I. liémoires de Boilly, t. I, p. 18D
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les abords, et que des affiches apposées sur les murs au nom du roi, en annonçant une séance royale pour le lundi 22, ajoutèrent que les préparatifs avaient rendu nécessaire la fermeture immédiate des salles affectées aux trois ordres. Bailly venait d'apprendre ces détails de la bouche d'un de ses amis, lorsqu'il reçut enfin un billet par lequel M. de Brézé se décidait à lui mander en quelques mots que, conformément aux ordres du roi, il allait faire publier par des hérauts les mesures déjà mentionnées sur les affiches. A quoi Bailly Crut devoir répondre sèchement que le roi ne lui avait adressé aucun ordre, ni pour la séance royale, ni pour la suspension des séances ordinaires, et que son devoir était de se rendre à celle qu'il avait indiquée pour le matin même à huit heures.
11 est facile d'imaginer le degré d'inquiétude et d'irritation dans lequel il trouva les députés. La plupart étaient accourus, attirés par la rumeur publique. Quelques-uns, en arrivant devant la grille des Menus, ne savaient pas au juste de quoi il s'agissait. Ceux qui essayèrent d'entrer malgré la consigne furent repoussés par la garde. Ils refluèrent sur l'avenue de Paris, où ils se formèrent en groupes confus, péle-méle avec la foule. De toutes parts éclataient des murmures et des plaintes. ■ Était-il décent, disait-on ', que les membres de l'Assemblée nationale, même les députés des communes, comme on voulait encore les appeler, fussent instruits des intentions du roi, de la suspension de leurs séances et de la fermeture de leur salle, par des crieurs publics et par des affiches, comme on instruit les habitants d'une ville de la fermeture d'un spectacle ». » Pour expliquer une conduite si blessante, tout
i. Uémoires de Bailly, eodem.
2. Le gouTernemenl lui-même fut obtEgé de reconoaltre la justice d« cea plaintes. Quand la séance royale annoucÊe pour le S2 fut remise
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le monde supposait que le gouvernement avait résolu d'en finir avec l'Assemblée, que la séance royale du 22 annonçait un véritable coup d*État, et que la fermeture immédiate de la salle n'avait d'autre but que d'empêcher les membres de concerter entre eux leurs moyens de défense. « Tous furent d'avis, dit Bailly, qu'il fallait former l'Assemblée pour qu'elle délibérât dans une circonstance si délicate, et chercher en conséquence un local convenable. M. Guillotin proposa le Jeu de Paume : on arrêta de s'y rendre. Je marchais à la tête de cette foule de députés, et, dans la crainte que quelque raison de politique ne noua en fit fermer l'entrée, je priai cinq ou six députés de se détacher et d'aller s'en emparer. Le maître du Jeu de Paume nous reçut avec joie et s'empressa de nous y procurer le plus de commodités qu'il put : n'ayant point de gardes, je priai deux députés de se placer à la porte pour empêcher les députés d'entrer. Mais bientôt les gardes de la prévôté de l'hôtel vinrent demander à y continuer leur service ordinaire, comme à la salle ordinaire, ce qui leur fut accordé avec plaisir. > De son côté, la foule s'était précipitée sur les pas des députés. Une partie s'installa dans les galeries ménagées autour de la salle. Le surplus resta, immobile et silencieux, dans la rue qui y conduisait, . ainsi que dans les rues voisines, comme pour établir autour des représentants du pays un rempart impénétrable.
La séance s'ouvrit à dix heures et demie du matin et ne se termina que vers quatre heures et demie du soir'. Que se passa-t-il dans ce long intervalle? Les documents contemporains se twrnent à rapporter la conclusion des
ail £3, une lettre da roi lui-même fut transiDise par le maître des cérémoDies au présideDt de l'Assemblée, b(Id de le préveDir de ce contreordre- Uisl. part., t. Il, p. 6.
1 . Prods-verbat de$ léancet de l'An, nal., in-4*, t. [, 3* partie, p. 35 et tS. Hùl. pari., t. II, p. S.
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débats ; ils se taisent sur le commeDcemeot. Sans doute il y eut d'abord beaucoup de bruit et de désordre. Le lieu n'était guère propice à la délibération d'une assemblée si nombreuse et si agitée, ir n'y avait pas de sièges pour s'asseoir. On offrit un fauteuil à Bailly, qui le refusa, et continua toute la journée à présider debout. Une table et cinq ou six bancs servirent aux secrétaires pour la rédaction du procès-verbal et la réception des signatures. En de telles circonstances il était à peu près impossible d'ouvrir une discussion régulière sur le parti à prendre. D'ailleurs il ne s'agissait que de courir au plus pressé. * On ne traita point ouvertement, dit Bailly ■, la question de savoir si le roi avait le droit de suspendre les séances de l'Assemblée. Mais les sentiments furent qu'il serait très dangereux que le roi eût ce droit. On pensa que la séance ne pouvait être suspendue au moins de cette manière. La question principale et du fond n'était pas mûre. Il suffisait, au moment présent, d'avoir évité le danger de la séparation. Il fallait s'occuper des moyens d'empêcher qu'il pût renaître. » C'est sur ce point spécial que se concentra bientôt l'attention de l'Assemblée. .
Au milieu de l'effervescence générale, les propositions les plus violentes commençaient à se produire. On parlait de se transférer à Paris, de s'y établir et d'y décréter au nom de la France. Déjà cet avis prenait faveur, et l'abbé Sieyès, entouré du groupe de ses amis les plus intimes, se préparait à en écrire la motion '. C'est alors que Meunier, effrayé des conséquences d'un parti si dangereux, se décida à proposer le fameux serment de ne pas se séparer tant que la constitution ne serait pas faite et garantie. L'idée n'était pas neuve : elle était
i. Uftnoires, eodem,
i. Mémoirei et eorr. de Uallet du Pan, l. I, p. 165 en note. Mimoirei de Bailly, 1. 1, p. 187-19S.
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évidemment iospirée par le serment analogue que d'Éprémesnil avait obtenu du Parlement en mai 1788. Hais l'exemple donné par les magistrats ne faisait que rendre son efficacité plul sensible. En un instant toutes les hésitations cessèrent, et, sauf quelques objections de détail dont nous aurons à tenir compte, l'avis de Meunier rallia pour ainsi dire aussitôt la presque totalité des sufFhiges.
Quelques auteurs triomphent en rappelant que l'auteur de cette proposition s'en est accusé depuis comme d'une faute profondément regrettable. Le fait est que, dans un des ouvrages qu'il a publiés vers la fin de sa carrière S Mounier n'a pas craint d'inscrire les réflexions suivantes : « Partageant l'indignation générale, craignant de voir s'évanouir cette grande occasion si longtemps attendue de réformer les abus, d'améliorer le sort du peuple, entendant autour de moi donner l'alternative ou de prêter le serment, ou de se transporter, à l'heure même, dans la capitale, au milieu de la fermentation que devait exciter cette scène scandaleuse; cédant au désir de reprendre sur le parti populaire le crédit que j'avais perdu et que je ne voulais recouvrer que pour l'employer au bonheur de ma patrie; espérant que la réunion des ordres, qui me paraissait inévitable et prochaine, procurerait une majorité favorable à l'autorité du roi, je crus ce serment moins dangereux, je crus ce serment excusé par les circonstances, et je me chargeai imprudemment de le faire mettre en délibération. Ce fatal serment était un attentat contre les. droits du monarque. C'était lui déclarer qu'il n'avait pas le pouvoir de dissoudre l'Assemblée; c'était la rendre indépendante, quel que fût l'usage qu'elle se permettrait de son pouvoir. Combien je me reproche aujourd'hui de l'avoir pro-
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posé! Ce qui adoucit l'amertume de ce souvenir, c'est de penser que cent voix se seraient élevées pour porter cet avis si je ne l'eusse présenté moi-même, ou, ce qui était pis encore, que l'AssembRe serait allée incendier la capitale, et, soutenue de toutes les forces du peuple, se mettre en état de guerre avec le roi. » Évidemment Mounier vieilli s'est montré beaucoup trop sévère pour l'un des actes qui ont le plus honoré ses débuts politiques. Bien d'autres motifs qu'il ne dit pas ici justifieraient au besoin la résolution qu'il a prise et qu'il essaye en vain de renier. Ces motifs, il a pris soin de les consigner lui-même dans, un écrit qu'il est bon de mettre en regard du présent. A l'époque où il expliquait sa conduite au lieu de la condamner, il avait eu déjà le temps de réfléchir. C'était après les journées d'octobre. Il venait de quitter l'Assemblée nationale, et.jetant un coup d'œil sur le passé, il rendait compte à ses concitoyens de la manière dont il avait rempli son mandat. Or voici comment, à propos de lajournéedu 20 juin, il parlait d'une démarche qu'il persistait encore à considérer comme juste et nécessaire : < J'ai toujours eu, disait-il ', pour système qu'il faut opposer une résistance égale à l'oppression, sauf à rentrer dans les bornes de la modération lorsqu'on n'est plus menacé par l'autorité arbitraire. Je reconnais au roi le droit de dissoudre les assemblées de représentants, en prononçant aussitôt une convocation nouvelle. Mais, comme rien de ce qui empêche un peupie de reprendre ses droits ne jwut être légitime, je crus avec raison que le roi ne pouvait renvoyer les députés actuels avant l'établissement de la constitution. Les mesures insolentes auxquelles on avait recours semblaient cependant annoncer de la part du ministère le dessein de porter les actes d'autorité jusqu'à ta dissolu-