort bien que, parmi ceux qu'il a vus rangés derrière Malouet, il a distingué deux groupes très différents, ceux qu'il considérait comme animés d'intentions excusables, et ceux pour lesquels il éprouvait moins d'indulgence: en d'autres termes, ceux qui ne réclamaient qu'uB sursis, par mesure de convenance, par respect pour la dignité de l'assemblée, et ceux qui voulaient à tout prix entraver la marche de ses opérations. De là vient qu'au moment du vote définitif un grand nombre de linembresqui avaient appuyé la réclamation de Malouet purent se séparer de lui sans se contredire.
Et puis, sur quoi se fonde-t-il pour porter au delà de trois cents le chifTre de ses adhérents du 16? Il n'a pas toujours manifesté la même prétention. Dans la lettre qu'il écrivit à ses commettants le 13 mars 1790, il se bornait à dire qu'il y avait alors < près de deux cenlî députés prêts à voter négativement * ». Or la différence vaut la peine d'être relevée, car deux cents ne suffisaient plus pour constituer la majorité. Si c'est ce dernier chiffre qu'il faut choisir comme exact, tout le système présenté par Malouet dans ses Mémoires, après vingt années d'intervalle, tombe devant les calculs consignés par lui-même dans un écrit plus voisin des faits, alors que ses souvenirs étaient plus frais et moins altérés par l'éloigoement . D'un autre côté, Mirabeau, dans son Journal, fixe à quatre-vingt-dix-neuf le nombre des opposants. Où a-t-il pris ce chiffre précis? Je ne sais. Toujours est-il qu'il n'a pas craint de l'imprimer presque séance tenante, et sans s'exposer à la moindre contradiction. Bailly, dans ses Mémoires, parle à son tour d'une cen-